novembre 2011

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1. Advent

Cette photo représente l’approximation maximum que je peux offrir d’une couronne de l’Avent,
merci de votre compréhension

Il y a un mois j’ai été coincée dans un embouteillage à 23h un samedi soir boulevard Haussmann. Il y avait des camions de luminaires allemands, des échafaudages: on installait des décorations de Noël. Tristes lumières clignotantes sous le ciel gris, la foule se presse indifférente devant les marchands à la sauvette et les amputés divers.

Noël est triste à Paris, loin du froid et du Glühwein. Il n’y aura pas de neige. Et je travaillerai tout le week end de Noël. Pour la troisième fois consécutive.

Je voulais faire quelque chose de spécial pour l’Avent. Après tout, c’est une attente pleine d’espoir, vers le retour de la lumière. Et j’en ai marre de me plaindre, de traîner ma mauvaise humeur et mes questions comme une bouée encombrante.

Alors pour chacun des quatre dimanche, je vais plutôt regarder les quatre choses qui se sont bien passées dans la semaine, celles qui montrent une évolution vers le progrès. Voici ce que j’ai pu trouver pour la première:

1. des gens sympas au bureau. Rien d’extraordinaire, mais des personnes avec qui aller boire un café et papoter dix minutes, ça change la vie ;
2. des rendez-vous et des gens à voir. J’aime bien ça ;
3. mon Kindle et son dictionnaire automatique, magique pour les livres en allemand ;
4. le chemin de mon blog. Merci à tous pour vos commentaires! ça me fait vraiment plaisir

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Wirbel

On fait tous des erreurs, ce qui est dur c’est 1/de les voir 2/de ne pas les refaire. Je commence à comprendre pourquoi les expatriés sont une catégorie qui revient pour repartir. Il y a quelque chose qui se rapproche de la fuite en avant dans ce phénomène.

Moi par exemple, je suis en train de lister mes erreurs, et elles sont nombreuses. J’ai cru que le temps suffisait à effacer les problèmes. Erreur de pensée magique! Ce n’est pas parce qu’on quitte sa cuisine en bordel pendant trois jours qu’à votre retour elle sera rangée. Alors imaginez que vous avez oublié le bac à légumes pendant neuf ans, je ne vous raconte pas la vie moléculaire qui s’est développée en votre absence.

Vatican, mars 2011

J’avais aussi complètement zappé le fait que les insatisfactions une fois tous les deux mois étaient bien plus dures à assumer quand elles se présentaient deux fois par semaine. J’ai bien compris que je gave tout le monde. Je n’ose pas appeler les gens, car j’ai peur de déranger. A Berlin, je connaissais le rythme de vie mou des gens, ici à Paris j’ai l’impression que tout le monde est perpétuellement occupé. La vie va vite et très lentement, il faut prendre rendez-vous trois semaines à l’avance pour aller dîner, ça me décourage quand j’ai juste une soirée de libre à occuper.

Bref, j’ai l’impression d’être une verrue disgracieuse. D’usurper ma place au bureau. De devoir repartir vite.

Mais le problème désormais c’est qu’il faut bien réparer le bordel que j’ai mis à découvert. Je pensais que le travail serait la partie la plus terrifiante à Paris. Bizarrement, c’est celle qui se passe le plus simplement. Peut-être parce que c’est l’unique domaine de ma vie dans lequel j’ai confiance en moi. Pour le reste, j’ai l’impression de tout brûler sur mon passage, d’être un monstre horrible et épouvantable, un repoussoir dégoûtant. J’ai vraiment du mal à trouver un rythme, une vie organisée, des repères dans cette ville qui, elle, est terrifiante. Ce serait bien que je règle cela, que je n’en parle pas, que je ne me plaigne plus jamais, jamais, jamais.

Je ne sais pas quelle est la posture à adopter. Je suis un peu perdue. Qu’on ne m’en veuille pas.

Ah ah ah il suffit que j’écrive ce message pour avoir trois choses prévues ce soir. Finalement c’est partout pareil.

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Unvernunft

Quand Noah a dit en substance qu’il fallait autorisé le dopage, il a eu une attitude dangereuse et irresponsable. Dire qu’on peut prendre des produits pour améliorer des performances, c’est inconscient et criminel. C’est pas comme si on savait depuis des années les effets qu’a le dopage sur le corps des gens. Vous avez envie de vous transformer en homme? La testostérone vous aidera. De devenir stérile? Les anabolisants sont pas mal. De mourir avant 40 ans? L’EPO vous permettra de boucher vos artères. De faire une dépression? Les amphétamines sont une drogue idéale pour cela.

Hedi Krieger, aujourd’hui Andreas, dopé à la testostérone dès l’âge de 11 ans. Photo trouvée là.

