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Wo kann ich aber sein?
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Ein Rätsel

Wo kann ich aber sein?
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Fünfte!

A partir de maintenant je pourrai dire que j’ai été sur les cinq continents :)

Frohe 2. Advent

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Que de changements depuis un an… Alors je voudrais me réjouir pour -mon chouette appart -mon vrai boulot
-toutes les personnes gentilles, attentives et intéressantes rencontrées -les défis à relever!

Ce soir

J’entends des gens chanter du Brel à tue-tête J’ai écouté « Schwarz zu Blau »
Je donnerais cher pour être dans une boite bizarre de Berlin
Berlin me manque ce soir, me manque terriblement

Etwas stolz

Finalement il était logique que le comité norvégien ait accordé le prix Nobel de la Paix à l’Union Européenne. J’avoue, j’ai ressenti une certaine fierté à ce qu’on reconnaisse l’engagement dans cette voie des peuples qui essayent de vivre ensemble. Bien sûr l’Europe ne marche pas bien, elle tousse et elle cahote, on ne sait jamais ce qu’on a le droit ou pas de faire. Mais si j’ai pu passer presque dix années, par petits bouts, en Allemagne, c’est parce que l’Europe existe. Je ne me suis jamais sentie immigrée ou intruse, j’ai pu y faire des études, y travailler, j’y avais ma place. Sans Erasmus et les programmes d’échange, sans la carte européenne d’assurance maladie, sans les petites choses mises en place dans l’Union, cela aurait été impossible.

Alors oui, on peut être fière de cette réalisation qui fait que mes amis d’Europe de l’Est et mon ancienne coloc du pays basque pouvaient vivre ensemble sans problème, ouvrir un compte et habiter dans une ville symbole de la paix et de l’union. Ce matin je collais dans mon cahier mes recettes de Ochterlamala, Baeckeoffe et Kougelhopf, mes racines alsaciennes avec lesquels j’ai parfois tant de mal, mais qui rappellent aussi ce que pourraient être l’Europe sans la paix.

Il faut se réjouir d’y vivre.

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Le 1er septembre 2002 j’arrivais par le train de nuit à Berlin avec ma meilleure amie. Dix ans plus tard, je continue à penser que cet événement est la plus grande erreur de ma vie.

Si je n’étais pas venue à Berlin, je serai une personne différente. C’est bien là le point crucial. Je n’aime pas vraiment ce que je suis devenue.

Vendredi soir une collègue un peu plus jeune que moi m’a présentée ses amis. Son adorable petit ami m’a regardée comme si j’étais Jennifer Aniston en bikini et ma collègue a dit aux gens présent que j’étais son « modèle ».

J’ai passé le week-end à pleurer tout en m’abrutissant le cerveau de séries télé. Il y a un problème, et j’ai mis trois jours à poser le doigts dessus. Comment peut-on croire avoir comme modèle quelqu’un qui, selon ses propres critères, a raté sa vie?

Quand j’étais plus jeune j’avais du partir trois  jours en retraite dans un couvent avant une importante cérémonie religieuse. J’étais allée aux laudes et aux vêpres, j’avais fait le mur et lu le livre de l’Apocalypse. Lors d’une de nos séances de discussions, le prêtre nous avait demandé de réfléchir si on voulait « réussir notre vie » ou « réussir dans la vie ». Au-delà de la barbante question sémantique et de sa réponse catholique sous-tendue, cette phrase n’a jamais cessé de tinter dans mon oreille. Je sais que je ne réussirai pas ma vie sans réussir dans la vie. Quoi qu’on en pense, les attributs extérieurs de richesse comptent aussi. Etre reconnu ou aimé par ses semblables est important et indissociable, pour certains, d’une forme de réussite.

A cette aune j’ai réussi un bout du chemin. On me prend comme modèle. Mais surtout, on me craint. Je fais peur à beaucoup de gens, mon caractère a mauvaise réputation. Même les gens qui m’apprécient sont rebutés par moi. Au bout d’un moment il est plus facile de jouer le « weirdos » de service plutôt que de les détromper, s’enferrer dans le silence et fuir plus simple que de se livrer.

Car sous ce paravent se cache une réalité peu reluisante. Dix ans après, j’ai tout perdu. Ma meilleure amie m’a tourné le dos, après avoir changé de vie après mon départ. Mon petit ami a pris la tangente, et au 1er septembre 2012, m’a vie était loin d’être reluisante. La solitude est ma plus fidèle compagne, mon blog mon interface avec le monde. Je n’arrive pas à créer des relations fonctionnelles avec les gens, mon capital professionnel est largement entamé et ma carrière au point mort.

We can have it all, dit on souvent. Moi je me demande surtout ce qu’aurait été ma vie si je n’étais jamais partie à Berlin. Si je ne m’étais pas retrouvée tiraillée à 20 ans entre deux mondes, si tout n’aurait pas été plus simple en ne montant jamais dans ce train. J’aurais préparé les concours des écoles de journalisme avec ma meilleure amie. On serait peut-être entrée dans la même (quoi qu’elle a toujours été beaucoup plus brillante que moi). J’aurais commencé une carrière normale, aujourd’hui je serai sans doute plus heureuse avec une vie plus simple et moins de questions tournant comme des moustiques dans ma tête.

Et je serai peut-être moins weird.

Elle se passe ici

Rouge Paris

http://carolineb.net/paris/

En espérant vous y croiser bientôt!

« -Que se passerait-il en RDA s’il n’y avait plus de Stasi? Du chômage »

Un projet intéressant à regarder: DDR-Flüsterwitze Videoprojekt. Ou comment l’humour fait supporter la dictature!

Petite visite à un salon de l’emploi franco-allemand. Les organisateurs étaient ravis, les candidats faisaient la queue pendant de longues minutes pour s’entretenir avec les recruteurs. Venue mollement voir les profils recherchés, je suis repartie avec de la matière pour un article: pourquoi les gens veulent-ils partir à ce point? Je trouvais l’affluence un peu flippante. Et à mon grand désespoir, il y a BEAUCOUP de gens qui parlent le français et l’allemand. A suivre.

***

Un peu de lecture en ce moment. Pas forcément la plus réjouissante mais importante, à un moment où on a le temps, de se confronter à cette période. Avec cette question lancinante: saurais-je aujourd’hui faire la différence du bien et du mal au milieu des cache-misère de la novlangue? Les Scholl ont été tué, dit Arendt, pour avoir traité Hitler de « meurtrier de masse ». Présenté comme le « résolveur du problème juif », ils auraient été décorés. Qu’est-ce qu’être humain? Ces livres donnent des exemples à défaut de réponse.

***

Mardi Hollande va voir Merkel. Je parie sur le baiser du scorpion: elle sortira une vacherie dès qu’il sera monté dans l’avion. Qui veut parier?

***

Heureusement il y a des choses qui ne changent pas. Go Frühling!

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Kleines Glück

Commence prononce-t-on Trierweiler? C’est facile. On dit Triiiir-waï-leur. Trier-weiler. Comme (dont acte, ce n’est qu’un exemple) Rott-weiler.
Trierweiler, c’est un joli nom: cela veut dire « le hameau de Trêves ». Trêves est l’une des plus anciennes villes allemandes, fondée peut-être 1000 ans avec JC. Elle est l’hôte du plus vieux bâtiment sur le sol allemand, la Porta Nigra, qui date de 180 de notre ère.

***

D’ailleurs Rottweil est elle aussi une très jolie ville, la plus vieille du Bade-Württemberg, avec un centre médiévale célèbre pour sa très belle conservation. C’est aussi une ville romaine, comme le montre quelques mosaïques. Rottweil était un grand marché aux bestiaux, les bouchers utilisaient pour canaliser les bêtes des gros chiens élevés dans la région, qu’on a appelé des Rottweiler. Mais cela n’a rien à voir avec la choucroute.

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Il est fort possible que madame Première fasse carrière sous le nom de son ex-mari. Elle a deux grands modèles outre-Rhin: Merkel, qui devrait s’appeler ou Kasner (son nom), ou Sauer (le nom de son mari) ou Kasner-Sauer si elle a envie, mais certainement pas Merkel. Joachim Gauck fait encore plus étrange: pasteur, il reçoit les dignitaires en compagnie de sa compagne, alors qu’il n’est toujours pas divorcé de sa femme. Ah oui, sa compagne est journaliste aussi.

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L’Allemagne ne cesse de me surprendre, und das ist auch gut so. Je croyais naïvement que la règle des 5% des suffrages indispensables à un parti politique pour entrer dans un parlement était intangible. Partout? Non, un petit parti résiste encore et toujours à l’envahisseur germain. Il s’agit du SSW (pour Südschleswige Wählerverband, ou rassemblement des électeurs du sud-Schleswig) qui représente la minorité danoise dans le Schleswig-Holstein. On va la faire rapide, mais après s’être passé ce bout de terre dans la mer pendant des siècles, les Allemands et les Danois ont établi une frontière, mais avec des minoritaires égarés des deux côtés. Grâce à l’accord Bonn-Copenhague de 1955, des conditions d’élections particulières ont été établis, et le SSW a le droit d’entrer au Parlement de Kiel même avec moins de 5% des votes. Dimanche dernier, avec 4,6% des voix, ils ont obtenus 3 sièges et sont désormais indispensables à la coalition locale.

Voilàààà, on sera tous plus informé ce soir.

Et ça c’est une Porta Rota.

PS: dormir son comptant à un effet euphorisant sur l’humeur et la clarté d’esprit de votre hôte, qui souhaite vous retrouvez quotidiennement dès à présent. Et aimerait être à Berlin très, très bientôt.

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Les congratulations et les déçus se partagent le haut de l’affiche et jamais je ne me suis sentie aussi déconnectée du décor ambiant. Un tour sur le marché de Greenwich, deux heures de train, 20h dans les vapeurs immondes du métro, je suis rentrée chez moi sans même allumer la télé. Dans le Schleswig-Holstein le FDP a repris des couleurs, en Grèce c’est la cata électorale pour les partis de gouvernement, et ici – on s’en fout un peu.

ça tangue toujours un peu à Hong-Kong

Je me dis que c’est un manque de bol d’être né sur le Vieux continent. On se noie dans la crise financière, mais il faut bien regarder que le reste du monde va pas mal, merci pour lui. En Australie, la croissance a atteint 3,2% pour 2011. Le Nouveau monde nous taille des croupières, et on l’a bien cherché. L’Europe s’est reposé sur ses lauriers et sa supériorité antique et ne voit pas venir les bouleversements. Dans quelques décennies, les entreprises informatiques indiennes délocaliseront leur sous-traitance chez nous, et c’est nous qui partiront émigrer sur des terres lointaines pour trouver du travail. Vous ne me croyez pas? Qui d’entre nous aurait parié il y a quarante ans que c’est le Qatar qui viendrait racheter nos télés et des clubs de foot, et qu’on attendrait dans les banlieues son argent comme la manne divine?

It’s soon over, guys.

Alors oui, on peut se regarder le nombril et s’enthousiasmer ou se désespérer des résultats tombés des urnes, mais cela ne changera pas rien pour personne. La réalité c’est que la France ne représente plus rien, que Paris se délabre -c’est frappant en arrivant à la Gare du Nord et en prenant le métro. J’ai honte de penser que c’est la seule chose du pays de mes ancêtres que les touristes voient, entre les brasseries hors-de-prix aux salades indigentes, la façade crasseuse d’églises qui s’écroulent, les horribles conducteurs de scooters qui manquent de vous renverser en fonçant sur les trottoirs. Oui, le pain est bon et le TGV roule vite. Mais comme je n’ai pas de mec qui bosse à la SNCF, j’évite de partir en week end car je n’en ai plus les moyens. Je ne comprends rien de ce qui se passe et ne sais pas ce qui pourrait arriver dans ce pays qui vit à crédit, fermé à l’initiative et qui attend passivement qu’on lui roule dessus.

Je vais peut-être retourner me coucher.

Bien sûr, il s’agit de nourrir la bête. De la gaver, chaque jour, pour répondre à l’ennui du lecteur, à la multitude du clic, aux couperets des heures pleines, « 7heures, levez-vous », « 20h éteignez votre cerveau ». A 20h, en général, je sors.

Les grandes fêtes parsèment encore l’année, symboles noyés dans l’activisme permanent. Aujourd’hui chaque jour doit être une fête, la routine combattue, l’ennui dissout dans l’abondance. Clic, clic, clic.

Cela ne changera pas, s’accélérera encore, pendant que les hamsters tourneront dans leur cage, grignotant les carottes pendues au-dessus de leur tête. Le réseau, comme un énorme tube digestif, avale, consomme, rejette tout ce qu’on peut y mettre.

Comme il faut bien alimenter la machine, rien ne changera, fondamentalement. Il y a aura toujours des gens sous des néons pour, toujours plus vite, toute la nuit, tous les jours, balancer les prêt-à-consommer dans la gueule ouverte.

Hâte d’être à Berlin pour prendre de nouvelles photos!

Mais à l’autre bout du tapis roulant, il y a aussi des gens. Ceux qui s’intéressent, ceux qui savent lire, ceux qui pensent. Ceux qui votent. Ceux qui consomment. Ce sont souvent les mêmes. Ils n’apparaissent qu’en ombre chinoise sur les tableaux statistiques, mais il sont bien là. Pour eux, il faut être là. Pour eux, il faut être honnête, faire bien son travail, être de fier de soi et du plat concocté avec soin qu’on lui servira. Peut-être même qu’il s’en souviendra.

Je n’ai pas quitté mon emploi parce que je n’aime pas mon travail ; je l’ai quitté parce que je l’adore. Parce qu’il me fait vivre et respirer, comme un bon plat me nourrit et une bonne lecture me rend plus ouverte. Parce qu’il est important, fondamental, et que j’ai une responsabilité en l’accomplissant du mieux possible. Si un lecteur, un auditeur, se retrouve un jour plus renseignée grâce à moi, je serai simplement heureuse.

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und das ist so eine neue Welt, die gerade vor mir ganz offen liegt.

Dure décision, mais la meilleure depuis longtemps. Dûment fêtée.

glurps, trop de bière…

C’est un mot qu’on utiliserait jamais en français: « aliénation ». Cela à une sonorité bizarre et rappelle la folie. L’Entfremdung, par contre, est claire comme de l’eau de roche. Les choses les plus proches nous apparaissent distantes, peu à peu on s’éloigne, on ne comprend plus, on a changé et l’on devient étranger à son entourage, à ses amis, à son passé.

