décembre 2011

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Guten Rutsch!

Glisser sans neige ce n’est pas facile, on pourrait même se dire que ce n’est pas conseillé. Mais cela fait partie de la tradition, à l’égal du bombardement de feux d’artifice qui donne à Berlin des aspects de ville en guerre. Les pétards ont été inventés en Chine et sont destinés à éloigner les mauvais démons ; on ne peut s’empêcher de se demander quels sont les ancêtres si terribles qu’il faille absolument des millions de coups de feu pour en éloigner les mânes.

Berlin se pare de lumière dans un bruit de détonation, il faut prévoir un casque et des lunettes de protection pour passer à la nouvelle année.

Cette année il manque le blanc joyeux de la neige, je ferai gaffe à mes pieds en traversant Boxi en sursautant toutes les 15 secondes!

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Jenseits

C’était la première fois que j’allais à un enterrement. Il faisait beau, il y avait beaucoup de monde, beaucoup d’enfants. Des touristes aussi, qui s’avançaient et se mettaient sur la pointe des pieds pour regarder, tu imagines, dans ce lieu si célèbre il y a aussi des familles qui pleurent. La famille était incroyablement digne et émouvante, on avait l’impression que tout le monde pleurait en dedans. C’est bizarre d’avoir 30 ans pour aller pour la première fois à un enterrement. Plus tard je suis rentrée chez moi, et là j’ai appris que quelqu’un d’autre avait aussi perdu sa maman une veille de Noël.

Bref, se plaindre parce qu’on travaille le jour de Noël ou qu’on a un ongle incarné ou qu’on doit déménager devient juste la chose la plus futile de la terre… J’ai commencé un autre pull pour bébé, je ferai une couverture pour le petit bébé qui ne connaîtra pas sa grand-mère, et je vais arrêter de regarder ma vie par le petit bout de la lorgnette.

Frohe Weihnachten

und Frieden auf der Erde.

Pour clore ce cycle, voici quatre choses que j’aimerais pour l’an prochain:

1. Un travail épanouissant
2. Beaucoup d’amour
3. Un nid douillet
4. Publier mon livre

et en attendant, je vous souhaite à tous un très heureux Noël.

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L’année 2011 aura été celles des secousses, des chocs -et des déceptions. Entamée sur la joie de faire tomber un dictateur, elle s’achève sur l’arrivée des islamistes au pouvoir, les violences en Egypte, la répression syrienne. L’euro continue sa chute, l’économie mondiale part dans des gouffres, le monde tremble et rien ne change. Le Handelsblatt a couronné aujourd’hui Angela Merkel comme « Personnalité de l’année », « parce qu’elle a su rester ce qu’elle était ». Une ode à la permanence ou à l’immobilisme, au choix, mais qu’il semble nécessaire d’honorer dans un monde en chute libre.

Il faut croire que j’ai des capacités jungiennes de connection avec l’inconscient collectif, car mon année aura, toute proportion gardée, été semblable aux secousses du monde. Une révolte interne irrépressible, des changements majeurs, un retournement -et un échec patent à l’autre bout. Le remède fut pire que le mal. L’année 2010 s’est close un lendemain de Noël sur une engueulade sortie du passé, celle de 2011 est en passe de se terminer sur un constat de no-future. Jamais je n’aurais cru tombée si bas. Encore quelques marches, et le ciel se refermera sur moi.

Je ne peux pas trouver d’appartement, je ne peux pas continuer ainsi. Les faux-semblants et les mensonges me sont étrangers. On m’accuse de tricher ou de simuler, mais on oublie que je ne peux pas mentir. Je ne peux pas jouer. Je ne peux pas faire comme si. J’ai perdu cette capacité en cours de route, ou plutôt je ne l’ai jamais eu. Cela rend ma vie impossible dans le monde des trompe-l’œil parisien.