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Sincèrement, je crois que je ne vais pas y arriver. Je le dis sans amertume, sans regret. Cela fait 5 mois que je tente l’affaire, je regarde, je peux comparer avec les cartes en main. Et je peux dire: je n’ai même pas envie d’y arriver. Honnêtement, j’ai de bonnes raisons de prendre tout cela désormais par dessus la jambe, vu qu’ici rien n’est sérieux:

J’ai envie de rigoler. Pour dire la vérité, je me suis arrêtée par habitude devant la vitrine, ai vu l’affiche, suis repartie. 50m plus loin, j’ai réalisé l’énOrmité de la chose, et je me suis dit que cela vous ferai rire aussi. Au cas où quelqu’un aurait un doute, j’habite dans un quartier pauvre.

La vérité est que je ne supporte plus tout cela. Un fossé très large est creusé entre moi et ceux qui ne sont pas partis. Je suis un peu désolée mais n’ai pas le courage de m’en préoccuper vraiment. J’ai mis 10 jours à réaliser qu’une ancienne amie très chère ne m’a pas souhaité mon anniversaire. C’est la vie, et la preuve qui me manquait qu’il n’y a pas de retour en arrière.

Peut-être bien que je me suis trompée, que j’ai cru que je pouvais me fondre dans la masse en faisant abstraction des années passées ailleurs. En fait, non. On ne peut pas jeter aux orties les années qui nous ont construites. C’est plutôt très très rassurant. Je suis une expatriée, et cela n’est pas près de changer. J’ai l’impression d’être ici en transit. Je suis contente d’être passée par là, je me sens moins bête -et plus sûre de mes choix.

ça aussi c’est une vision rassurante, non?

Il est difficile de dire ce qu’il va se passer désormais, dans les quelques semaines qui arrivent. Il me semble que, sauf événements improbables comme une augmentation de 30% de mon salaire, une arrivée de prince charmant sur un métro volant et la découverte de l’appart parfait, je ne suis pas prête à me sacrifier pour rester ici. Bien entendu, on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise.

Saviez-vous que, depuis que je suis à Paris, j’ai tout le temps faim? La taille moyenne de confection des femmes de l’entreprise étant le 34, je me sens en faute quand je prends une soupe PLUS un sandwich. Les pubs nous enjoignent « à  surtout ne pas céder », c’est vrai quoi, vivre à Paris et profiter d’une pâtisserie, c’est péché. N’ayant plus le temps de cuisiner, je mange des choses au vol, je n’ai pas le temps de marcher en ville, si je ne fais pas attention, vissée sur ma chaise, je risque l’obésité en ne rentrant plus dans mes pantalons en 36.

Evidemment ce genre de révélation n’a rien à voir avec l’installation de la télé allemande dans mon grenier. Vendredi soir, j’ai regardé le télé-crochet Comedy Central et j’ai applaudi quand Markus Krebs* a gagné. Le bouquet gratuit prend fin au 1er janvier, il faudra qu’une décision soit prise d’ici là. C’est dire si je suis en plein processus de réadaptation.

*Ce Ruhrois (?) est très drôle et réalise le tour de force de raconter des blagues en riant, et sans être vulgaire.

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Encore un politique français pris en flagrant délit de n’importe quoi ce matin à la radio. Une certaine Jeanne de 27 ans se plaignait, avec ses deux masters de droit, de ne pas trouver d’emploi et de « peut-être être obligée de s’expatrier » (houhou quelle perspective d’horreur horrible et terrifiante). Ce à quoi Pécresse a répondu, quelle incroyable surprise: « Il faut s’inspirer des Allemands! Renforcer l’apprentissage, car là bas, TOUS les étudiants font de l’apprentissage ».

Merci à la Versaillaise et sur-diplômée Madame Pécresse pour cette magnifique contre-vérité. En Allemagne, si quelqu’un se pose la question, les apprentis se retrouvent dans les métiers techniques, on est apprenti en force de vente chez DM, en mécanique chez BMW, en boulangerie chez le boulanger.

Mais une étudiante de la fac ne FAIT PAS d’apprentissage. Elle va à la fac, elle suit ses cours, elle passe ses diplômes (pas vite) puis enchaîne les stages avant de se faire embaucher. Dans le meilleur des cas, elle fera son travail de fin d’étude en étant déjà embauchée comme Arbeitshilfe dans un cabinet.

Pour revenir à la Jeanne, de toute façon à 27 ans en Allemagne, elle n’aurait même pas encore un diplôme!

Et là Pécresse voit une force de travail en apprentissage de la poissonnerie.

Le lecteur germanophone aura excusé l’auteur pour le langage fleuri du titre, nécessaire pour refléter son état d’esprit matinal.

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Schluss damit!