Depuis que je suis arrivée à Paris, j’ai beaucoup perdu. Le temps d’abord, puis des amis dont je me suis définitivement éloignée, et bientôt le fil sera rompu. Mon métier m’est devenu un étranger aussi, je le ne comprends pas et ne m’y intéresse plus. Les débats autour de moi ne me touchent pas, et mon pays n’est plus vraiment le mien. Je ne l’aime pas tel qu’il est.

En Allemagne j’avais le statut d’expatriée: on a l’avantage énorme de voir ce qui s’y passe de l’extérieur, sans prendre parti. Je fais exactement la même chose ici.

Je regardais toute à l’heure la vidéo du Spiegel sur ceux qui sautent le pas et décident de devenir allemands. C’est douloureux d’acquérir une nouvelle identité, même si elle ne change rien sur le fond. C’est dur de disparaître.

Mais parfois, il faut laisser couler.

C’est beau Berlin, non?

PS: je tiens à présenter mes excuses au lecteur désorienté par la faiblesse de mes propos et l’indigence de mon écriture. Depuis que je n’écris plus, j’ai perdu le pli de la formule percutante et de l’idée originale. Retour au plus vite à la normale, j’y travaille d’arrache-casse-pied.

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Etwas gemeinsam

La SNCF et la Deutsche Bahn ont beaucoup en commun, et permettent à l’expatrié des deux côtés de la frontière de se sentir toujours comme à la maison.
Ils partagent des prix délirants, des retards absurdes et un réseau en rénovation constante.
Et des transhumance de Pâques laborieuses.

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(L’horloge est cassée, le morceau supérieur réparé avec du scotch. Photo prise en France.)

Et demain, je mets ma perruque de Nina Hagen.

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Contexte : depuis deux jours Günther Grass se fait assassiner dans les pages des journaux. Le prix Nobel de Littérature, grande conscience de la gauche allemande et ancien SS, a publié dans la Süddeutsche un poème sur la menace atomique entre Iran et Israël. Le texte, plus ou moins inbittable, vous est proposé ici en traduction française et littérale, une exclusivité mondiale -voui voui voui- réalisée de traviole par votre serviteuse qui, définitivement, n’est pas douée pour la version. En même temps la bombe A se révèle étonnamment peu poétique, donc c’est pas que de ma faute.

Le texte fait polémique surtout parce que Grass a tu son engagement dans les SS pendant plus d’un demi-siècle, mais là ressent visiblement un besoin irrépressible de s’exprimer -cette traduction bancale pourrait vous aider à juger vous-même si c’était une bonne idée. Le texte original est ici.

Pourquoi tais-je trop longtemps,
Ce qui est visiblement et a été déjà
Testé lors de manoeuvres, à la fin desquelles nous, survivants
Ne sommes que des notes de bas de page.

C’est le droit prétendu d’attaquer
Qui est assujetti à une grande gueule
Et qui pousserait à une joie organisée
De pouvoir supprimer le peuple iranien
Parce que chez cette puissance la fabrication
D’une bombe atomique est supposée.

Mais alors pourquoi m’empêche-je
De nommer par son nom ce pays
Dans lequel depuis des années -même si c’est en secret-
Un potentiel nucléaire de plus en plus important est disponible
Mais hors de contrôle, parce qu’aucune vérification
N’est possible?

Le silence général autour de ce fait
Auquel mon silence s’est soumis
Je le ressens comme un mensonge pesant
Et une contrainte, qui laisse entrevoir une punition
Dès qu’il est rompu ;
Le verdict d’ « antisémitisme » est courant.

Mais maintenant, parce que, de mon pays
Des crimes originels
Qui sont sans équivalents
Repris encore et encore et discutés
De nouveau, et de façon purement factuel, même si
Présentée avec des lèvres lestes comme une réparation
Un nouveau sous-marin doit être livré à Israël
Dont la spécialité est que les têtes explosives à anéantissement total
Puissent être orientées vers l’endroit où l’existence
D’une seule bombe atomique n’est pas prouvée
Mais soit utilisé pour faire peur
Je dis, ce qui doit être dit.

Pourquoi me suis-je tu jusqu’à présent?
Parce que je pense que mon origine
Qui est marqué de façon indélébile
Interdit d’exiger que ce fait soit exprimé comme une vérité
Au pays d’Israël, auquel je suis relié
Et veut continuer à l’être.

Pourquoi ne dis-je que maintenant,
Vieilli et avec ma dernière encre:
La puissance atomique d’Israël met en danger
La fragile paix mondiale?
Parce qu’il faut dire
Ce qui pourrait être trop tard dès demain;
Aussi parce que nous -en tant qu’Allemand, suffisamment accablés-
Pourrions être les sous-traitants d’un crime
Qui est prévisible, et pour lequel notre complicité
Par aucun discours habituel
Ne pourrait être effacé.

Et il faut le concéder: je ne me tais plus,
Parce que je suis las de l’hypocrisie de l’Occident;
De plus on peut espérer
Que cela libèrera beaucoup de gens du silence,
Et les poussera à exiger
De renoncer à l’origine du danger reconnu
Qui en même temps consiste
A ce que un contrôle libre et permanent
Du potentiel nucléaire israélien
Et de installations nucléaires iraniennes
Grâce à une instance internationale
Autorisée par les gouvernements des deux pays.

Et seulement ainsi on pourra aider les Israéliens et les Palestiniens,
Et plus encore, tous les hommes qui
Dans cette région occupée par la folie
Vivent comme des ennemis côte à côte
Et à la fin nous aider aussi.

Günther Grass, traduit par moi

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Parfois je suis un peu injuste envers Paris.
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Durchbruch

Je l’ai appelé parce que j’étais énervée. Pourtant je le connais à peine, mais il était temps de lui dire ce qu’on fait dans son dos. On a discuté, des deux côtés du Rhin. La réponse que j’attendais depuis des semaines est venue d’elle-même, évidente et simple, je l’ai formulée sans même y réfléchir.

Quelques minutes plus tard, un coup de fil inattendu me montrait que j’étais enfin sur la bonne piste. Quel détour étonnant ! Mais c’est parfois en prenant les voies de traverse qu’on peut, sur une butte inconnue, avoir enfin une vue d’ensemble de la situation.

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Schicksal

C’était un anniversaire où je ne voulais pas aller. Dans un grenier. A Chartres. Quelle idée de fêter un anniversaire à Chartres.

Finalement je n’ai pas vu la cathédrale, mais on a fait une visite à l’hôpital. J’ai cuisiné des pâtes. On a fait un billard. Je portais un t-shirt noir.

Ma vie avait changé définitivement, mais je ne le savais pas encore. Quelques centaines d’euros de téléphone plus tard, des milliers de kilomètres en train plus loin, j’étais aspirée. La Jever, les moutons, la mer du nord, le plattdeutsch, dix ans plus tard cela me fait toujours un pincement au coeur. Deutschland, Liebesland, cela n’a pas bougé.

Je ne savais pas que ce corail pour Chartres m’enverrait à Berlin, et que jamais je ne rentrerai. C’était une Fahrkarte ohne Rückkehr.

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Depuis que j’habite au-dessus d’une école j’ai l’occasion d’entendre les enfants tous les jours. Et comment on leur crie dessus.

J’ai toujours pensé que l’éducation à la française avait des avantages incomparables. Les enfants sont en moyenne polis, et les parents se sentent investis du devoir de manifester bruyamment leur mécontentement si Hercule ou Steven pique une colère dans le métro. Dans la cour, ça crie, ça menace, ça punit. On inculque aux enfants les valeurs fondamentales: obéir, respecter l’autorité, être poli.

Le problème c’est que le but de l’éducation n’est pas de satisfaire les oreilles des adultes ou d’assouvir nos désirs dictatoriaux sur des êtres plus faibles. Les gens ont moins de patience pour les enfants que pour les chiens. Il me semble que l’éducation vise à aider les enfants à grandir, et à devenir des adultes indépendants et responsables.

Quand on arrive en Allemagne, on est effrayé par l’apparent laxisme de la plupart des parents. Ils ne crient pas sur leurs enfants, ils leur demandent leur avis, à l’école certains cours tournent à l’échange d’avis devant un professeur qui joue au modérateur. Il n’y a parfois pas beaucoup de contenu, et on n’a pas pris une seule note pendant 45 minutes. Je me souviens d’un gamin qui arrosait en battant des pieds dans l’eau toutes les personnes assises tranquillement autour du bassin. J’aurais balancé ses deux mères, qui lui demandaient d’un ton égal d’arrêter, à l’eau avec lui.

Dès qu’on peut on essaye de grandir! Trop injuste!

Aujourd’hui je me demande si ce n’était pas une réaction à courte vue.
Depuis que je suis rentrée à Paris je suis effarée – le mot ne rend pas compte du désespoir profond qui m’accable- par la passivité des gens qui m’entourent. Certes, ils se plaignent avec une constance inégalée. Mais si une réunion arrive, pas un ne moufte, ne pose une question, ils regardent leurs mains et comptent les secondes s’égrener. Les ordres sont acceptés comme inéluctables, les chef sont craints, et une fois le poste atteint, le plus petit d’entre eux se cabre sur son autorité nouvelle comme un enfant qui va faire un mauvais tour.

Tous se comportent comme de petits élèves soumis qui attendent de devenir les grands de la cour.
Bien sûr, apprendre aux enfants à écouter les adultes est une mesure de salubrité pour eux. Leur expliquer qu’on sait mieux et qu’on peut les protéger est indispensable. Leur enlever des responsabilités qui les dépassent est nécessaire pour leur permettre de grandir avec un peu d’insouciance. Mais, en France, écoute-t-on les enfants? Leur parle-t-on aussi d’un ton égal, essaye-t-on de les convaincre aussi, et pas seulement en leur hurlant dessus?

Enseigner aux enfants la crainte, la menace et l’obéissance est un cocktail dangereux qui donne des adultes frileux, terrorisés et incapables d’exprimer une idée. Leur faire croire en permanence qu’une personne supérieure à la réponse à tous les problèmes les briment et les rend bêtes. En tout cas, c’est ce que j’ai l’impression de constater autour de moi.

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Allein!
Die Welt hat mich vergessen
Ich hänge rum!
Hab’s bei allen verschissen
Ich sitz’ zu Hause
Keine Lust zu gar nichts!
Ich fühl’ mich alt
Im Sumpf wie meine Omi:
Ich schalt’ die Glotze an
Die Daltons Waltons, everyone
Ich glotz’ von Ost nach West, 2, 5, 4
Ich kann mich doch gar nicht entscheiden,
Ist alles so schön bunt hier!
Ich glotz’ TV (sie glotzt TV)
Ich glotz’ TV (sie glotzt TV)
Wau!
Ich bin so tot!
War das nun schon mein Leben?
Meine schöne Phantasie!!
Meine Schaltstellen sind hinüber
Ich schalt’ die Glotze an
Happiness, Flutsch-Flutsch! Fun fun!
Ich glotz’ von Ost nach West 2, 5, 4
Ich kann mich gar nicht entscheiden,
Ist alles so schön bunt hier!
Ich glotz’ TV (sie glotzt TV)
Ich glotz’ TV (sie glotzt TV)
Yeah!
Ich krieg’ne Meise weil
Na, ich fass’ kein Buch mehr an
Literatur?? Kotz kotz uuuuaah!
Da wird mir übel
Und die Arztromane hab’ ich mit zwölf hinter mich gebracht
Mann, bin ich belesen!! Ej!
Und die Erfrischungswaffeln sind ausgelaufen, würgwürg Nürck
Und diese Scheissschokolade macht einen fetter und fetter
Und fetter und fetter und ach!
Ich schalt’ die Glotze an
Happiness, Flutsch-Flutsch! Fun fun!
Ich glotz’ von Ost nach West, 2, 5, 4
Ich kann mich doch gar nicht entscheiden,
Ist alles so schön bunt hier!
Ich glotz’ TV (usw)
TV TV TV TV ist eine Droge
TV macht süchtig!
BOUOOUOOUOMMMMM!

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Vermisst

Il manque les fleurs, les arbres, le soleil froid.
Les cafés, les terrasses, les lunettes ridicules. Les poussettes devant les cappuccinos. Les pousses sur les trottoirs. Le réparateur de vélo. Le souffle encore frisquet sur les premières chaussures d’été. L’appareil-photo. Les prévisions du premier grill de l’année. Les lapins de Pâques. Les branches de cerisier. L’herbe tendre sur les prairies, les enfants qui gambadent, les jus de fruit frais.

Le printemps sans Berlin, c’est pas vraiment pareil.

En bon Allemand ou expatrié convaincu par le bien-être de la nature, vous fermez le robinet quand vous vous lavez les dents. Vous avez installé des toilettes économiseuses d’eau, vous triez vos déchets, peut-être même que vous lavez les pots de yaourt consciencieusement avant de les déposer avec ferveur dans le bac jaune. Chez vous, vous avez viré Vattenfall pour le remplacer par les offres d’électricité verte, et vous avez changé toutes vos ampoules pour les nouveaux modèles à économie d’énergie*.

Le soir, vous vous couchez en vous disant que vous avez fait des gestes, petits, mais nécessaires, pour le bien-être de la planète.

Et ben vous vous êtes fait entuber (sorry).

Cet article me met du baume au coeur, après des années à gueuler contre le foutage de gueule organisé au plus haut niveau. J’ai fait des réserves d’ampoules à incandescence, et même que depuis que j’ai re-une baignoire, je m’autorise à prendre des bains. Je voudrais remercier de toutes mes petites forces Alexander Neubacher, mais il va vous faire frémir: 64% des poubelles triées finissent incinérées, il y a tellement peu d’eau qui coule dans les tuyaux à Berlin que la ville est obligée de rajouter de l’eau propre pour dégager ce qui s’y trouve, les nouvelles ampoules sont très dangereuses et un scandale environnemental, les sacs en papier sont d’horribles pièges à produits chimiques, etc.

Si vous voulez m’offrir un cadeau, je suis preneuse:

*Les ampoules nouvelle génération contiennent du mercure à haute dose et sont extrêmement dangereuses si elles ont cassées. Il ne faut donc pas les utiliser sur des lampes qui sont à portée des enfants (genre votre gamin qui tire sur le fil, casse la lampe et se retrouve avec une intoxication au mercure et des dommages cérébraux…)! Je voudrais lancer un mouvement contre ce scandale, des intéressés?

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Suis en train de regarder un concert live restransmis du Lido de Berlin sur le Spiegel online.
Je ne ne sais pas si je dois me réjouir de la prouesse technique d’être à Berlin sans y être, ou de m’affliger de faire semblant d’y être.

