Wirbel

On fait tous des erreurs, ce qui est dur c’est 1/de les voir 2/de ne pas les refaire. Je commence à comprendre pourquoi les expatriés sont une catégorie qui revient pour repartir. Il y a quelque chose qui se rapproche de la fuite en avant dans ce phénomène.

Moi par exemple, je suis en train de lister mes erreurs, et elles sont nombreuses. J’ai cru que le temps suffisait à effacer les problèmes. Erreur de pensée magique! Ce n’est pas parce qu’on quitte sa cuisine en bordel pendant trois jours qu’à votre retour elle sera rangée. Alors imaginez que vous avez oublié le bac à légumes pendant neuf ans, je ne vous raconte pas la vie moléculaire qui s’est développée en votre absence.

Vatican, mars 2011

J’avais aussi complètement zappé le fait que les insatisfactions une fois tous les deux mois étaient bien plus dures à assumer quand elles se présentaient deux fois par semaine. J’ai bien compris que je gave tout le monde. Je n’ose pas appeler les gens, car j’ai peur de déranger. A Berlin, je connaissais le rythme de vie mou des gens, ici à Paris j’ai l’impression que tout le monde est perpétuellement occupé. La vie va vite et très lentement, il faut prendre rendez-vous trois semaines à l’avance pour aller dîner, ça me décourage quand j’ai juste une soirée de libre à occuper.

Bref, j’ai l’impression d’être une verrue disgracieuse. D’usurper ma place au bureau. De devoir repartir vite.

Mais le problème désormais c’est qu’il faut bien réparer le bordel que j’ai mis à découvert. Je pensais que le travail serait la partie la plus terrifiante à Paris. Bizarrement, c’est celle qui se passe le plus simplement. Peut-être parce que c’est l’unique domaine de ma vie dans lequel j’ai confiance en moi. Pour le reste, j’ai l’impression de tout brûler sur mon passage, d’être un monstre horrible et épouvantable, un repoussoir dégoûtant. J’ai vraiment du mal à trouver un rythme, une vie organisée, des repères dans cette ville qui, elle, est terrifiante. Ce serait bien que je règle cela, que je n’en parle pas, que je ne me plaigne plus jamais, jamais, jamais.

Je ne sais pas quelle est la posture à adopter. Je suis un peu perdue. Qu’on ne m’en veuille pas.

Ah ah ah il suffit que j’écrive ce message pour avoir trois choses prévues ce soir. Finalement c’est partout pareil.

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5 comments

  1. fabrice’s avatar

    Pourquoi vouloir cesser de te plaindre ? Tu es française après tout, et parisienne de surcroit ! Sinon, rassure toi, rares sont les parisiens qui arrivent à suivre le rythme imposé par cette ville qui n’a rien de romantique au quotidien.

    Très jolie photo du Vatican

  2. _carpediem_etc’s avatar

    Ne pas se plaindre ça ne fait pas disparaître le problème… Soit tu l’acceptes soit tu changes les choses pour qu’il n’en soit plus un. Mais fuir, comme tu le dis, ne résout rien.

    En tout cas je te trouve courageuse de vivre à Paris, je ne pourrais pas, trop speed et trop grand.

  3. pmo’s avatar

    C’est qu’il y a une PETITE différence de « rythme » en Paname et Berlin !

  4. Pieds nus’s avatar

    Chère Caroline,
    Cela fait bien longtemps que je ne vous avais pas lue ni écrit…
    Il y a maintenant un bout de temps que je vous avez remercié déjà d’avoir mis des mots sur des sentiments que je n’arrivais pas à exprimer. A l’époque, j’étais amoureuse d’un Berlinois et de sa ville… (ce qui est toujours vrai d’ailleurs..)
    Et puis je suis « rentrée » : passée la joie du retour, ce fut une série de gifles en pleine face. L’impression que, non, tout n’est pas plus facile dans son pays, que non, près des yeux n’est pas près du cœur … et le cauchemar administratif…
    Alors… je suis « rentrée », cette fois en Allemagne.

    Bref, encore une fois je voulais vous dire à quel point je vous comprends et vous féliciter et remercier de trouver et de publier ces mots. En particulier la tristesse, parce que c’est ce que je ressens, quand j’ai peur de déranger les Parisiens toujours très occupés, quand je n’ose pas leur téléphoner alors que ce sont mes « meilleurs » amis, qui et oui aussi, oublient les anniversaires… et quand je suis surprise que des « étrangers » prennent si bien soin de moi… Quand la tristesse et le cafard, souvent, à l’idée de rater tous les petits moments ordinaires ou extra-ordinaires avec ceux qui me manquent, m’empêchent en fait de profiter de mes moments ordinaires ou non…

    Continuez de vous plaindre, c’est pour moi comme une « catharsis » (les puristes m’excuseront). Et puis il faut bien que ça sorte !

  5. Pauline’s avatar

    J’ai parfois l’impression de me lire quand je viens chez toi. Tout n’est pas pareil mais il y a quand même pas mal de points communs. Surtout le point du bac à légumes et de la gestion des erreurs. Je les ai listées il y a un bail mes erreurs, par contre, ne pas les refaire…c’est super dur, comme tu le dis. Je les refais en permanence, même en m’en rendant compte. Des fois j’aimerais bien ne pas me poser de questions et juste aller de l’avant sans me prendre la tête!

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