A bien des égards ma vie est pire que l’an dernier. Je n’arrive pas à mettre le doigt sur un quelconque élément d’amélioration. Les engueulades sont plus fréquentes, le temps libre a disparu. Je suis perpétuellement fatiguée, dans une situation toujours aussi instable, et je n’ai pas plus d’argent. Les perspectives de travail sont inexistantes, et on ne me croit plus jamais. C’est terrible, je pense pourtant être une personne intéressante, importante, avec des choses à dire et à apprendre ; mais c’est une vision de soi-même qui vous voue à la vindicte car dépasser du rang revient presque à ne pas s’incliner devant le mausolée de Kim Jong-il. Vouloir plus que ce qu’on vous donne est un péché mortel.

J’accumule tous les défauts de ce caractère entier et incoercible. Je ne sais pas mentir, pas plus que je ne peux courber la tête. Je suis l’objet idéal d’expérience d’un Kapo qui voudrait écrire Comment briser une conscience en dix leçons.

Bien sûr j’exagère, le carcan n’est pas si lourd. Après tout, on peut quitter un milieu qui ne nous plaît pas, sauf si on a besoin de payer un loyer. Sauf si on a des frais. Sauf si on ne peut pas. On peut donc, sauf qu’on ne peut pas. La liberté est bien fragile…

Les journaux allemands ont été plein cette année de Bunr-out et autre Stresstest. La morale n’est pas à la joie, mais à la prévention de l’effondrement. Collectif ou individuel, il engendre un même effet: la disparition de la surface visible, remplacée par un gros trou à la place.

Pour ma part il va falloir que je trouve un moyen de pallier ou de régler mon inaptitude à coopérer avec le monde extérieur. Que je fasse taire la voix qui s’exprime, que j’apprenne à mentir, que j’empêche mon corps de réagir aux événements. Devenir rien, ni personne, me contenter toujours de ce que j’ai, de ne vouloir jamais changer. De brimer, d’étouffer, de tuer la voix différente que j’ai nourrie pensant tant d’années loin de cette ville que je déteste. Vaste programme.

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Je cherche un appartement. Je me perds dans les demandes irréelles des bailleurs, qui exigerons bientôt de nous un certificat médical et une preuve de virginité. Ou un test de math. Et un stage d’entraînement chez les pompiers. S’ils cherchent des moyens d’évacuer des candidats, j’ai des idées. (Par exemple faire monter les idiots au sixième étage à la corde. Ou leur demander de calculer eux-mêmes les m3 contenus dans l’appartement*)

Londres

Il y a quelque chose de totalement absurde dans cette course perpétuelle. ça me fait chier de dépenser une fortune dans un toit. On passe des journées le cul sur une chaise, on s’écroule épuisé sur un lit entouré de nos possessions inutiles, et tout le monde fait pareil.

Le paysage éternel de l’Aventin, Rome

Où sont les idées, les créations, les changements, les tentatives? On blinde nos vies de précautions qui ne protègent de rien, on brime les expériences, on redoute la transformation. L’Europe se rabougrit en peau de chagrin, sans voir que l’avenir du monde se joue bien loin d’elle. En Asie, là bas, les aéroports sont ripolinés, les gens construisent, les gens se plantent, les gens échouent, essayent, tombent, recommencent. Ils comptent sur leurs forces et leur intelligence. La Nouvelle-Zélande et l’Australie se fichent bien de la maison-mère désormais, elles lorgnent sur Hong-Kong pendant que Shanghaï s’élèvent. Je ne l’aurais pas cru si je ne l’avais pas vu de mes yeux. En arrivant à Heathrow au retour de mon périple, j’ai eu l’impression de retomber dans la maison de campagne décrépite, qui vit de nos souvenirs mais est rongée par les termites et s’écroulera un jour.

Nulle part ailleurs qu’à Paris n’est la décadence plus avancée, la fin de race s’étiole au milieu de ses trophées passées. On voit les beautés étincelantes qui languissent entre la Concorde et la Tour Eiffel, ce phare d’Alexandrie qui ne résistera pas au dernier tremblement de terre achevant une civilisation déchue.