Oh Gott, c’est pas fini cette histoire…

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ça a mal commencé avec des tombereaux de commentaires mielleux sur la victoire d’un film en noir et blanc et muet aux Oscar. Oh pardon, un film français. Oui, c’est la seule chose qui compte, évidemment, suis-je bête. La seule bonne nouvelle, c’est que c’est un bon exemple de l’intégration à la française, avec un réalisateur au nom d’origine lituanienne, une actrice principale née en Argentine et un chien américain. Ah oui, et Jean From-the-Garden.

***

ça a mal continué avec l’affrontement Allemagne-France. Et re-1982, et re-le-ratelier-de-Battiston, et une interview de Schumacher le méchant. La Bild m’a fait rigoler la veille en titrant sur « Ribéry va jouer en sous-vêtements ». La mauvaise nouvelle, c’est que maintenant qu’ils ont vu Olivier Giroud jouer, ils le veulent au Bayern. Même s’il embrasse ses partenaires…

Bon en même temps les grenouilles allemandes ne faisaient pas meilleure figure:

***

Intouchables fait un carton outre-Rhin. Et ça en inspire certains:

***

Ce soir Mormeck affronte Wladimir Klitschko. C’est de la boxe, hein. Mormeck, 15 kilos et 20 cm de mois, devrait se prendre une raclée face au gentil Ukrainien, mais on ne sait jamais.

***

Ah oui, juste pour préciser: en allemand, Chauvinismus est la plupart du temps utilisé comme traduction de « misogyne » (même si c’est une erreur. Mais on se demande d’où ça vient?)

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Gemischtes

La résignation de mes concitoyens ne cesse de m’étonner. Ils ont l’impression de vivre dans un pays en déliquescence où rien ne peut changer, où il ne peuvent rien améliorer, où ils se referment sur quelques certitudes tristes. Je ne comprends pas – et ça me fait bouillir.

***

Cet état d’esprit est en plus incompréhensible. En France, il y a plus de jeunes qu’en Allemagne, la formation est encore pas trop mauvaise, gratuite et accessible. Cela devrait bouillonner d’idées, et on ne devrait regarder avec pitié les pauvres Allemands vieillissants. C’est pourtant l’inverse qui se produit, et je ne comprends toujours pas.

***

Le printemps arrive. Il manque les bourgeons berlinois, le premier souffle d’air pur et frais, le soleil matinal. Mais j’ai la chance d’habiter désormais dans la seule rue plantée d’arbres, mes rosiers frémissent sous les premiers chants des moineaux préparant leur parade.

***

Évidemment quand on profite de la première douceur pour mettre une jupe, il y a toujours un gros lourdaud pour te le faire remarquer. Paris…

***

Au supermarché on trouve du caviar d’aubergines. La baguette est exquise. L’ail vient de Toulouse, l’agneau était du Lot. Oui, c’est cher, mais qu’est-ce que c’est bon.

J’ai tellement envie de retourner à Rome!

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« Es ist natürlich für mich ein besonderer Tag, wie es in meinem Leben manche besondere Tage gegeben hat. Am meisten bewegt es mich, dass ein Mensch, der noch geboren ist in diesem finsteren, dunklen Krieg und der 50 Jahre in der Diktatur aufgewachsen ist und hier seine Arbeiten getan hat, nach der Wiedervereinigung – die Sie dankenswerterweise erwähnt haben – dass ein solcher Mensch jetzt an die Spitze des Staates gerufen wird. »

Ce passage est le début du discours qu’a tenu hier soir Joachim Gauck, 72 ans, et bientôt nouveau président de la république fédérale allemande.

Quel destin pour un homme né pendant la guerre, qui a grandit sous la dictature, qui a choisi de servir Dieu et les hommes contre le communisme, qui après la chute du Mur a dirigé le formidable travail sur les archives de la Stasi. Si mes amis peuvent lire leur dossier, les comprendre et faire le deuil de leur jeunesse derrière le rideau de fer, c’est un peu grâce à lui.

Je voulais écrire sur le bizarre pas de deux de la chancelière, qui ne voulait pas de Gauck, ni en 2010, ni hier après-midi, mais qui a cédé à la pression du peuple d’une certaine façon. Mais les calculs politiciens ne sont pas très intéressants face à l’épaisseur humaine du pasteur Gauck.

Et puis c’est marrant, désormais il y a deux ex-Est-Allemands à la tête du pays.

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C’est fini pour Christian Wulff. Enfin! Il a attendu que le parquet d’Hanovre demande la levée de son immunité pour, le dos au mur, accepter de démissionner.

Sa situation était intenable, d’après les observateurs politiques allemands, la chancelière lui a montré la porte. Mais c’est aussi un camouflet pour son choix: au lieu de prendre Joachim Gauck, un pasteur est-allemand reconnu pour sa probité, elle a choisit comme président un ancien jeune loup de la politique et puissant maître de la Basse-Saxe.

Bref, Wulff est parti, sans s’excuser, sans reconnaître avoir fait des erreurs inacceptables. « Ich habe Fehler gemacht », a-t-il dit ce matin, mais dans sa voix, cela sentait plutôt comme « des erreurs de communication ».

bye bye, monsieur le président.

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A quoi sert un balcon en plein hiver? Et bien cela remplace avantageusement le frigoo qu’on n’a pas encore. On peut y stocker les biens de première nécessité: bière, champagne et cornichons. On peut y laisser le fauteuil trouvé dans la rue, vu le froid il se désinfecte. A travers la baie vitrée, on anticipe les soirées douces de l’été, au calme, abritées derrière les canisses que fréquentent les moineaux.

Puis on ouvre les cartons, et c’est Noël en février, la première chose vraiment réjouissante en sept mois.

***

Je tenais par ailleurs à tous vous remercier pour vos commentaires et messages qui m’ont fait beaucoup de bien.

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Allerdings

Il fait un peu froid tout de même…
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…que je ne fais pas d’effort.
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Schokocreme

S’il y a bien une chose que j’ai apprise à Berlin, c’est qu’on fait tous des erreurs. Vivre dans une autre langue et dans un autre pays vous fait revoir votre égo à la baisse. Même quand on croit qu’on sait, on ne sait rien: regardez, je pensais pourtant que Wulff ne ferait pas de vieux os à Bellevue ; et bien le bougre y est encore.

Mais il y a des erreurs qui font plus de mal, c’est quand on se trompe sur soi-même. J’étais convaincue d’être la mieux placée pour un job auquel j’avais postulé, le refus ce soir est dur à encaisser. C’est sans doute pour le mieux, et je n’y peux rien, car j’ai été la plus honnête possible. Malgré tout je suis un peu sonnée.

Le problème c’est que c’est la dernière d’une longue série d’erreurs et de mauvaises décisions. J’ai cru que j’apprécierai de vivre à Paris, et bien ce n’est pas le cas. J’ai cru que je me ferai à mon boulot et à ma vie d’enchaînée, mais en fait non. J’ai cru que je supporterai de vivre là où je suis, et que les conditions s’amélioreraient: je m’apprête à rentrer chez mes parents.

Pour la première fois de ma vie, j’ai envie d’abandonner. Je rêve de déposer mes affaires dans une maison de campagne et de me réveiller le matin avec le chant des oiseaux. Au bureau, j’ai des réflexions de discipline, car il faut faire des efforts que je n’ai plus la force de faire. Plus la force d’être seule. Plus envie d’essayer et de faire semblant. Je pérore comme un vieux disque, je me suis trompé sur mes capacités, mes amitiés, mon travail et mes envies. Je suis allée à l’encontre de moi et aujourd’hui, j’ai juste envie de dormir.

Et pour ceux qui s’intéresseraient au titre, c’est parce qu’on sait bien que seuls les imbéciles ne changent pas d’avis…

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State of mind

Cet après-midi mon meilleur ami s’est marié, et j’étais son témoin. J’en étais déjà à ma quatrième coupe de champagne quand je suis allée voir son père. « Il faut faire un discours! », lui dis-je. « Mais je n’ai rien préparé! Et je ne peux pas le faire en anglais! ». « Ce n’est pas grave », lui dis-je, « je traduirai », alors que je courrai au bar obtenir un verre d’eau pour éponger toutes ces bulles.

Ce fut un moment émouvant et familial. Le papa français parla pour son fiston, la maman indienne pris la relève pour sa fille. Je traduisis les propos du prof de fac célèbre, et failli pleurer pour mon amie et son épouse. Deux continents que tout éloigne, mais l’amour rapproche les gens les plus improbables.

C’est pour cela que je suis rentrée en France. Je portais mes boucles d’oreilles indiennes, ma robe haute-couture parisienne, mon foulard et bracelet de Dubaï, mon collier andorran, mes émaux viennois, mes chaussures André et ma veste de l’époque où Marks&Spencer étaient encore en France. Surtout j’étais là pour mes amis, pour leurs familles, un tout petit pont bilingue pour rapprocher les gens. C’était spécialement bien.

Et pour l’instant, je n’ai pas envie que ça change.

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De la queue jusqu’au menton

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Un dernier stop avant de rentrer

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«Are you a couch surfer too?», demanda la jeune fille pendant qu’on nettoyait les restes d’une party de premier janvier. «Me? Nooo», répondais-je avant de me reprendre: «Well, actually I am! Sleeping on friends sofas for a week!».

Et c’est le miracle berlinois une nouvelle fois. On se retrouve à deux heures du matin en train de remettre une tétine dans la bouche d’un bébé pleurant, réveillée à 8h par une troupe de joyeuses petites filles qui veulent une histoire, perdue dans une bulle velue au fond d’un musée, mangeant éthiopien pour leur Noël avec les doigts, parlant latin chez l’italien, anglais avec une Américaine mariée à un Tchèque, allemand avec un apprenti réalisateur, achetant des livres à un neurobiologiste, finissant un gilet pour un bébé-ours, s’essayant à l’accordéon, dormant pas assez ou trop longtemps, demandant à Wulff de partir sous la pluie, croisant une amie les pieds dans l’eau, posant pour le journal ou lisant dans un appartement trop grand.

Cette ville est grise, triste, calme et vide. Elle est folle, géniale, mystérieuse, secrète. Elle est pauvre et riche, prussienne et internationale, touristique et inquiétante, nazie et jugendstil. On l’aime et on veut partir, on veut rester et on ne peut pas. Elle est surtout pleine de gens extraordinaires et qui sont mes amis, et c’est la meilleure chose du monde.

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Wutbürger

Ou comment occuper son samedi pluvieux:

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« Wulff muss raus! »

La scène se passe au retour de l’école. La conductrice a déjà calé sept fois, fait trois fois le tour du pâté de maison à cause des travaux, les mioches avalent les chewing-gum pour tromper leur faim. Tiens, si on chantait pendant que je cherche où est la deuxième vitesse? Frère Jacques? Va pour Frère Jacques. « Non, tu chantes pas comme il faut », dit l’aînée, qui décide d’instruire les occupants de la voiture:

Frère Jacques
Alte Kack
Dormez-vous
Blöde Kuh
Sonnez les mâtines
Alte Waschmachine
Ding deng dong
Arsch Bonbon

Et maintenant on chante en canon!

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De nouveau tu fais la queue à un autre guichet. Tu exposes ton problème «quelqu’un qui s’appelle comme moi est déjà inscrite». «Vous avez étudié à la Humboldt? Alors vous êtes déjà dans le système, il faut remplir la fiche verte d’abord».

Une fiche et une nouvelle queue plus tard (je t’ai déjà dit que le Berlinois n’était jamais pressé?), te voilà devant un monsieur. C’est l’étape décisive, tu le sens, tu sers convulsivement la pochette d’ordinateur qui joue très bien le rôle de doudou, tu respires un grand coup avant de parler. «Vous avez votre Anmeldungsbescheinigung?», te demande le monsieur avec un accent de l’est de la Mer Morte. Déjà tu te réjouies que ce soit un étranger, d’expérience tu as gagné cinq minutes de palabres. «Non, mais mon adresse est écrite sur mon passeport» (à ce moment là tu te remercies intérieurement d’avoir refait un passeport cinq ans auparavant à l’ambassade de France de la Pariser Platz). Le monsieur étranger il connaît la valeur du passeport, il la chérit, et il te dit «C’est ok, je ne savais pas que les adresses pouvaient être inscrites sur les pièces d’identité, c’est bien ça suffira». Deux petites gribouillis plus tard, gratuitement en plus, tu récupères une carte de bibliothèque.

Comment décrire, lecteur, la vague de joie qui alors envahit la narratrice. Ivre de bonheur, serrant le bout de plastique blanc dans sa main, tu entends des applaudissements dans ta tête. Tu as brisé les chaînes de l’enfermement, tu te sens invincible. Tu as vaincu le système. Tu as ta pochette d’ordinateur dans une main, ton sac transparent dans l’autre. Tu es fière, tu as vengé des générations d’étudiants Erasmus et de chercheurs étrangers, tu as enfin gagné contre les Allemands.

-FIN-

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Tes stylos tentent de se faire la malle, le guichet est à droite, tu vas réussir à passer les portes à fédaïne… «Non, vous, vous rentrez pas». Evidemment c’est bien à toi qu’on s’adresse. Cerbère a changé d’apparence en neuf ans, mais est toujours fidèle au poste. «Les pochettes d’ordinateur sont interdites.» Ah ok, mais si je puis me permettre cher Cerbère, pourquoi? «Parce que ce n’est pas autorisé». Certes, mais pour quelles raisons? «Parce que c’est interdit». On va pouvoir continuer longtemps comme cela, je le sens. «Il faut la remettre dans vos affaires au sous-sol». Non, désolée, je n’irai pas au sous-sol. «Alors vous passerez pas».

Là se passe un truc marrant, lecteur. Neuf ans ont passé, et ton narrateur, ou narratrice, là, elle parle allemand, elle a vieilli, pour la première fois elle n’a plus peur de Cerbère (merci JPII). «C’est une pochette crochetée par mes soins, je ne comprends pas pourquoi elle est interdite, je ne sais même pas si je vais pouvoir m’inscrire, je n’irai pas la déposer en bas.» Cerbère commence à grogner, c’est le problème des gros chiens. «Tenez, on va dire que c’est mon bonnet, c’est en laine ça ressemble à un bonnet, j’ai froid, je peux passer avec un bonnet», dit la narratrice soudain coiffée d’une pochette d’ordinateur en crochet blanc. Cerbère commence à montrer les dents.