C’est incroyable le nombre de fausses vérités qu’on peut entendre à propos de l’Allemagne. Si on écoute les commentateurs, les Allemands sont « traumatisés »  par l’hyperinflation des années 20, et cela suffit comme explication à tout le monde semble-t-il. Un petit somme sur le divan du docteur Freud, et les problèmes de l’Europe seraient réglés, peut-on en déduire.

Haaaalllloooo, il y a quelqu’un pour réfléchir ici ? Je veux bien que les Allemands aient la mémoire longue et aient du mal à se défaire de certains de leurs traumatisme passés, mais peut-on sincèrement croire que des charrettes de billets vieilles de quatre-vingt-dix ans ont encore un pouvoir souverain sur les banquiers de la Bundesbank ? Pour quel crétin nous prend-on ?

Ce que les « analystes « , « spécialistes » et autre alainduhamelistes pérorent à longueur de journée et le fruit d’une ignorance inadmissible et qui prouve, une fois de plus, qu’il est toujours risqué de parler d’un sujet qu’on ne connaît pas. Malheureusement, ceux qui connaissent l’Allemagne y restent en général, il n’y a donc personne d’un peu concerné pour entendre les âneries proférées.

Ce que tout le monde oublie, c’est que cela fait 20 ans que les Allemands payent. Quand la Réunification leur est tombée dessus,  la RFA ne pensait pas trouver de l’autre côté du mur une économie en capilotade. Pendant dix ans, elle a payé pour intégrer, racheter, transformer, moderniser les infrastructures de l’ex-RDA. Toute personne qui passe en voiture sur la nouvelle autoroute du sud de la Thuringe peut voir l’ampleur de l’effort consenti.

Mais en 2001, cela ne suffisait plus. Alors Schröder, fasse au chômage et au retournement démographique, a lancé l’Agenda 2010. Entré en vigueur en 2002, les Allemands ont perdu une partie de leurs avantages, renoncé à leur retraite d’état, accepté (de mauvaise grâce) les jobs à 1 euro de l’heure. En 20 ans, les Allemands ont perdu presque 5% de pouvoir d’achat, à cause des réductions, puis augmentations de temps de travail, de l’absence de salaire minimum dans certaines branches et de l’entrée de la flexibilité dans une bonne partie des industries.

Aujourd’hui, l’économie allemande brille par ses performances. Les Allemands ont intégré un certain nombre de contraintes, les retraités pauvres distribuent des prospectus dans les boîtes aux lettres ou sont gardiens de nuit dans les immeubles chics. Ils épargnent pour leur retraite ; l’Allemagne est, grande surprise, le pays européen dont la dette est la plus importante (en valeur absolue, bien sûr).

Quand la crise financière a explosé en 2008, Merkel a fait une promesse : garantir les bas de laine des Allemands. Ce n’est possible que dans une économie qui ne connaît pas l’inflation, autrement la hausse des prix grignote peu à peu le pouvoir d’achat de l’épargnant.  C’est pour cette raison principale, pragmatique et actuelle, que l’Allemagne refuse absolument une politique inflationniste « à la BCE ». Beaucoup d’entreprises ont d’importantes réserves en cash pour assurer leur développement, les PME ont des trésoreries bien garnies pour leur permettre de grossir, les vieux Allemands ont investis dans des SICAV et des obligations plus que dans l’immobilier, à l’inverse de la France. Dans un pays où il n’y a pas assez d’enfants, seule l’innovation, coûteuse en argent, et l’épargne, permet d’assurer les vieux jours du système.

C’est cela qui angoisse les Allemands. Qui ne croient pas plus que nous qu’un pot de Nutella coûtera bientôt 3 000 milliards d’euros.

3.0

Ce matin j’ai upgradé, je suis passée à Caroline 3.0

It feels good!

Voici quelques petites choses que je voudrais améliorer aussi:

1. Trouver un appart
2. Me poser dans un travail
3. Choisir un pays!
4. Sortir plus
5. Lire les livres accumulés
6. Aller au théâtre
7. Faire un sort à mon arbre généalogique
8. Parler allemand plus souvent
9. Ne plus passer une soirée à déprimer seule
10. Organiser des week end
11. Dessiner
12. (Re)prendre des cours de musique
13. Finir mon ouvrage
14. Voyager
15. Continuer mes petits travaux manuels
16. Partir à la neige
17. Organiser des fêtes
18. Faire du bénévolat
19. Donner un cours
20. Mettre de l’argent de côté
21. Trouver un compagnon de route
22. Apprendre sur l’Europe
23. Me spécialiser
24. Porter des chapeaux
25. Aller danser
26. Écrire un scénario
27. Faire des biscuits de Noël
28. Arrêter de me plaindre
29. Mais défendre mieux ce que je pense
30. Penser à moi!