Où sont les créateurs, les architectes, les fous, les visionnaires? On admire le dome de Florence en oubliant toutes les flèches de cathédrales écroulées, on se pâme devant la Joconde et la Pietà en négligeant les fresques maladroites de leurs maîtres. On regarde l’art moderne avec le dédain du connaisseur, mais ne faut-il pas beaucoup de tentatives avant de réaliser un chef-d’oeuvre? Ne faut-il pas user beaucoup d’ouvriers avant de reconnaître un génie?

Piazza Navona, façade de Borromini (je crois!)

Mais on nous harcèle pour rester de bons soldats fidèles. On panique devant un nouveau média, on craint celui qui vient d’ailleurs. Surtout, celui qui pense autrement ou qui ose avoir d’autres rêves sera passé à la fourche caudine de l’uniformité. Ce temps manque d’art, de tentatives, de folie et de créations. De temps pour penser, de force pour se battre, de conviction pour s’affronter. Je recopie des dépêches en éteignant mon cerveau, je passe ma vie à la gagner, je la perds en rentrant chez moi, je tousse, je cauchemarde, je m’étouffe dans l’air saturé de pensées toutes faites et d’idées préconçues. Les contraintes sont si fortes que tout changement, même minime, précipitera l’échaffaudage dans le précipice. Mais jamais, personne, n’a visité le précipice. Ceux qui y sont tombés n’en sont pas revenus, peut-être y a-t-il un monde plus libre en dessous du couvert du feuillage?

Vue des jardins de Balata, hauts de Fort-de-France, Martinique

*Pour ceux qui n’auraient pas la joie de se frotter à l’immobilier parisien, il sera réjouissant d’apprendre qu’à Paris, on loue désormais au m3. J’ai hâte de savoir grimper au plafond.

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4. Advent

Une semaine de l’avent pleine de gâteaux de Noël, de goûters en tout genre, avec quelques départ aussi.

Au programme des réjouissances, tout de même:

1. un déjeuner-débat avec des collègues
2. un super goûter avec des camarades de classe
3. une découverte d’une boutique et de tas de gens gentils
4. un départ à Berlin en préparation!!! yeeeeeeeaaaaaaaah

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Deuxième réflexe* à mon retour, faire la liste des endroits où on avait une chance de manger allemand. Bah oui, on fait ce qu’on peut, et la nostalgie du ventre est de loin la plus poignante -surtout quand on a faim. Ou quand on a soif!

Paris a plein de défauts insupportables, mais au moins une qualité indiscutable: on trouve de tout, vraiment de tout, dans la capitale. Certes, il est difficile de boire de la bonne Pils à Paris. La bière belge ayant effectué des dégâts sur mon estomac, je me retrouve contrainte de me rabattre sur la Hefe. Miracle parisien, on la trouve en pression au Café Titon et au Udo Bar. Le premier est un gentil café sympa dans un coin cool de la capitale. Le second a le plus beau poster de Paris, dans une ambiance punky normale qui me rappelle Berlin.

Pour un Frühstück chic, le cadre délicat et l’ambiance feutrée de Claus réconciliera votre grand-mère avec l’Allemagne. Les confitures, alsaciennes, sont juste les meilleures du monde, et on peut les acheter à l’épicerie qui occupe le rez-de-chaussée. Et si on a de la chance, on peut même parler allemand avec Claus, qui parle un français sans accent (le veinard!).

Mais le repaire des germanophages (oui oui, on peut manger les Germains), c’est le Stube: un vrai Imbiss, où tout est bon! Les gâteaux sont à tomber, les plats sont simples, très abordables et très bons (mention spéciale à la Gulash, sauce exquise). Avec la gentillesse et le sourire du chef en prime.

Si vous voulez me croiser, je suis là-bas!

Le Stube, 31 rue de Richelieu, dans le Ier
Claus, 14 rue Jean-Jacques Rousseau, dans le Ier
Café Titon, 34 rue Titon, dans le XIè
Udo Bar, 4 rue Neuve-Popincourt, XIè

Une épicerie à tester: Tante Emma Laden, marché de la porte Saint-Martin, 31-33 rue Saint-Martin, Xè
Pour acheter des bières (et même des cubis pression), Bières cultes, 40 rue Damrémont, XVIIIè.