L’objet du délit

J’attrape un sac en plastique avant que mes stylos s’écrabouillent, et je change de côté. Je passe à la sécurité, où je demande à la gardienne si elle peut me garder mon bout de laine pendant que j’essaye de m’inscrire. «Mais on va dire que c’est une écharpe, non?», me glisse la dame en habit bleu. Et là, lecteur, pleine de fierté comme si j’avais traversé le Rhin à la nage, sous les yeux de Cerbère soudain impuissant, je suis passée de l’autre côté. (A suivre)

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Il est grand et plutôt bel homme, Christian Wulff. Avec son sourire de carnassier et ses lunettes sérieuses, il représente à la perfection l’homme politique allemand. Il ne ressemble à rien ou à tout le monde, il pourrait être prof à la fac, banquier central ou exportateur de machine-outil. Surtout, il a Bettina, l’immense, jeune et blonde Bettina, ancienne journaliste paraît-il, qui a l’air tellement en bonne santé qu’à eux deux ils auraient pu servir de modèle de famille aryenne. En vrai ils font peut-être un peu peur, les Wulff, avec leurs sourires ultra-Bright et leur 1m90.

Elu au poste honorifique de président de la république fédérale allemande en 2010, Christian Wulff n’est pas né d’avant-hier. Il a auparavant dirigé la Basse-Saxe, un des états les plus grands d’Allemagne et qui a surtout la particularité d’abriter une pépite: c’est le siège de Volkswagen, dont la Basse-Saxe possède 20% des actions et un droit de blocage en cas de vente du capital. Le ministre-président du Land possède donc un pouvoir économique non négligeable et connaît tout le monde, et au-delà.

Cette proximité engendre beaucoup de tentation. Alors qu’il s’était fait surclassé lors d’un voyage privé en avion, le parlement de Basse-Saxe s’était ému, et avait demandé s’il y avait eu favoritisme. Non non non, avait rétorqué Wulff, qui s’était retrouvé sur le grill: au fait, d’où vient l’argent pour votre maison? Avez-vous bénéficié d’un prêt préférentiel de la part de l’industriel Egon Geerkens? Non non non, répondit encore une fois Wulff, c’est sa femme Edith qui m’a prêté 500.000 euros pour que j’achète ma maison. Et c’est à elle que je rembourse.

Wulff se fait élire président, emménage à Berlin devant le Tiergarten, et s’amuse à manger la soupe sur la tête des autres chefs d’Etat. Une année passe.

Les Wulff avec le prince héritier Naruhito du Japon

Le 12 décembre 2011, la Bild Zeitung publie alors un article sur le fait que Wulff aurait menti lors de l’interrogatoire de 2010. L’argent proviendrait bien de l’industriel Egon Geerkens, ce qui fait peser des soupçons de favoritisme sur le politicien.

Le Spiegel ne reste pas de marbre, et publie une interview d’Egon Geerkens, qui reconnaît avoir cherché un moyen de prêter les sous au grand homme. Une liste des vacances passées tout frais payés dans les maisons de riches industriels entre 2003 et 2010 apparaît alors. On est juste avant Noël et Wulff ne dit pas grand chose. On découvre aussi que d’autres amis industriels ont payé des petites choses, une campagne de pub pour un bouquin par exemple. Le 21 décembre, Wulff fait savoir qu’il a transformé le crédit privé et préférentiel de Edith Geerkens en crédit de courte durée à la BW, une filiale de la LandesBank Baden-Wurtemberg, pour un taux de 2,1%, puis en crédit sur 15 ans au taux de 3,62%.

Noël passe. Wulff part en vacances, visiblement il aime bien ça, les vacances. Lors de son message de la Nouvelle Année, il n’a rien dit du tout sur ce qui devient lentement mais sûrement la Causa Wulff.

Mais le 2 janvier, on apprend que Christian Wulff, parfois, est très bavard! Le 11 décembre, il a ainsi laissé un long message vocal sur le portable de Kai Dickmann, le rédacteur en chef de la Bild Zeitung. Il lui aurait promis un certain nombre de cadeaux de Noël si la Bild publiait l’article sur son crédit: entre autres choses, des poursuites judiciaires méchantes et plein de petites menaces diverses et variées.

Je me sens obligée de souligner l’énormité de la chose: le président de la République allemande a laissé un message vocal de menaces au rédac chef du plus grand tabloïd du pays. Un président. Un message. Des menaces. Un tabloïd.

C’est moi ou il est vraiment con, ce mec?

Il semble désormais impossible que Wulff reste président. Son poste est certes honorifique, mais cela suppose justement d’être digne de l’honneur qui lui est fait. En général, les présidents sont des hommes âgés à la carrière irréprochable et qui représentent la morale allemande. Les commentateurs s’accordent à dire que Wulff ne remplit visiblement pas les critères de probité indispensable pour le job. En plus, il est affreusement maladroit: au lieu de s’excuser, il a viré son fidèle porte-parole, comme si tout cela n’était qu’une histoire de com’ hasardeuse. Son premier crédit à 2% semble tellement avantageux que les autorités ont ouvert une enquête pour savoir comment il l’a obtenu.

C’est seulement ce soir à 20h15 que le président daignera s’exprimer dans une interview. D’après l’ARD, il n’a aucune envie de démissionner, ce qui en pratique va être quasiment impossible. Son prédécesseur Horst Köhler a quitté son poste pour beaucoup moins que ça, et Theo von Guttenberg a été poussé violemment hors du gouvernement uniquement pour une histoire de doctorat copié/collé. Certes, c’est pas bien, mais bon, par rapport à des soupçons de corruption, ça fait un peu cour d’école.

Celle qui décidera de toute façon sera la chancelière. Elle aussi se tait. Toute cette histoire est plus que néfaste pour elle : c’est elle qui avait porté Wulff à ce poste, elle qui avait soutenu Guttenberg. Il est sûr que ce sera aussi elle qui sifflera la fin de la partie.

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Le temps a passé et les études sont loin. Avec nostalgie tu vois s’élever le tout nouveau flambant neuf bâtiment de la bibliothèque de la Humboldt au fil de tes trajets en S-Bahn. Les photos de ses salles de travail te font de l’oeil dans les journaux, et tu sautes sur l’occasion de studieuses vacances berlinoises pour tenter ta chance. Instruit de tes expériences passées, tu as les poches pleines de liquide, un passeport valide, une carte de presse, et surtout aucun espoir sur le fait que tu pourras entrer dans le bâtiment.

Tu arrives à l’accueil où la dame te tends une feuille de renseignement. «Il faut d’abord que vous enfermiez vos affaires avec la mensakarte qui se trouve dans le lotto et à la machine et après vous allez aux ordinateurs et ensuite à gauche et vous remplissez les fiches et les formulaires…». C’est un coup de chance qu’en neuf ans ton allemand se soit amélioré, malgré tout tu as lâché l’affaire à «Mensa-», c’est normal il est midi et tu commences à avoir la dalle*.

Villa Medicis, Rome

Pas de machine à l’horizon, tu vas au tabac-Lotto en face. Le type ne vend pas de carte de Mensa mais il a des cadenas. Et oui, bien sûr, pour mettre tes affaires sous clé dans une bibilothèque universitaire rien ne vaut un cadenas. Tu retraverses la place, tu descends les escaliers, tu vas enfermer tes affaires sous clé, tu remontes et va, plein d’espoir, te planter derrière un ordi pour la première étape de l’inscription.

Et là, on te dit «qu’un utilisateur avec le même nom et la même date de naissance est déjà enregistré». Tu t’apprêtes à crier au vol d’identité, mais pour cela il faudrait déjà pouvoir rentrer.

*La Mensa est l’équivalent du resto U

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Tu es devenu fort habile à ce petit manège. Par coeur tu as appris le Hausordnung, le Leseordung, le Arbeitsornung, le Ordnungsordnung, tu veilles sur ton sac transparent comme sur un Vuitton et la machine à microfilm n’a plus de secret. Malgré tout le temps file, et recopier un manuscrit à la main c’est un peu long, donc avant ton retour dans ton pays tu décides de photocopier ce dont tu as besoin. 40 euros plus tard, ruiné (t’es toujours étudiant, hein) mais heureux, tu repars avec ta liasse de polycopiés que tu t’empresses de photocopier. Ton mémoire est encore au stade de la documentation, mais la moquette grisâtre de la bibliothèque et ses escaliers à la Escher sont définitivement derrière toi. Tu feras la suite de tes recherches à l’Institut historique allemand du Marais, qui en plus de t’offrir une vue sur un jardin sublime en plein coeur de Paris, est vide et propose les livres en libre accès.

Trouvé sur la notice de Wikipedia

Et pendant des années, tu ne mettras plus les pieds et les crayons dans une bibliothèque.

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Un jour il peut te passer par la tête l’idée saugrenue d’aller à la bibliothèque. Par exemple tu fais des études, on est en 2002, naïvement tu te dis, «tiens, pour mes recherches j’irais bien à la bibliothèque nationale avec le fond prussien où se trouve le manuscrit que je dois étudier». Tu t’engages dans un processus dont tu n’as pas saisi la profondeur désespérante, mais tu es jeune, tu es étudiante, tu as le temps.

Muni de ta plus belle carte d’étudiant, celle où tu as réussi à mettre une photo sans lunette et à cacher tes boutons, tu te présentes à l’accueil. Le cerbère s’amusera d’abord à te dépouiller de toute humanité: «Numéro d’étudiant – pièce d’identité – Anmeldungsbescheinigung», un souffle glacé te passe dans le dos alors que ton nom est remplacé par un matricule, tu en es presque à tendre le bras pour te faire tatouer. Puis il te demandera de te déshabiller, de te séparer de toutes tes possessions, d’arriver nu comme un nouveau-né avec seulement un sac en plastique transparent devant lui, tremblant et inquiet. C’est normalement à ce moment, alors que tes maigres biens sont sous-clé quatre étages en dessous qu’il te réclamera 25 euros pour l’inscription à l’année, payable seulement en liquide bien sûr, on ferme dans une heure, bon courage pour faire la queue à la garde-robe, trouver ton sac, ressortir dans le froid à la recherche d’une banque, revenir, payer, c’est trop tard, mais demain on ouvre à onze heures, sortez maintenant, plus vite, Raus!

Le lendemain, frais et dispos, muni enfin du précieux sésame que tu as payé avec ce qui équivaut à ton budget bouffe hebdomadaire, tu fais ton plus beau sourire au gardien qui te hurle : «Pas de stylo bille dans le département des manuscrits». Rebelote, tu repars dans l’autre sens, vers la garde-robe où tu vas faire la queue, etc, tu as saisi le concept lecteur.

Après trois heures de tentatives vaines et variées, enfin tu y es: devant toi des ordinateurs antiques te proposent de trouver le rayonnage inaccessible où se cachent les ouvrages dont tu as besoin. Première déconvenue: la moitié sont indiqués avec la mention de «Kriegsverlust moeglich» (possiblement perdus lors de la guerre). S’il-vous-plaît-attendez-trois-jours-qu’on-regarde-dans-quel carton-ils-pourraient-bien-être, oui-la-guerre-est-finie-depuis-cinquante-sept-ans-mais-le-système-ne-voit-pas-le-rapport.

Là non plus, il n’y a pas de rapport

Quand enfin un livre apparaît disponible, ivre de joie tu cliques pour le commander. C’est alors que la petite fenêtre s’ouvre: «Ce livre se trouve dans la bibliothèque de fonds prussien de la Potsdamer Platz, vous l’obtiendrez sous trois jours». Et là c’est déjà trop tard ; tu viens de découvrir que la bibliothèque est coupée en deux, et que si toi tu mets 15 minutes à faire Unter den Linden/Potsdamer Platz, personne n’a pensé à dire aux bibliothécaires que le mur est tombé et ton livre doit au moins passer par le Danemark avant d’arriver.

Lasse et désespérée, tu rentres chez toi parce que en plus il faut attendre une heure pour accéder aux deux ordinateurs connectés à internet, et tu commences à comprendre pourquoi en Allemagne il faut au moins sept ans pour faire sa maîtrise. (A suivre)

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C’est sympa Berlin après minuit le 1er janvier. Une fois les feux d’artifice disparus dans une myriade de lumières, il reste les bombes artisanales à admirer. Après avoir perdu quelques degrés d’ouïe et été plaqué contre une porte d’immeuble par la déflagration, on perçoit encore les sirènes des pompiers. Dans un coin, des plumes d’édredon s’envolent, des policiers se massent sur un trottoir pendant que des fêtards enbièrés attaquent les Robocop à coup de pétards.

Une fois dans l’immeuble, on peut admirer les petits ballons d’hélium qui flottent au-dessus des marches, ce serait presque joli s’ils n’étaient pas noirs

et lestés par…

… des seringues. (Qui veut une injection pour la nouvelle année?)

Quelques heures plus tard on peut savourer le petit-déjeuner, la nuit tombe et il pleut.

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Guten Rutsch!

Glisser sans neige ce n’est pas facile, on pourrait même se dire que ce n’est pas conseillé. Mais cela fait partie de la tradition, à l’égal du bombardement de feux d’artifice qui donne à Berlin des aspects de ville en guerre. Les pétards ont été inventés en Chine et sont destinés à éloigner les mauvais démons ; on ne peut s’empêcher de se demander quels sont les ancêtres si terribles qu’il faille absolument des millions de coups de feu pour en éloigner les mânes.

Berlin se pare de lumière dans un bruit de détonation, il faut prévoir un casque et des lunettes de protection pour passer à la nouvelle année.

Cette année il manque le blanc joyeux de la neige, je ferai gaffe à mes pieds en traversant Boxi en sursautant toutes les 15 secondes!

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Jenseits

C’était la première fois que j’allais à un enterrement. Il faisait beau, il y avait beaucoup de monde, beaucoup d’enfants. Des touristes aussi, qui s’avançaient et se mettaient sur la pointe des pieds pour regarder, tu imagines, dans ce lieu si célèbre il y a aussi des familles qui pleurent. La famille était incroyablement digne et émouvante, on avait l’impression que tout le monde pleurait en dedans. C’est bizarre d’avoir 30 ans pour aller pour la première fois à un enterrement. Plus tard je suis rentrée chez moi, et là j’ai appris que quelqu’un d’autre avait aussi perdu sa maman une veille de Noël.

Bref, se plaindre parce qu’on travaille le jour de Noël ou qu’on a un ongle incarné ou qu’on doit déménager devient juste la chose la plus futile de la terre… J’ai commencé un autre pull pour bébé, je ferai une couverture pour le petit bébé qui ne connaîtra pas sa grand-mère, et je vais arrêter de regarder ma vie par le petit bout de la lorgnette.

Frohe Weihnachten

und Frieden auf der Erde.

Pour clore ce cycle, voici quatre choses que j’aimerais pour l’an prochain:

1. Un travail épanouissant
2. Beaucoup d’amour
3. Un nid douillet
4. Publier mon livre

et en attendant, je vous souhaite à tous un très heureux Noël.