C’est fini pour la zone euro. Bien sûr, pour les six prochains, mois, on va encore entendre plein de discours rassurants sur le « sauvetage de la zone euro » (ça se noie, une zone?), mais dans les têtes, elle est déjà morte.

Les Allemands l’ont enterrée il y a quelques mois déjà. Ils attendent impatiemment le retour de la drachme pour pouvoir de nouveau se bourrer à l’ouzo pas cher. La preuve, TUI, le premier tour-opérateur allemand, a fait signer à des hôteliers et des entreprises grecs de nouveaux contrats stipulant que, dans le cas probable d’un retour à la drachme, ils ne seront plus payés en euro par les Allemands, mais dans la monnaie locale.

Aujourd’hui le Handelsblatt, dans son « morning-briefing », expliquait qu’on « avait vu hier le début de la fin de la zone euro ».
Avec un taux d’emprunt à long terme dépassant les 7%, les Italiens se retrouvent étranglés dans les faits. Leur seule solution serait de dévaluer avec une lire faible, une coutume bien entrée dans les mœurs de la Botte avant 2001.

Dans ce cas pour la France, c’est la fin des haricots. Plus personne ne viendra passer des vacances chères en euro dans l’Hexagone alors qu’il y aura de la meilleure bouffe pour moitié prix en Italie, des plages plus chaudes à prix cassé en Espagne, du patrimoine incomparable bien moins cher en Grèce. Pour sauver son tourisme et ses exportations, la France devra aussi sortir de l’euro. Il va donc mourir.

Quant aux Allemands, c’est à se demander s’ils ont jamais cru à la monnaie unique: il paraît qu’ils ont gardé leurs pièces et leurs billets en mark bien au chaud quelque part dans de gros coffres, prêts à être ressortis au besoin…

Les vautours, euh, enfin, les prédateurs rodent déjà…

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Erwischt

Je suis très touchée par tous vos messages, et surtout le fait que vous passiez -encore!- me lire.

Il doit falloir un temps d’adaptation et de transition pour toi. Parfois c’est plus dur, parfois c’est juste étrange.

Merci encore, et à bientôt :)

Das Leere

J’ai l’impression que ma vie a explosé.

Une explosion invisible. Un peu comme le blast, le souffle de la déflagration qui détruit les organes mais en apparence, tout est normal. Cette fois ce serait plutôt l’inverse. Tous les attributs extérieurs ont changé, mais moi, au centre, je suis censée être identique.

Il paraît qu’il ne faut pas que je plaigne, parce que j’ai des choses que d’autres non pas. C’est vrai. Je me demande alors si j’ai le droit de me plaindre des choses que les autres ont, mais pas moi?

Je regarde autour de moi, et je me demande où est passée ma vie. 50m2 entassés dans 10, des horaires qui m’épuisent, la disparition de toutes les choses que je connaissais bien ; l’annihilation de mon petit trésor, mon expérience accumulée.

J’arrive ici, et je ne suis rien. Les autres me regardent et me jaugent à l’aune de leur vie, et à leurs yeux non plus, je n’ai rien.

Le pire, c’est que sincèrement, je m’en fiche. J’ai encore envie d’être libre et de sortir à l’improviste avec Chère coloc, c’est moi qui devrait garder la petite en attendant son frère, je devais être allée à l’anniversaire de mon quasi-neveu. Je n’en suis pas arrivée à vouloir changer les couches tous les jours ou faire une fête de 300 personnes, et c’est mon droit.

Neuf ans à accepter les différences, neuf ans à envisager les possibilités, neuf ans à choisir ma liberté, mes heures de travail, à être sérieuse aussi, neuf années à fuir, peut-être, mais en construisant tant de choses dont je n’avais pas conscience. Je n’avais pas réalisée la liberté d’esprit que m’offrait Berlin, pas vu la force des liens d’amitié que nous avions tissé au fil des années, des pannes de chauffage et de naissances de bébés. Je ne veux pas qu’on me juge parce que, à presque 30 ans, je n’ai pas encore d’enfants. C’est vrai que je suis rentrée de Berlin parce que j’étais trop seule, trop pauvre et sentimentalement à la ramasse, mais je n’avais pas pensé que je serai un alien en arrivant à Paris. Tout m’y est étrange, beaucoup de choses sont si vieilles que je ne m’y reconnais plus, je ne sais pas faire, je ne comprends plus rien. Pour ceux qui regardent TBBT, je pensais être Leonard, je découvre que je suis Sheldon. Oui, moi aussi, je pense que certains amis cherchent un moyen de me laisser geler dehors. Ou peut-être pas. Je n’en sais rien.

On dirait qu’en dehors de Berlin, das Leben ist sinnlos.