Demütigung

Contrairement à ce que j’ai cru longtemps, Demütigung signifie « humiliation ». Pourtant le radical est Mut, « courage », alors je pensais qu’il s’agissait juste de découragement.

Mais non. Et les humiliations sont comme ce mot, elles se cachent derrière des choses qui n’ont l’air de rien.

Par exemple hier soir, j’ai été victime de racisme.
Hier j’ai voulu aller dans un club parisien, avec des amis noirs. Oui oui, des gens noirs, des Français qui sont noirs. Genre des Français de France, mais ils auraient aussi pu être Français d’ailleurs, ou pas Français du tout, d’ailleurs. Même que parmi eux, un était blanc. Car on peut être noir et blanc, si la génétique s’y mêle. Il y a même des blancs tellement basanés qu’on les prend pour autre chose, comme mes cousins, ou, tiens, mes aïeux. A la loterie, j’ai tiré le blanchâtre aux yeux clairs, mais j’aurais pu avoir les cheveux noirs de jais de mes ancêtres lorrains ou les traits asiatiques des Bretons de chez moi. On ne peut rien lire sur la gueule des gens.

Mais hier, on s’est fait jeter, en groupe, et plusieurs fois, de trois clubs successifs. Au troisième, j’étais prête à défoncer la gueule du physionomiste. Là encore, la génétique a joué en faveur, j’aurais le physique d’un Klitschko je serai déjà en prison pour coup et blessures.

Ce qui m’a le plus déprimée, mais je ne les comprends que trop bien, c’est l’attitude de mes amis. Rodés à ces humiliations habituelles, ils se sont pliés au désiderata ridicules, absurdes et contradictoires du connard qui tenait la porte de sa boîte minable.

Cette ville rend les gens fous. Parfois j’ai l’impression que les immeubles vont s’effondrer sur nous, que les contraintes permanentes que les gens acceptent vont les lobotomiser, que je me réveillerai un matin et ils seront tous transformé en mannequins raides aux yeux vides. Je suis partie depuis trop longtemps: je sais qu’un autre monde existe, je refuse, de toutes mes forces, de prendre ces scandales comme des aléas inévitables. On a tous le droit de choisir comment vivre, seulement beaucoup l’ont oublié.

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14 comments

  1. pmo’s avatar

    J’ai un copain qui bien que Français, fils et petit fils de Français a le teint plutôt fonçé et le cheveux crépus !
    Ben traverse Paris avec lui en métro un samedi……tu saluera les forces de l’ordre…..
    Il est loin d’avoir un look de voyou, certes il est pas habillé en Hugo Boss…

  2. fabrice’s avatar

    Ca me rappelle une discussion à l’arrêt dans ma voiture en ramenant un ami (de père antillais). Une voiture de police banalisée s’arrête et lui demande de descendre pour le fouiller et moi rien, même pas une vérification des papiers… Ce jour là, j’ai failli exploser mais je n’ai rien dit de peur de passer la nuit au commissariat. Je me suis senti aussi humilié que lui.

    Ca n’arrive jamais ce genre de choses à Berlin ?

  3. JM’s avatar

    Mon expérience de Martiniquais m’a appris à être prudent avec les accusations de racisme… ma dernière soirée à Paris, il y a 2 semaines, a été gâchée par un VIDEUR (tiens-tiens) qui nous a refusé l’entrée à un banal pub irlandais sur les Grands Boulevards. Un pub irlandais b*rdel!!! Mais où va-t-on? J’étais avec un pote, un Marocain, donc évidemment à nous deux n’avions pas mis toutes les chances de notre côté. Sa copine (blonde au yeux bleus) était en voyage en Afrique, donc nous étions en célibataires. Et le videur nous dit « désolé, il faut être accompagné »… A freakin Irish Pub man… Nous avons halluciné. Je n’ai pas pensé qu’il y avait du racisme derrière cela, mais peut-être que cela n’a pas aidé. Mon pote bosse en finance et gagne un salaire indécent, nous étions tous les deux bien habillés. Mais non. Dans le fond, je ne saurai jamais si on a été refoulé pour la raison donnée par le videur, mais vu la faune qui hante les Grands Boulevards le soir, on ne détonnait pas du tout dans le paysage, au contraire. Le videur lui-même, comme souvent, ne m’a pas paru être du type aryen, au contraire, mais c’est sûr que ce sont les videurs non blancs eux-mêmes qui excluent en général d’autres clients potentiel qui n’ont pas le « type » physique souhaitable…

    Je crois que sortir à Paris c’est tout simlement une expérience naze et stressante pour le commun des mortels (ceux qui n’ont pas une place attitrée chez Régine), pour les blancs, noirs, rebeus, les gens souhaitent s’habiller de manière un peu déjantée, ou les autres quidams.

  4. JvH’s avatar

    Ma copine du Kenya me racontait qu’elle était choquée par le racisme à Berlin. Mais elle était aussi vexée parce que ma fille, qui avait à peine un an la première fois qu’on l’a rencontrée, n’arrêtait pas de la fixer… ben à Berlin on ne voit pas si souvent des noirs, en fait, et ma fille était juste étonnée, mais de là à mal le prendre… je comparerais ça au sexisme, il y a des femmes qui s’y sentent confrontées tous les jours, et d’autres qui n’ont jamais de problèmes de ce genre. C’est sûr que le sexisme et le racisme existent, mais ça dépend aussi peut-être un petit peu de notre attitude face au monde.