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L’année 2011 aura été celles des secousses, des chocs -et des déceptions. Entamée sur la joie de faire tomber un dictateur, elle s’achève sur l’arrivée des islamistes au pouvoir, les violences en Egypte, la répression syrienne. L’euro continue sa chute, l’économie mondiale part dans des gouffres, le monde tremble et rien ne change. Le Handelsblatt a couronné aujourd’hui Angela Merkel comme « Personnalité de l’année », « parce qu’elle a su rester ce qu’elle était ». Une ode à la permanence ou à l’immobilisme, au choix, mais qu’il semble nécessaire d’honorer dans un monde en chute libre.

Il faut croire que j’ai des capacités jungiennes de connection avec l’inconscient collectif, car mon année aura, toute proportion gardée, été semblable aux secousses du monde. Une révolte interne irrépressible, des changements majeurs, un retournement -et un échec patent à l’autre bout. Le remède fut pire que le mal. L’année 2010 s’est close un lendemain de Noël sur une engueulade sortie du passé, celle de 2011 est en passe de se terminer sur un constat de no-future. Jamais je n’aurais cru tombée si bas. Encore quelques marches, et le ciel se refermera sur moi.

Je ne peux pas trouver d’appartement, je ne peux pas continuer ainsi. Les faux-semblants et les mensonges me sont étrangers. On m’accuse de tricher ou de simuler, mais on oublie que je ne peux pas mentir. Je ne peux pas jouer. Je ne peux pas faire comme si. J’ai perdu cette capacité en cours de route, ou plutôt je ne l’ai jamais eu. Cela rend ma vie impossible dans le monde des trompe-l’œil parisien.

A bien des égards ma vie est pire que l’an dernier. Je n’arrive pas à mettre le doigt sur un quelconque élément d’amélioration. Les engueulades sont plus fréquentes, le temps libre a disparu. Je suis perpétuellement fatiguée, dans une situation toujours aussi instable, et je n’ai pas plus d’argent. Les perspectives de travail sont inexistantes, et on ne me croit plus jamais. C’est terrible, je pense pourtant être une personne intéressante, importante, avec des choses à dire et à apprendre ; mais c’est une vision de soi-même qui vous voue à la vindicte car dépasser du rang revient presque à ne pas s’incliner devant le mausolée de Kim Jong-il. Vouloir plus que ce qu’on vous donne est un péché mortel.

J’accumule tous les défauts de ce caractère entier et incoercible. Je ne sais pas mentir, pas plus que je ne peux courber la tête. Je suis l’objet idéal d’expérience d’un Kapo qui voudrait écrire Comment briser une conscience en dix leçons.

Bien sûr j’exagère, le carcan n’est pas si lourd. Après tout, on peut quitter un milieu qui ne nous plaît pas, sauf si on a besoin de payer un loyer. Sauf si on a des frais. Sauf si on ne peut pas. On peut donc, sauf qu’on ne peut pas. La liberté est bien fragile…

Les journaux allemands ont été plein cette année de Bunr-out et autre Stresstest. La morale n’est pas à la joie, mais à la prévention de l’effondrement. Collectif ou individuel, il engendre un même effet: la disparition de la surface visible, remplacée par un gros trou à la place.

Pour ma part il va falloir que je trouve un moyen de pallier ou de régler mon inaptitude à coopérer avec le monde extérieur. Que je fasse taire la voix qui s’exprime, que j’apprenne à mentir, que j’empêche mon corps de réagir aux événements. Devenir rien, ni personne, me contenter toujours de ce que j’ai, de ne vouloir jamais changer. De brimer, d’étouffer, de tuer la voix différente que j’ai nourrie pensant tant d’années loin de cette ville que je déteste. Vaste programme.

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Je cherche un appartement. Je me perds dans les demandes irréelles des bailleurs, qui exigerons bientôt de nous un certificat médical et une preuve de virginité. Ou un test de math. Et un stage d’entraînement chez les pompiers. S’ils cherchent des moyens d’évacuer des candidats, j’ai des idées. (Par exemple faire monter les idiots au sixième étage à la corde. Ou leur demander de calculer eux-mêmes les m3 contenus dans l’appartement*)

Londres

Il y a quelque chose de totalement absurde dans cette course perpétuelle. ça me fait chier de dépenser une fortune dans un toit. On passe des journées le cul sur une chaise, on s’écroule épuisé sur un lit entouré de nos possessions inutiles, et tout le monde fait pareil.

Le paysage éternel de l’Aventin, Rome

Où sont les idées, les créations, les changements, les tentatives? On blinde nos vies de précautions qui ne protègent de rien, on brime les expériences, on redoute la transformation. L’Europe se rabougrit en peau de chagrin, sans voir que l’avenir du monde se joue bien loin d’elle. En Asie, là bas, les aéroports sont ripolinés, les gens construisent, les gens se plantent, les gens échouent, essayent, tombent, recommencent. Ils comptent sur leurs forces et leur intelligence. La Nouvelle-Zélande et l’Australie se fichent bien de la maison-mère désormais, elles lorgnent sur Hong-Kong pendant que Shanghaï s’élèvent. Je ne l’aurais pas cru si je ne l’avais pas vu de mes yeux. En arrivant à Heathrow au retour de mon périple, j’ai eu l’impression de retomber dans la maison de campagne décrépite, qui vit de nos souvenirs mais est rongée par les termites et s’écroulera un jour.

Nulle part ailleurs qu’à Paris n’est la décadence plus avancée, la fin de race s’étiole au milieu de ses trophées passées. On voit les beautés étincelantes qui languissent entre la Concorde et la Tour Eiffel, ce phare d’Alexandrie qui ne résistera pas au dernier tremblement de terre achevant une civilisation déchue.

Où sont les créateurs, les architectes, les fous, les visionnaires? On admire le dome de Florence en oubliant toutes les flèches de cathédrales écroulées, on se pâme devant la Joconde et la Pietà en négligeant les fresques maladroites de leurs maîtres. On regarde l’art moderne avec le dédain du connaisseur, mais ne faut-il pas beaucoup de tentatives avant de réaliser un chef-d’oeuvre? Ne faut-il pas user beaucoup d’ouvriers avant de reconnaître un génie?

Piazza Navona, façade de Borromini (je crois!)

Mais on nous harcèle pour rester de bons soldats fidèles. On panique devant un nouveau média, on craint celui qui vient d’ailleurs. Surtout, celui qui pense autrement ou qui ose avoir d’autres rêves sera passé à la fourche caudine de l’uniformité. Ce temps manque d’art, de tentatives, de folie et de créations. De temps pour penser, de force pour se battre, de conviction pour s’affronter. Je recopie des dépêches en éteignant mon cerveau, je passe ma vie à la gagner, je la perds en rentrant chez moi, je tousse, je cauchemarde, je m’étouffe dans l’air saturé de pensées toutes faites et d’idées préconçues. Les contraintes sont si fortes que tout changement, même minime, précipitera l’échaffaudage dans le précipice. Mais jamais, personne, n’a visité le précipice. Ceux qui y sont tombés n’en sont pas revenus, peut-être y a-t-il un monde plus libre en dessous du couvert du feuillage?

Vue des jardins de Balata, hauts de Fort-de-France, Martinique

*Pour ceux qui n’auraient pas la joie de se frotter à l’immobilier parisien, il sera réjouissant d’apprendre qu’à Paris, on loue désormais au m3. J’ai hâte de savoir grimper au plafond.

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4. Advent

Une semaine de l’avent pleine de gâteaux de Noël, de goûters en tout genre, avec quelques départ aussi.

Au programme des réjouissances, tout de même:

1. un déjeuner-débat avec des collègues
2. un super goûter avec des camarades de classe
3. une découverte d’une boutique et de tas de gens gentils
4. un départ à Berlin en préparation!!! yeeeeeeeaaaaaaaah

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Deuxième réflexe* à mon retour, faire la liste des endroits où on avait une chance de manger allemand. Bah oui, on fait ce qu’on peut, et la nostalgie du ventre est de loin la plus poignante -surtout quand on a faim. Ou quand on a soif!

Paris a plein de défauts insupportables, mais au moins une qualité indiscutable: on trouve de tout, vraiment de tout, dans la capitale. Certes, il est difficile de boire de la bonne Pils à Paris. La bière belge ayant effectué des dégâts sur mon estomac, je me retrouve contrainte de me rabattre sur la Hefe. Miracle parisien, on la trouve en pression au Café Titon et au Udo Bar. Le premier est un gentil café sympa dans un coin cool de la capitale. Le second a le plus beau poster de Paris, dans une ambiance punky normale qui me rappelle Berlin.

Pour un Frühstück chic, le cadre délicat et l’ambiance feutrée de Claus réconciliera votre grand-mère avec l’Allemagne. Les confitures, alsaciennes, sont juste les meilleures du monde, et on peut les acheter à l’épicerie qui occupe le rez-de-chaussée. Et si on a de la chance, on peut même parler allemand avec Claus, qui parle un français sans accent (le veinard!).

Mais le repaire des germanophages (oui oui, on peut manger les Germains), c’est le Stube: un vrai Imbiss, où tout est bon! Les gâteaux sont à tomber, les plats sont simples, très abordables et très bons (mention spéciale à la Gulash, sauce exquise). Avec la gentillesse et le sourire du chef en prime.

Si vous voulez me croiser, je suis là-bas!

Le Stube, 31 rue de Richelieu, dans le Ier
Claus, 14 rue Jean-Jacques Rousseau, dans le Ier
Café Titon, 34 rue Titon, dans le XIè
Udo Bar, 4 rue Neuve-Popincourt, XIè

Une épicerie à tester: Tante Emma Laden, marché de la porte Saint-Martin, 31-33 rue Saint-Martin, Xè
Pour acheter des bières (et même des cubis pression), Bières cultes, 40 rue Damrémont, XVIIIè.

* Mon premier réflexe a été de demander à Tchibo s’il livrait en France. La réponse négative a fendu mon petit coeur.

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3. Advent

Une semaine de forme, de décision et de premier givre! La seule chose qui ai manqué, c’est du temps pour écrire ici. 1. Une décision! Ni bonne, ni mauvaise, mais prise, enfin! 2. Une sortie journalistique gratuite, mais très amusante. 3. Une vraie bonne soirée 4. Des Butterbredele!

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Dans ces grands temps de germanophobie* triomphante, j’apporte ma pierre à l’édifice. Oui, nous sommes différents (très), et non, tout n’est pas parfait chez les Allemands. Tous le monde le sait, les Allemands n’ont aucun goût, c’est pourquoi ils portent des chaussettes blanches dans leurs sandales. Peut-être surtout pour cacher leurs écailles vertes d’envahisseurs.

Bref, quelques jours chez nos ennemis héréditaires m’ont remis les idées en place. C’est vrai, que de violences cachées sous les paroles faussement innocentes de O du Fröhliche, répétées comme un mantra dans les dangereux marchés de Noël :

Les marchés de Noël, parlons-en: c’est juste un moyen d’endoctrinement populaire. On saoule les enfants dès l’enfance au vin chaud, on les engraisse au rôti de porc et à la choucroute avant de les envoyer conquérir l’Europe à coup d’exportation menaçantes.

Ceci est le vaisseau héliporté que les Germanisseurs ont mis au point pour mettre l’Europe au pas du vin chaud et des saucisses.

Ceci sont des boulons, des clés à molette, mousquetons, marteaux usw. en chocolat. Pour apprendre aux petits Allemands les rudiments techniques du sabotage des industries étrangères.

Il n’est donc pas étonnant de constater un certain nombre de différences flagrantes, qui nous rassurent: oui, nous sommes différents (ouf!).

On peut par exemple louer l’initiative de cette petite entreprise française qui essaye de changer les Teutons de l’intérieur :

(J’adore la fin: « …afin que le fait de boire de l’eau devienne une habitude ». Mais alors, question: que boit l’enfant allemand normalement?????)

Et puis ceci, c’est vrai, ce symbole de nos différences: l’argent. Alors que nous, nous jetons tout par les fenêtres comme des Français superficiels, pendant que la Parisienne investit dans le cuir de ses bottes, l’Allemande apprend à placer ses futurs Deutsche Mark dans des obligations d’état. Cette page vient de l’édition de décembre du magazine Freundin, j’avoue, j’ai hâte de lire Marie-Claire m’expliquer le fonctionnement du fonds de sauvetage européen!!!

*Je n’ai jamais entendu un Allemand employé le terme de « Frankophobie » ou « Franzosenhass ». Décidemment, nous ne sommes pas pareil.

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Für den Weg

Adorons le Seigneur en rampant par terre :

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2. Advent

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Bien entendu le premier mot que j’ai entendu en arrivant c’est « Achtung! ». Il est 7h04, je suis chez Tchibo, et voilà, tout est familier. Le reste fut à l’avenant, rien à raconter, juste à ressentir. Geborgenheit. Il y a plus que quatre choses qui étaient délicieuses cette semaine, mais voici au moins: 1. Avoir bu beaucoup trop de bière allemande, à Paris et en Allemagne, et toujours en excellente compagnie ; 2. Rentrer avec un sac bien trop plein de tas de choses utiles et géniales (et pas chères) 3. Avoir participé à l’esprit de Noël, rien n’y manquait : enfant, vin, Glühwein, amie chère et étoiles en papier, le pied ; 4. Avoir mis les choses au clair, grâce à des conversations difficiles mais nécessaires, et repartir d’un bon pied.

Lecker lecker!

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Season’s greetings

More to come, devinette inclusive!

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No comment

Impossible de ne pas partager cette vision d’horreur européenne, offerte gracieusement par la Bild:

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1. Advent

Cette photo représente l’approximation maximum que je peux offrir d’une couronne de l’Avent,
merci de votre compréhension

Il y a un mois j’ai été coincée dans un embouteillage à 23h un samedi soir boulevard Haussmann. Il y avait des camions de luminaires allemands, des échafaudages: on installait des décorations de Noël. Tristes lumières clignotantes sous le ciel gris, la foule se presse indifférente devant les marchands à la sauvette et les amputés divers.

Noël est triste à Paris, loin du froid et du Glühwein. Il n’y aura pas de neige. Et je travaillerai tout le week end de Noël. Pour la troisième fois consécutive.

Je voulais faire quelque chose de spécial pour l’Avent. Après tout, c’est une attente pleine d’espoir, vers le retour de la lumière. Et j’en ai marre de me plaindre, de traîner ma mauvaise humeur et mes questions comme une bouée encombrante.