* Mon premier réflexe a été de demander à Tchibo s’il livrait en France. La réponse négative a fendu mon petit coeur.

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3. Advent

Une semaine de forme, de décision et de premier givre! La seule chose qui ai manqué, c’est du temps pour écrire ici. 1. Une décision! Ni bonne, ni mauvaise, mais prise, enfin! 2. Une sortie journalistique gratuite, mais très amusante. 3. Une vraie bonne soirée 4. Des Butterbredele!

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Dans ces grands temps de germanophobie* triomphante, j’apporte ma pierre à l’édifice. Oui, nous sommes différents (très), et non, tout n’est pas parfait chez les Allemands. Tous le monde le sait, les Allemands n’ont aucun goût, c’est pourquoi ils portent des chaussettes blanches dans leurs sandales. Peut-être surtout pour cacher leurs écailles vertes d’envahisseurs.

Bref, quelques jours chez nos ennemis héréditaires m’ont remis les idées en place. C’est vrai, que de violences cachées sous les paroles faussement innocentes de O du Fröhliche, répétées comme un mantra dans les dangereux marchés de Noël :

Les marchés de Noël, parlons-en: c’est juste un moyen d’endoctrinement populaire. On saoule les enfants dès l’enfance au vin chaud, on les engraisse au rôti de porc et à la choucroute avant de les envoyer conquérir l’Europe à coup d’exportation menaçantes.

Ceci est le vaisseau héliporté que les Germanisseurs ont mis au point pour mettre l’Europe au pas du vin chaud et des saucisses.

Ceci sont des boulons, des clés à molette, mousquetons, marteaux usw. en chocolat. Pour apprendre aux petits Allemands les rudiments techniques du sabotage des industries étrangères.

Il n’est donc pas étonnant de constater un certain nombre de différences flagrantes, qui nous rassurent: oui, nous sommes différents (ouf!).

On peut par exemple louer l’initiative de cette petite entreprise française qui essaye de changer les Teutons de l’intérieur :

(J’adore la fin: « …afin que le fait de boire de l’eau devienne une habitude ». Mais alors, question: que boit l’enfant allemand normalement?????)

Et puis ceci, c’est vrai, ce symbole de nos différences: l’argent. Alors que nous, nous jetons tout par les fenêtres comme des Français superficiels, pendant que la Parisienne investit dans le cuir de ses bottes, l’Allemande apprend à placer ses futurs Deutsche Mark dans des obligations d’état. Cette page vient de l’édition de décembre du magazine Freundin, j’avoue, j’ai hâte de lire Marie-Claire m’expliquer le fonctionnement du fonds de sauvetage européen!!!

*Je n’ai jamais entendu un Allemand employé le terme de « Frankophobie » ou « Franzosenhass ». Décidemment, nous ne sommes pas pareil.

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Für den Weg

Adorons le Seigneur en rampant par terre :

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2. Advent

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Bien entendu le premier mot que j’ai entendu en arrivant c’est « Achtung! ». Il est 7h04, je suis chez Tchibo, et voilà, tout est familier. Le reste fut à l’avenant, rien à raconter, juste à ressentir. Geborgenheit. Il y a plus que quatre choses qui étaient délicieuses cette semaine, mais voici au moins: 1. Avoir bu beaucoup trop de bière allemande, à Paris et en Allemagne, et toujours en excellente compagnie ; 2. Rentrer avec un sac bien trop plein de tas de choses utiles et géniales (et pas chères) 3. Avoir participé à l’esprit de Noël, rien n’y manquait : enfant, vin, Glühwein, amie chère et étoiles en papier, le pied ; 4. Avoir mis les choses au clair, grâce à des conversations difficiles mais nécessaires, et repartir d’un bon pied.

Lecker lecker!

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Season’s greetings

More to come, devinette inclusive!

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No comment

Impossible de ne pas partager cette vision d’horreur européenne, offerte gracieusement par la Bild:

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