  5. chantal’s avatar

    Ce soir j’ai diné chez des amis à Berlin. On cherchait un prénom pour leur futur BB qui devait commencer par A. J’ai proposé Anatole. « pas possible, a dit une allemande, ça fait trop turc (Anatolie…) »! Où va se nicher le racisme de base! (chez des gens hyper cultivés!!!!!!!!!!!)
    t’en fais pas, c’est partout pareil sauf qu’à Paris il y a tellement de monde qu’on a l’impression qu’il y a plus de cons…mais ça n’est qu’une impression.

  6. caroline’s avatar

    Vous avez tous raison et je crois que je m’emballe en les traitant de racistes alors qu’ils étaient juste tous très con. Le seul truc, c’est que quand j’ai des connards en face de moi, je fuis, je n’insiste pas pour leur lâcher ma thune, c’est cela qui m’a le plus gavé.
    Bref, pour mes trente ans à moi, c’est décidé: je loue un appart et on va faire la teuf à Berlin!!

  7. philippe’s avatar

    Je suis d’accord avec certains des commentaires sur le fait que sortir en boite « branchée » a Paris c’est plutôt une perte de temps et d’argent. Comme tu dis, vive une bonne teuf a la maison!
    Les « physionomistes » ne font qu’appliquer les instructions que leurs patrons leur distribuent, et vu la période passée au niveau des politicards (je ne vais pas les citer) ces dernières années, ces boites de nuit ont pratiquement reçu une justification officielle pour agir de sorte.
    La difficulté vient de ce que j’ignore.
    Les racistes sont des fainéants ignorants.

    j’ai aussi des anecdotes croustillantes sur le racisme anti-francais (je ne parle pas anti-blanc) dans le milieu professionnel dominé par le « british » a l’export (loin d’Europe), et je comprends la frustration face a ces situations discriminatoires, mais j’ai appris que le mépris reste la meilleure des réponses.

  8. Le Parisien Liberal’s avatar

    toutes les remarques formulées ci dessus confirment bien le fait que décidemment, il est temps d’officialiser la légalisation du racisme, de tous les racismes

    http://leparisienliberal.blogspot.com/2010/10/depenalisons-les-racismes-tous-les.html

    le probleme est que quand les arabes et les noirs gereront leurs propres boites, on parlera de communautarisme ^^

  9. caroline’s avatar

    C’est un constat d’échec un peu malsain, non?

  10. Le Parisien Liberal’s avatar

    Pas d’echec quand on parle de fiction …

    Sinon, pour le sujet specifique des sorties parisiennes, evitez les BAM (bar à ambiance musicale) et cessez d’enrichir les boss de ces taules (rappel : une bouteille de hard achetée 5 euros génère 20 verres vendus 10 euros l’unité : on est dans le x 40, et c’est légal). Preferez le Point Ephemère Quai Valmy http://www.pointephemere.org/ .

  11. Le Parisien Liberal’s avatar

    d’ailleurs, Time Out dit « This hunk of Berlin in Paris was only ever meant to be temporary, but thankfully it’s still around. »
    http://www.timeout.com/paris/clubs/venue/1%3A10526/point-ephemere

  12. Anne-Sophie Vergne’s avatar

    Bonjour,
    Je suis d’accord avec vous tous, le racisme, et le sexisme sont partout, même dans les sociétés ouvertes et évoluées (cf Norvège), moi mon expérience à Berlin, même si très positive dans l’ensemble, c’est que si tu viens d’Europe centrale, on te regarde avec condescendance, voir mépris. Je suis moitié tchèque, moitié française, on accueillait toujours mieux la française….et mes amis polonais en bavent pas mal aussi, ils sont la plus part blonds aux yeux bleus….mais c’est ça le grand luxe de pouvoir vivre à l’étranger, c’est d’aller au delà de ses préjugés, dépasser la peur de l’autre, sentir que nous faisons parti de l’humanité et que rien, ni personne ne nous indiffère.

  13. Pierre (Münchner)’s avatar

    Le racisme existe bien dans les boîtes, j’en ai fait l’expérience avec un copain antillais bien loin de Paris (où c’était plus simple). Quant au comportement de la police en la matière, on le constate chaque jour, il est simplement immonde.

    mais se faire refuser l’entrée d’une boîte par ce qu’on n’a pas le look, pas le genre, par ce qu’on est entre mecs, parce qu’on est pas des habitués (etc.), ça arrive partout. Y compris à Munich, je l’ai vécu. Bah, on va ailleurs, où c’est plus sympa et plus ouvert.

    Pour faire une fête: on peut louer une salle ou un bar, il y a des dizaines (peut-être centaines) d’offres à paris et même un guide chez « Parigrammes ». Je l’ai fait pour un anniversaire, c’est mon plus beau souvenir de teuf(teuf).

  14. Pommefraise’s avatar

    Nous voilà à la recherche droit à la différence et à l’indifférence. Pour moi, tant que les choses ne sont pas dites explicitement, on ne peut pas reprocher une discrimination quelconque. Quelle que soit la couleur (ethnique, sexuel, politique, …), tout le monde aura droit à son commentaire, mais l’essentiel c’est que la cible de celui-ci ne se voit pas en victime. J’accepte que les gens ne m’apprécient pas mes caractéristiques générales, mais pas qu’ils me reprochent d’être qui je suis et d’exister. Passons notre chemin, tout simplement.

    Soit dit en passant, les soirées Parisiennes sont totalement à proscrire, les gens ne tolèrent pas la bière de trop LOL Sans compter que Berlin reste incomparable à ce niveau-là ;-)

    PS : je te lis et je me demande ce que tu fais encore à Paris ?

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