Alors pour chacun des quatre dimanche, je vais plutôt regarder les quatre choses qui se sont bien passées dans la semaine, celles qui montrent une évolution vers le progrès. Voici ce que j’ai pu trouver pour la première:

1. des gens sympas au bureau. Rien d’extraordinaire, mais des personnes avec qui aller boire un café et papoter dix minutes, ça change la vie ;
2. des rendez-vous et des gens à voir. J’aime bien ça ;
3. mon Kindle et son dictionnaire automatique, magique pour les livres en allemand ;
4. le chemin de mon blog. Merci à tous pour vos commentaires! ça me fait vraiment plaisir

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Wirbel

On fait tous des erreurs, ce qui est dur c’est 1/de les voir 2/de ne pas les refaire. Je commence à comprendre pourquoi les expatriés sont une catégorie qui revient pour repartir. Il y a quelque chose qui se rapproche de la fuite en avant dans ce phénomène.

Moi par exemple, je suis en train de lister mes erreurs, et elles sont nombreuses. J’ai cru que le temps suffisait à effacer les problèmes. Erreur de pensée magique! Ce n’est pas parce qu’on quitte sa cuisine en bordel pendant trois jours qu’à votre retour elle sera rangée. Alors imaginez que vous avez oublié le bac à légumes pendant neuf ans, je ne vous raconte pas la vie moléculaire qui s’est développée en votre absence.

Vatican, mars 2011

J’avais aussi complètement zappé le fait que les insatisfactions une fois tous les deux mois étaient bien plus dures à assumer quand elles se présentaient deux fois par semaine. J’ai bien compris que je gave tout le monde. Je n’ose pas appeler les gens, car j’ai peur de déranger. A Berlin, je connaissais le rythme de vie mou des gens, ici à Paris j’ai l’impression que tout le monde est perpétuellement occupé. La vie va vite et très lentement, il faut prendre rendez-vous trois semaines à l’avance pour aller dîner, ça me décourage quand j’ai juste une soirée de libre à occuper.

Bref, j’ai l’impression d’être une verrue disgracieuse. D’usurper ma place au bureau. De devoir repartir vite.

Mais le problème désormais c’est qu’il faut bien réparer le bordel que j’ai mis à découvert. Je pensais que le travail serait la partie la plus terrifiante à Paris. Bizarrement, c’est celle qui se passe le plus simplement. Peut-être parce que c’est l’unique domaine de ma vie dans lequel j’ai confiance en moi. Pour le reste, j’ai l’impression de tout brûler sur mon passage, d’être un monstre horrible et épouvantable, un repoussoir dégoûtant. J’ai vraiment du mal à trouver un rythme, une vie organisée, des repères dans cette ville qui, elle, est terrifiante. Ce serait bien que je règle cela, que je n’en parle pas, que je ne me plaigne plus jamais, jamais, jamais.

Je ne sais pas quelle est la posture à adopter. Je suis un peu perdue. Qu’on ne m’en veuille pas.

Ah ah ah il suffit que j’écrive ce message pour avoir trois choses prévues ce soir. Finalement c’est partout pareil.

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Unvernunft

Quand Noah a dit en substance qu’il fallait autorisé le dopage, il a eu une attitude dangereuse et irresponsable. Dire qu’on peut prendre des produits pour améliorer des performances, c’est inconscient et criminel. C’est pas comme si on savait depuis des années les effets qu’a le dopage sur le corps des gens. Vous avez envie de vous transformer en homme? La testostérone vous aidera. De devenir stérile? Les anabolisants sont pas mal. De mourir avant 40 ans? L’EPO vous permettra de boucher vos artères. De faire une dépression? Les amphétamines sont une drogue idéale pour cela.

Hedi Krieger, aujourd’hui Andreas, dopé à la testostérone dès l’âge de 11 ans. Photo trouvée là.

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Sincèrement, je crois que je ne vais pas y arriver. Je le dis sans amertume, sans regret. Cela fait 5 mois que je tente l’affaire, je regarde, je peux comparer avec les cartes en main. Et je peux dire: je n’ai même pas envie d’y arriver. Honnêtement, j’ai de bonnes raisons de prendre tout cela désormais par dessus la jambe, vu qu’ici rien n’est sérieux:

J’ai envie de rigoler. Pour dire la vérité, je me suis arrêtée par habitude devant la vitrine, ai vu l’affiche, suis repartie. 50m plus loin, j’ai réalisé l’énOrmité de la chose, et je me suis dit que cela vous ferai rire aussi. Au cas où quelqu’un aurait un doute, j’habite dans un quartier pauvre.

La vérité est que je ne supporte plus tout cela. Un fossé très large est creusé entre moi et ceux qui ne sont pas partis. Je suis un peu désolée mais n’ai pas le courage de m’en préoccuper vraiment. J’ai mis 10 jours à réaliser qu’une ancienne amie très chère ne m’a pas souhaité mon anniversaire. C’est la vie, et la preuve qui me manquait qu’il n’y a pas de retour en arrière.

Peut-être bien que je me suis trompée, que j’ai cru que je pouvais me fondre dans la masse en faisant abstraction des années passées ailleurs. En fait, non. On ne peut pas jeter aux orties les années qui nous ont construites. C’est plutôt très très rassurant. Je suis une expatriée, et cela n’est pas près de changer. J’ai l’impression d’être ici en transit. Je suis contente d’être passée par là, je me sens moins bête -et plus sûre de mes choix.

ça aussi c’est une vision rassurante, non?

Il est difficile de dire ce qu’il va se passer désormais, dans les quelques semaines qui arrivent. Il me semble que, sauf événements improbables comme une augmentation de 30% de mon salaire, une arrivée de prince charmant sur un métro volant et la découverte de l’appart parfait, je ne suis pas prête à me sacrifier pour rester ici. Bien entendu, on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise.

Saviez-vous que, depuis que je suis à Paris, j’ai tout le temps faim? La taille moyenne de confection des femmes de l’entreprise étant le 34, je me sens en faute quand je prends une soupe PLUS un sandwich. Les pubs nous enjoignent « à  surtout ne pas céder », c’est vrai quoi, vivre à Paris et profiter d’une pâtisserie, c’est péché. N’ayant plus le temps de cuisiner, je mange des choses au vol, je n’ai pas le temps de marcher en ville, si je ne fais pas attention, vissée sur ma chaise, je risque l’obésité en ne rentrant plus dans mes pantalons en 36.

Evidemment ce genre de révélation n’a rien à voir avec l’installation de la télé allemande dans mon grenier. Vendredi soir, j’ai regardé le télé-crochet Comedy Central et j’ai applaudi quand Markus Krebs* a gagné. Le bouquet gratuit prend fin au 1er janvier, il faudra qu’une décision soit prise d’ici là. C’est dire si je suis en plein processus de réadaptation.

*Ce Ruhrois (?) est très drôle et réalise le tour de force de raconter des blagues en riant, et sans être vulgaire.

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Encore un politique français pris en flagrant délit de n’importe quoi ce matin à la radio. Une certaine Jeanne de 27 ans se plaignait, avec ses deux masters de droit, de ne pas trouver d’emploi et de « peut-être être obligée de s’expatrier » (houhou quelle perspective d’horreur horrible et terrifiante). Ce à quoi Pécresse a répondu, quelle incroyable surprise: « Il faut s’inspirer des Allemands! Renforcer l’apprentissage, car là bas, TOUS les étudiants font de l’apprentissage ».

Merci à la Versaillaise et sur-diplômée Madame Pécresse pour cette magnifique contre-vérité. En Allemagne, si quelqu’un se pose la question, les apprentis se retrouvent dans les métiers techniques, on est apprenti en force de vente chez DM, en mécanique chez BMW, en boulangerie chez le boulanger.

Mais une étudiante de la fac ne FAIT PAS d’apprentissage. Elle va à la fac, elle suit ses cours, elle passe ses diplômes (pas vite) puis enchaîne les stages avant de se faire embaucher. Dans le meilleur des cas, elle fera son travail de fin d’étude en étant déjà embauchée comme Arbeitshilfe dans un cabinet.

Pour revenir à la Jeanne, de toute façon à 27 ans en Allemagne, elle n’aurait même pas encore un diplôme!

Et là Pécresse voit une force de travail en apprentissage de la poissonnerie.

Le lecteur germanophone aura excusé l’auteur pour le langage fleuri du titre, nécessaire pour refléter son état d’esprit matinal.

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Schluss damit!

C’est incroyable le nombre de fausses vérités qu’on peut entendre à propos de l’Allemagne. Si on écoute les commentateurs, les Allemands sont « traumatisés »  par l’hyperinflation des années 20, et cela suffit comme explication à tout le monde semble-t-il. Un petit somme sur le divan du docteur Freud, et les problèmes de l’Europe seraient réglés, peut-on en déduire.

Haaaalllloooo, il y a quelqu’un pour réfléchir ici ? Je veux bien que les Allemands aient la mémoire longue et aient du mal à se défaire de certains de leurs traumatisme passés, mais peut-on sincèrement croire que des charrettes de billets vieilles de quatre-vingt-dix ans ont encore un pouvoir souverain sur les banquiers de la Bundesbank ? Pour quel crétin nous prend-on ?

Ce que les « analystes « , « spécialistes » et autre alainduhamelistes pérorent à longueur de journée et le fruit d’une ignorance inadmissible et qui prouve, une fois de plus, qu’il est toujours risqué de parler d’un sujet qu’on ne connaît pas. Malheureusement, ceux qui connaissent l’Allemagne y restent en général, il n’y a donc personne d’un peu concerné pour entendre les âneries proférées.

Ce que tout le monde oublie, c’est que cela fait 20 ans que les Allemands payent. Quand la Réunification leur est tombée dessus,  la RFA ne pensait pas trouver de l’autre côté du mur une économie en capilotade. Pendant dix ans, elle a payé pour intégrer, racheter, transformer, moderniser les infrastructures de l’ex-RDA. Toute personne qui passe en voiture sur la nouvelle autoroute du sud de la Thuringe peut voir l’ampleur de l’effort consenti.

Mais en 2001, cela ne suffisait plus. Alors Schröder, fasse au chômage et au retournement démographique, a lancé l’Agenda 2010. Entré en vigueur en 2002, les Allemands ont perdu une partie de leurs avantages, renoncé à leur retraite d’état, accepté (de mauvaise grâce) les jobs à 1 euro de l’heure. En 20 ans, les Allemands ont perdu presque 5% de pouvoir d’achat, à cause des réductions, puis augmentations de temps de travail, de l’absence de salaire minimum dans certaines branches et de l’entrée de la flexibilité dans une bonne partie des industries.

Aujourd’hui, l’économie allemande brille par ses performances. Les Allemands ont intégré un certain nombre de contraintes, les retraités pauvres distribuent des prospectus dans les boîtes aux lettres ou sont gardiens de nuit dans les immeubles chics. Ils épargnent pour leur retraite ; l’Allemagne est, grande surprise, le pays européen dont la dette est la plus importante (en valeur absolue, bien sûr).

Quand la crise financière a explosé en 2008, Merkel a fait une promesse : garantir les bas de laine des Allemands. Ce n’est possible que dans une économie qui ne connaît pas l’inflation, autrement la hausse des prix grignote peu à peu le pouvoir d’achat de l’épargnant.  C’est pour cette raison principale, pragmatique et actuelle, que l’Allemagne refuse absolument une politique inflationniste « à la BCE ». Beaucoup d’entreprises ont d’importantes réserves en cash pour assurer leur développement, les PME ont des trésoreries bien garnies pour leur permettre de grossir, les vieux Allemands ont investis dans des SICAV et des obligations plus que dans l’immobilier, à l’inverse de la France. Dans un pays où il n’y a pas assez d’enfants, seule l’innovation, coûteuse en argent, et l’épargne, permet d’assurer les vieux jours du système.

C’est cela qui angoisse les Allemands. Qui ne croient pas plus que nous qu’un pot de Nutella coûtera bientôt 3 000 milliards d’euros.

3.0

Ce matin j’ai upgradé, je suis passée à Caroline 3.0

It feels good!

Voici quelques petites choses que je voudrais améliorer aussi:

1. Trouver un appart
2. Me poser dans un travail
3. Choisir un pays!
4. Sortir plus
5. Lire les livres accumulés
6. Aller au théâtre
7. Faire un sort à mon arbre généalogique
8. Parler allemand plus souvent
9. Ne plus passer une soirée à déprimer seule
10. Organiser des week end
11. Dessiner
12. (Re)prendre des cours de musique
13. Finir mon ouvrage
14. Voyager
15. Continuer mes petits travaux manuels
16. Partir à la neige
17. Organiser des fêtes
18. Faire du bénévolat
19. Donner un cours
20. Mettre de l’argent de côté
21. Trouver un compagnon de route
22. Apprendre sur l’Europe
23. Me spécialiser
24. Porter des chapeaux
25. Aller danser
26. Écrire un scénario
27. Faire des biscuits de Noël
28. Arrêter de me plaindre
29. Mais défendre mieux ce que je pense
30. Penser à moi!

C’est fini pour la zone euro. Bien sûr, pour les six prochains, mois, on va encore entendre plein de discours rassurants sur le « sauvetage de la zone euro » (ça se noie, une zone?), mais dans les têtes, elle est déjà morte.

Les Allemands l’ont enterrée il y a quelques mois déjà. Ils attendent impatiemment le retour de la drachme pour pouvoir de nouveau se bourrer à l’ouzo pas cher. La preuve, TUI, le premier tour-opérateur allemand, a fait signer à des hôteliers et des entreprises grecs de nouveaux contrats stipulant que, dans le cas probable d’un retour à la drachme, ils ne seront plus payés en euro par les Allemands, mais dans la monnaie locale.

Aujourd’hui le Handelsblatt, dans son « morning-briefing », expliquait qu’on « avait vu hier le début de la fin de la zone euro ».
Avec un taux d’emprunt à long terme dépassant les 7%, les Italiens se retrouvent étranglés dans les faits. Leur seule solution serait de dévaluer avec une lire faible, une coutume bien entrée dans les mœurs de la Botte avant 2001.

Dans ce cas pour la France, c’est la fin des haricots. Plus personne ne viendra passer des vacances chères en euro dans l’Hexagone alors qu’il y aura de la meilleure bouffe pour moitié prix en Italie, des plages plus chaudes à prix cassé en Espagne, du patrimoine incomparable bien moins cher en Grèce. Pour sauver son tourisme et ses exportations, la France devra aussi sortir de l’euro. Il va donc mourir.

Quant aux Allemands, c’est à se demander s’ils ont jamais cru à la monnaie unique: il paraît qu’ils ont gardé leurs pièces et leurs billets en mark bien au chaud quelque part dans de gros coffres, prêts à être ressortis au besoin…

Les vautours, euh, enfin, les prédateurs rodent déjà…

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Erwischt

Je suis très touchée par tous vos messages, et surtout le fait que vous passiez -encore!- me lire.

Il doit falloir un temps d’adaptation et de transition pour toi. Parfois c’est plus dur, parfois c’est juste étrange.

Merci encore, et à bientôt :)

Das Leere

J’ai l’impression que ma vie a explosé.

Une explosion invisible. Un peu comme le blast, le souffle de la déflagration qui détruit les organes mais en apparence, tout est normal. Cette fois ce serait plutôt l’inverse. Tous les attributs extérieurs ont changé, mais moi, au centre, je suis censée être identique.

Il paraît qu’il ne faut pas que je plaigne, parce que j’ai des choses que d’autres non pas. C’est vrai. Je me demande alors si j’ai le droit de me plaindre des choses que les autres ont, mais pas moi?

Je regarde autour de moi, et je me demande où est passée ma vie. 50m2 entassés dans 10, des horaires qui m’épuisent, la disparition de toutes les choses que je connaissais bien ; l’annihilation de mon petit trésor, mon expérience accumulée.

J’arrive ici, et je ne suis rien. Les autres me regardent et me jaugent à l’aune de leur vie, et à leurs yeux non plus, je n’ai rien.

Le pire, c’est que sincèrement, je m’en fiche. J’ai encore envie d’être libre et de sortir à l’improviste avec Chère coloc, c’est moi qui devrait garder la petite en attendant son frère, je devais être allée à l’anniversaire de mon quasi-neveu. Je n’en suis pas arrivée à vouloir changer les couches tous les jours ou faire une fête de 300 personnes, et c’est mon droit.

Neuf ans à accepter les différences, neuf ans à envisager les possibilités, neuf ans à choisir ma liberté, mes heures de travail, à être sérieuse aussi, neuf années à fuir, peut-être, mais en construisant tant de choses dont je n’avais pas conscience. Je n’avais pas réalisée la liberté d’esprit que m’offrait Berlin, pas vu la force des liens d’amitié que nous avions tissé au fil des années, des pannes de chauffage et de naissances de bébés. Je ne veux pas qu’on me juge parce que, à presque 30 ans, je n’ai pas encore d’enfants. C’est vrai que je suis rentrée de Berlin parce que j’étais trop seule, trop pauvre et sentimentalement à la ramasse, mais je n’avais pas pensé que je serai un alien en arrivant à Paris. Tout m’y est étrange, beaucoup de choses sont si vieilles que je ne m’y reconnais plus, je ne sais pas faire, je ne comprends plus rien. Pour ceux qui regardent TBBT, je pensais être Leonard, je découvre que je suis Sheldon. Oui, moi aussi, je pense que certains amis cherchent un moyen de me laisser geler dehors. Ou peut-être pas. Je n’en sais rien.

On dirait qu’en dehors de Berlin, das Leben ist sinnlos.

Deux petits joyaux quotidiens pour ceux auxquels manque la dose de Berliner Luft:

Donc les Pirates sont entrés au Parlement de Berlin avec presque 9% des voix. Catapultés devant les caméras, réclamant la transparence pour découvrir l’oeil vide et noir des appareils devant eux. Dans l’Allemagne entière, on leur promet 7%, pendant ce temps là les libéraux tombent dans les profondeurs des votes, disparaissent des régions et s’écharpent en public. Au Bundestag, leur groupe continuent à faire de la politique internationale.

Il y a quelque chose de bizarre à voir les peuples manifester leur colère dans les urnes. Dans ma circonscription, les pirates sont arrivés deuxième, et j’aurais voté pour eux si la lettre était arrivée jusqu’à moi. Pour moi, cela ressemble à un dernier sursaut de la jeunesse avant sa totale disparition dans la graues Deutschland, une dernière rébellion calme et théorique dans le bastion des adulescents. Peut-être que je me trompe.

Hanover

Au Bundestag, pas de surprise, pas de catastrophe, pas d’angoisse: la majorité de droite a voté l’élargissement d fonds d’aide européen. S’il n’y a même plus de drame parlementaire, où va-t-on?

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Manchmal ertrage ich das Leben in Paris schwer. Es kommt unerwartet an, ich will nur noch in einer normalen Stadt leben, wo die Bäume nach Bäume riechen, wo das Himmel blau ist. Ich fühle mich einsam und komisch, fremd, anders. Ich verstehe nicht was die andere um mich als normal empfinden, sie können die leise deutsche Sprache in meinem Kopf nicht hören. Ich weiss gar nicht, ob ich es schaffen werde. Ich weiss gar nicht, ob ich hier das schaffen will. Ich weiss aber, dass es für mich nebenan ein Land gibt, das mich empfangen würde.
Und ich vermisse es.

Einbürgerung

(Paris ce matin)

Il m’a fallu trois jours enchantés pour me remettre les idées en place. Les parcs étaient recouverts d’une herbe moelleuse et verte, et j’ai respiré à plein poumon. Décidément, l’herbe est plus verte à l’est. Les appartements étaient aussi immenses qu’auparavant, les amis étaient là, les bars n’avaient pas bougé. Le soleil berlinois brillaient au-dessus de nos têtes.

Et finalement, je n’ai plus regretté d’être rentrée. Une coupe de cheveux et deux discussions professionnelles plus tard, j’étais enfin en paix avec mes décisions. J’ai accepté d’être ce petit bout d’Allemagne ici, de rapporter avec moi ces années à l’est, de porter le flambeau du franco-allemand, vous savez, cette chose qui n’existe pas, sauf pour ceux qui l’ont inscrite très profondément en eux.

Un jour je repartirai, j’espère que Berlin m’accueillera de nouveau, pour y vivre un nouveau chapitre. Mais pour le moment, c’est un autre défi que je me suis fixé, celui d’apprivoiser un peu le monstre de pierres blanches et de fer forgé qui grouille sous mes fenêtres. Les derniers échafaudages ont été enlevés ce matin, pour la première fois je vois le ciel au-dessus de Paris. Je veux avoir le meilleur des deux, cela doit bien être possible.

Presque trois mois séparent les deux photos, à Berlin et Paris. Vivement le prochain voyage!

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Heute Abend habe ich mich entschieden, ein Stück erwachsener zu werden.

Und es tut weh.

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Berlinois, il reste des places, ruez vous (il reste des places un peu loin à 19 euros). Ce soir la Philharmonie donne le concert de l’année, celui de fin de saison, dans l’enceinte en plein air de la Waldbühne. Le principe est toujours le même, un chef invité choisit une œuvre un peu décalée pour utiliser le talent du meilleur orchestre du monde dans un registre différent. Ce soir il y aura la Strada et Chostakovitch dirigé par Riccardo Chailly. Prévu le 2 juillet et toujours archi-booké en avance, le concert a été reporté à ce soir à cause de la pluie de juillet et il reste des tickets.

Sinon, c’est sur RBB ce soir à partir de 20h15.
Et moi, je cherche des places pour l’an prochain!

Je me souviens d’avoir vu à la télé Seiji Ozawa dirigeant la Philharmonie sur du Gerschwin… et avoir eu envie d’être à Berlin.

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Ich liebe…

…die Stadt!

Photo

Merci aux généreux donnateurs!

Suis tombée par hasard sur un hors-série d’une magazine prétendant nous donner des plans de coolitude parisienne (je m’étouffe de rire et je reviens).
Et là, quelle surprise lecteur, je n’en croyais pas mes mirettes d’expatriée sur le retour, à peu près toutes les cinq pages le magazine sus-cité emploie le mot « berlinois ». Aurais-je loupé le déménagement du siècle à l’insu de mon plein gré? Y-a-il eu un transfert de technologie et de plages au bord de vrais lacs qui m’aurais échappé?

Faisons de plus près l’exégèse de l’adjectif ci-joint nommé.

-Premier extrait, p.021 (oui oui 021, parce que 0 avant les chiffres ça fait cOOl). L’ouverture du lieu machin « est l’événement de l’année. Avec une semaine d’inauguration, des concerts, des expos, des artistes berlinois, un concept-store spécial geek » ce machin fait l’événément (il manque un verbe dans la phrase originale).
Alors si je comprend bien, quand tu veux organiser les 6 ans de ta fille, tu invites un clown (la pauvre), si tu veux faire semblant d’être branchouille, tu invites des « artistes berlinois », qui sont un cran plus haut que le geek à lunettes dans la liste. Je serai un artiste berlinois anti-capitaliste et pro Liebigstr14, j’aurais comme un doute. Et je serai propriétaire de galerie parisienne à la moquette neuve, je ne tenterai pas. Le sol des bunker est moins sensible sur les bords de la Spree. Je dis ça, je dis rien.

-Deuxième, p.038, ça commence mal: « La saucisse allemande serait-elle tendance? » (c’est moi où il y a une pointe moutardée d’ironie sur ma Bratwurst?) « Certes, elle rappelle Berlin et les week end créatifs, mais de là à les importer dans un bar, il fallait oser ».
Alors déjà visiblement rapprocher Berlin de week end chez Nature et découverte, je m’offusque. Oui, parfois à Berlin on peut se lancer dans de petits travaux de rénovation, mais en général cela ne va pas sans une bière et une saucisse, justement. Quelle ignorance.

-Troisième, p.091 , ces soirée « réunissent 2.000 à 3.000 personnes, dont beaucoup d’habitués, dans une ambiance alternative digne de Berlin, Londres, Budapest, avec électro minimale pointue ».
J’ai trouvé électro et pointue, minimale je suis moins sûre:

Bon, il y a d’autres occurences (là j’ai la flemme de chercher, j’ai une ratatouille à préparer) mais je crois que l’idée est claire: le cliché berlinois est arrivé. C’est berlinois donc c’est alternatif (???), ce mot stupide repris à l’envi par tout scribouilleux qui a bu trois bières aux coins de la Warschauerstr. Les Easyjetsetter aux petites ailes pensent avoir vu des artistes au milieu de trois tags de la mal nommée East Side Gallery et on croit avoir une ambiance berlinoise (entre couches et culottes? à cause du nombres de poussettes? parce qu’on recycle les bouteilles de bières?) dès qu’un néon blafard éclaire un canapé en sky dans une arrière cour minuscule et crasseuse de Paris.

Paris n’a rien de parisien à offrir? N’y a-t-il pas une spécificité, une ambiance particulière à la capitale-centre-du-monde qui mériterait d’être valorisé plutôt que de singer Berlin qui aura toujours l’avantage de la qualité des Pils?

Cette photo a plus d’un an. Je veux UNE BIERE.

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Merkel ne veut pas d’Eurobond, ces titres qui permettraient de mutualiser la dette des états de la zone euro. Evidemment c’est une perspective qui fait bobo au portefeuille, c’est un peu comme si dans une famille l’épargneux grand frère à lunettes se retrouvait à payer les intérêts du trou creusé par les chaussures de la petite soeur. Le but, il faut quand même le dire, c’est d’éviter qu’à la fin les huissiers saisissent la maison de toute la famille.
Donc ça fait mal, mais c’est un moindre mal, tout bien considéré.

Mais non, Merkel a préféré prendre le risque d’une vieille crise des familles. C’est un mauvais calcul, si l’on considère que la fin de l’euro à ce rythme se profile à l’horizon 2013. Il ne lui reste qu’à espérer des élections anticipées à l’automne prochain, mais on gagne rarement les élections qu’on anticipe. Merkel a beau être une superstar sur le perron de l’Elysée, c’est nettement moins vrai quand on se rapproche de la machine à laver.

La chancellerie, dite Waschmachine.

Bref, Paris n’est pas Berlin, la France n’est pas l’Allemagne, et suivre comme un mouton l’exemple politique de la chancelière est un choix hasardeux.

La France a un taux de natalité de 2 enfants par femme, l’Allemagne 1,3.
Plus de 25% des Allemands ont plus de 60 ans. En 2050 au plus tard, probablement plus tôt, la population des deux pays sera identiques. Les Allemands, qui sont un peu moins de 82 millions, perdent déjà des habitants chaque année. La France, 63 millions au compteur actuellement, gagne au contraire des petits: bientôt les deux pays auront 74 millions d’habitants, selon les projections.

La dette allemande, contrairement à ce qu’on pense, est aussi lourde que pour la France: 81% du PIB. La croissance allemande, qui est tombée hier, a déçu. L’Allemagne est un pays organisé, qui a diminué un certain nombre d’aides sociales. Cela reste un pays incroyablement social, malgré son système médical à deux vitesses. L’Allemagne doit s’organiser face au vieillissement de sa population, qui implique deux choses: conservatisme et pragmatisme face aux problèmes qui arrivent à grande vitesse. C’est un peu comme si l’Allemagne était un très gros camping-car très lourd et flambant neuf, conduit par un couple de vieux: s’ils prennent mal le virage, ils se renversent et ne pourront pas relever la machine.
La France voyage toujours en deuch, avec plein de mioches à l’arrière qui pousseront dans les côtes.

Les problèmes ne sont pas les mêmes, et les solutions n’ont plus. Les eurobonds sont inévitables: comme toutes les solutions évoquées au début de chaque soubresaut (fonds d’aide, fonds européen, gouvernement économique), elle finira par être adoptée, mais en retard, une fois que l’eau aura envahi la maison.

Quant à la fin de l’euro, elle semble se profiler à la même vitesse que l’Espagne et l’Italie coulent. Saviez-vous que la première union monétaire, l’Union latine, a duré 18 ans, et a péri par… l’Italie et la Grèce.

Errare humanum est, perserverare diabolicum.

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Vous vous arrachez les cheveux devant la chute de la Bourse? Vous parcourez avec angoisse les pages saumon des quotidiens à la recherche de la pierre philosophale? Et surtout, vous n’arrivez pas à expliquer à votre compagne/on ce qu’est un rendement boursier, un EBIT ou un dividende?

Sachez qu’il y a des programmes pour cela. Des programmes pour enfants. Oui sehr geehrter Herr, sehr geehrte Madame, Lilipuz de l’ARD vous explique en quelques secondes ce qu’est un Eurobond. Parce qu’en Allemagne, il n’est jamais trop tôt pour soigner son Sparschwein.

J’ai déjà écouté trois fois et pas encore compris. Il doit me manquer un gène.

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Aujourd’hui j’ai pris en photo une famille dans un passage parfaitement désert du centre commercial de Paris. Ils étaient allemands, surpris que je leur parle dans leur langue. J’ai eu des frissons et je me suis enfuie.

C’est tout.

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Yvonne

Yvonne n’avait pas une vie facile. Née dans les basses vallées d’Autriche, elle n’avait connu que les locaux fermés, les barrières électrifiées, les relations sans amour. Entraperçues entre deux barreaux, les montagnes au loin la faisaient rêver de ce qu’elle ne connaissait pas. Des prairies d’herbes grasses, des sommets enneigées, des forêts profondes et fraîches, Yvonne les voyait la nuit, pendant que ses compagnes ronflaient, dans les box où elles étaient parquées. Le jour où on lui enleva ses petits, Yvonne, hurlant de peine et de douleur, décida de tout tenter pour gagner son plus grand bien : la liberté.

Yvonne vieillit. Bientôt, elle le sentait, elle ne serait plus d’aucune utilité à ses geôliers. Quand on la poussa de force dans ce camion, serrée à étouffer avec ses compagnes d’infortune, sa décision était prise: à n’importe quel prix, elle s’enfuirait. La possibilité vint lors d’un arrêt. Le gardien, cet horrible maquignon, se détourna quelques instants sur une aire de repos, laissant ses pauvres prisonnières beuglantes de douleur. Yvonne se fraya un passage, brisa une chaîne, couru le plus vite qu’elle le pouvait. Devant elle, les montagnes se dressaient. Dans cette fin de mai fleurie, la neige des Alpes illuminait la liberté nouvelle d’Yvonne. Libre! Libre enfin! Toute à son bonheur, Yvonne rua dans la forêt.

Bien sûr, on ne la laissa pas partir comme ça. Un avis de recherche fut lancé. On se moqua de cette esclave qui prétendait être ce qu’elle n’était pas. Mais Yvonne s’en fichait. Elle se mit à sortir la nuit à la recherche de sa nourriture, dormant le jour cachée sous les arbres. Surprise par une voiture alors qu’elle traversait une route, on décréta qu’elle était un danger public. L’ordre de l’abattre fut donné. Deux hommes avec des fusils parcourent les vallées bavaroises pour la tuer. Maintenant Yvonne court pour sa vie.

Il faut sauver Yvonne.

Bien sûr Yvonne est une vache, que croyiez vous?

Wo denn?

On dirait très exactement un vieux wagon du U2. Mais où as été prise la photo? La réponse est sur la photo, moi ça me terrifie…

C wie…

Bonne tranche de rigolade offerte gratuitement par la CDU. Pour les non-germanistes, il suffit de savoir que le C se prononce « Tsé »:

Photo trouvée là

Stupide coup de pub ou ratage magnifique? Même si le « C » se prononce comme le « Z » (Tsoukounft, avenir), dans un pays qui se désole que ses enfants n’apprennent plus  l’ancestrale écriture cursive et  de voir disparaître l’ortografe des livres d’écoles, c’est pas malin, surtout d’un parti conservateur comme la C… pardon, la ZDU.

Si vous aussi vous voulez trouver un mot qui commence par Y ou Z comme dans cheval, c’est par là.

Rien à voir: je crois qu’on est un meilleur journaliste quand on est à l’étranger et qu’on est moins impliqué dans les histoires qu’on est amené à raconter. J’en suis là de mes réflexions…

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Faulheit

Une qualité bien française que la paresse, art familier que je maîtrise à la perfection. Six années de glande, et me voilà balancée dans un monde cruel, bavard, entre le « on n’est pas au café du commerce » et le « vous êtes de province? » du goguenard garçon de café. Du commerce.

J’en étais au bord des larmes, regrettant ma chère patrie* molle et putriscente, mais calme et utérine, coincée entre la Havel et la Spree. J’entendis alors cette parole familiale « Faudrait savoir si le studio, on l’achète à Paris ou à Berlin? »

A mon coeur n’en jetez plus, je me sens prise entre les tenailles du choix (et de la gueule de bois). Je me rends compte aussi que quatre semaines à Paris et voilà, je suis incapable d’enchaîner deux bières sans être hilare, j’ai toujours dit que cette boisson ambrée n’était buvable que lorsqu’elle respectait la Reinheitsgebot. Encore une histoire de pureté originelle, tiens. Bon, je vais me coucher, je me réveillerai peut-être à l’heure de Berlin…

Qui va deviner où la photo a été prise?

*Pour en arriver à parler de Berlin comme de ma patrie, c’est vraiment qu’il se passe des choses pas conformes à la Grundgesetz dans ma tête.

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Demütigung

Contrairement à ce que j’ai cru longtemps, Demütigung signifie « humiliation ». Pourtant le radical est Mut, « courage », alors je pensais qu’il s’agissait juste de découragement.

Mais non. Et les humiliations sont comme ce mot, elles se cachent derrière des choses qui n’ont l’air de rien.

Par exemple hier soir, j’ai été victime de racisme.
Hier j’ai voulu aller dans un club parisien, avec des amis noirs. Oui oui, des gens noirs, des Français qui sont noirs. Genre des Français de France, mais ils auraient aussi pu être Français d’ailleurs, ou pas Français du tout, d’ailleurs. Même que parmi eux, un était blanc. Car on peut être noir et blanc, si la génétique s’y mêle. Il y a même des blancs tellement basanés qu’on les prend pour autre chose, comme mes cousins, ou, tiens, mes aïeux. A la loterie, j’ai tiré le blanchâtre aux yeux clairs, mais j’aurais pu avoir les cheveux noirs de jais de mes ancêtres lorrains ou les traits asiatiques des Bretons de chez moi. On ne peut rien lire sur la gueule des gens.

Mais hier, on s’est fait jeter, en groupe, et plusieurs fois, de trois clubs successifs. Au troisième, j’étais prête à défoncer la gueule du physionomiste. Là encore, la génétique a joué en faveur, j’aurais le physique d’un Klitschko je serai déjà en prison pour coup et blessures.

Ce qui m’a le plus déprimée, mais je ne les comprends que trop bien, c’est l’attitude de mes amis. Rodés à ces humiliations habituelles, ils se sont pliés au désiderata ridicules, absurdes et contradictoires du connard qui tenait la porte de sa boîte minable.

Cette ville rend les gens fous. Parfois j’ai l’impression que les immeubles vont s’effondrer sur nous, que les contraintes permanentes que les gens acceptent vont les lobotomiser, que je me réveillerai un matin et ils seront tous transformé en mannequins raides aux yeux vides. Je suis partie depuis trop longtemps: je sais qu’un autre monde existe, je refuse, de toutes mes forces, de prendre ces scandales comme des aléas inévitables. On a tous le droit de choisir comment vivre, seulement beaucoup l’ont oublié.

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Je me suis surprise à comprendre un peu de norvégien. Pas beaucoup, juste de quoi lire « violente explosion à la bombe » « au moins 84 morts » et « des explosifs trouvés sur l’île ». Une bombe plus une fusillade, quelle montée d’adrénaline. Au moment où c’est arrivé, je regardais un reportage du Spiegel consacré au premier anniversaire de la Love Parade.

Ces massacres annuels -trois en trois ans- font partie de mon travail. Ils le remettent en cause aussi à chaque fois. Quelle personne est-on quand on attend comme un spectateur de série télé que le bilan augmente ou que les photos de catastrophe tombent sur le fil des agences?

Je ne sais pas si je trouverai la réponse.

Boxi

Il n’y a qu’une poubelle dans la cour de mon immeuble. Une seule, verte, qui avale tout. Après des années de complainte sur ma cuisine transformée en annexe de la décharge, on pourrait croire que j’ai sauté de joie sur la simplification de ma vie quotidienne.

Tu parles, Charles.
Je me surprend à laisser les bouteilles et les emballages à part. Je n’arrive pas à mettre le papier avec le reste. Je cherche convulsivement le container adapté.

Pire: je vais toujours faire les courses avec un cabas. Je refuse obstinément les sachets en plastique, et la pharmacienne me prend pour une originale. J’ai des sueurs froides en voyant les parfaits et neufs sachets papier dans lesquels tout le bureau ramène son déjeuner… du sous-sol. C’est à dire que le sachet fait -1/+2 en ascenseur, avant de finir dans la poubelle. J’en ai un que je réutilise, et déjà je me sens coupable d’utiliser des couverts en plastique.

Je vous ai déjà dit que j’attendais au feu rouge? Pour quoi faire me direz vous, quand les scooter passent à contrer-sens sur les trottoirs…

Dès que je n’ai plus de photos de Berlin à poster, j’y repars!

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C’est une affection psychosomatique répertoriée. Les symptômes sont les suivants: envie d’aller boire une bière après le boulot, recherche effrénée d’un döner après la bière, complainte sur l’espace vital disponible*, désorientation inhérente à l’absence de Fernsehturm comme point de repère à la sortie du métro.

Un autre effet étrange est l’apparition soudaine d’images et d’odeur devant les yeux du patient atteint: il voit des pelouses à la place du bitume, de la neige sur les toits, des trams sous les roues des autobus.

Il n’y a pas de traitement connu pour ce type d’affection, qui peut prendre la forme de Londonalgie, de Barcelonite ou même de Parilgie -plus rare, celle-ci touche en général les jeunes filles romantiques.

Allez, vous pouvez jouer à deviner ce que représente les photos, et même d’où elles ont été prises!

*il s’agit évidemment de taille d’appartement, pas d’un quelconque Lebensraum de mauvais aloi…

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Sailyne* a eu la bonne idée de m’envoyer cet article qui m’a fait tomber de ma chaise. Enfin, je ne suis plus seule à dire que Berlin s’endort, repousse le changement et l’argent. Bon, je pense qu’après 20 ans il était temps que l’auteur du texte s’en rende compte, mais fondamentalement je suis d’accord avec lui.

Ce qui est drôle c’est que le même jour cela faisait écho à la Bild qui, après que Sarrazin se soit fait jeter d’un resto turc (normal), pointait la xénophobie berlinoise. En gros, les Berlinois seraient en train de virer racistes, contre les riches, contre les Souabes, contre les Sarrazin.

Tout est évidemment à prendre avec des pince-nez, malgré tout j’y vois une tendance de renfermement sur soi-même qui nous atteint dès qu’on reste un peu trop longtemps. J’ai eu un pincement d’angoisse quand on a garé la grosse Mercedes brillante en dessous de chez moi à Friedrichshain, à portée de cocktail molotov des alter-je-sais-pas-quoi du coin de la rue ; et j’étais la première à dire: « Vous n’aimez pas Berlin? Tant mieux, laissez-la nous!! »

C’est là que j’ai décidé de partir. Les arbres, l’espace, les Frühstück, cela me semblait trop peu pour construire ma vie de célibataire active. J’y mets un bémol: tout est différent, je le vois autour de moi, avec un enfant. Mais on fait ses choix avec ce qu’on a.

Je ne sais pas si Berlin se développera. Je n’y crois pas vraiment. J’ai grandi dans une ville touristique, allez, on va le dire: la ville la plus touristique du monde si on prend le ratio touriste/habitant (à peu près 70 pour 1). Et bien il n’y a pas de développement grâce aux touristes. Versailles étant une adorable ville résidentielle de la couronne parisienne, elle n’a pas de problème pour occuper ses habitants. Le cas est différent pour Berlin, qui manque foncièrement de tissu industriel. Et puis, ce serait une horrible concession capitalistique. Après tout, les touristes viennent y chercher les friches et les repas pas cher, ce qui est incompatible avec une ville active qui se développe.

Allez je sens que je m’énerve. Profitons plutôt du paysage.

Juste en face de la chancellerie, le long de la Bundespresseamt

*Sailyne, si tu redis que l’Alsace c’est un peu l’Allemagne je vais être obligée de te faire boire de la Kronenbourg en te gavant te tarte flambée froide!!!

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Moi je peux parler d’avant et après internet. Avant, c’est 2002, quand RFI est ton seul lien pour l’étranger, que le téléphone coûte un bras, alors tu utilises des Vorwahl en 01778… et ça grésille tant que tu abrèges.

Après, c’est des direct fait par Skype, une vie à travers l’écran, des photos instantanément envoyées et reçues à l’autre bout du monde.

Et, où que tu sois, la radio française dans le métro berlinois et la presse allemande dans ton nid d’aigle parisien. Franchement, si je parlais pas allemand, je ne servirai à rien au bureau, et je n’aurais rien à proposer.

Mais aujourd’hui, aaaah, l’Allemagne glamour et sexy fait ses gros titres.
Peut-être cela vous a-t-il échappé, mais Angela a dit qu’elle serait de nouveau candidate en 2013*. Depuis, on lui cherche un adversaire. Il faut qu’il soit de gauche, plutôt un mec, et pour une raison qui m’échappe, enrobé. Enfin, voici ce qu’on nous a dégoté:

Ils sont sexy non? Non? M’enfin. Steinbrück, là à gauche, il sourit (si, chez lui, ça s’appelle un sourire, les deux coins de la bouche ne sont pas à la même hauteur). A droite, les cheveux blancs de Steinmeier lui permettent de faire plus vieux que ses 55 ans, bah oui, il faut bien avoir l’air mature pour affronter le plus jeune chancelier que l’Allemagne a jamais eu. Quand à Sigmar Gabriel, au milieu, à part s’appeler Sigmar, je ne vois pas ce qu’il a pour lui. Mais je ne suis pas objective, sa coupe de cheveux me donne des boutons.

*Juste la semaine où on m’avait commandé un article sur « qui pour succéder à Merkel? »Ahahah.

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Mais la bonne nouvelle c’est que je travaille et c’est ma joie!
J’ai même trouvé le temps de raconter cette histoire: les Allemands n’en loupent pas une!
Si ca continue, je serai vachement vite de retour du côté des bonnes bières et des Würtschen…

Sommerloch

Enfin, un mystère intégral vient de se lever. Pourquoi donc les Allemands ont-ils une passion pour l’Italie et tout ce qui provient de la Péninsule?

Cette vidéo du Spiegel Online vous apportera la réponse, simple, évidente, et à laquelle je n’avais jamais pensée. Après la guerre, alors que les Allemands commencent à profiter de leur bien-être retrouvé, se pose la question angoissante des vacances: où aller dépenser ses Deutsche Marks sans avoir l’air d’envahir -encore- le pays? La France: non way. L’Espagne: pauvre et lointaine dans les années 50. La Grèce? Ils n’ont pas gardé un très bon souvenir de leur dernier contact teutonnant. Les pays du Nord non plus. Ne reste donc que l’ancien allié mussolinien, où il fait beau et où les pâtes sont bonnes.

Va pour la Deutsche Vita.

Cette vidéo regorge de découvertes:

Le camping en Trabant


L’hôtel roulant

La fonction politique de l’être-à-poil

Aaaaah. Tout cela me donne envie d’être en vacances…


et d’être en Allemagne.

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Le saviez-vous?

Savez-vous comment la presse allemande appelle le futur bébé Sarko-Bruni?
Le Minikozy!

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