Je cherche un appartement. Je me perds dans les demandes irréelles des bailleurs, qui exigerons bientôt de nous un certificat médical et une preuve de virginité. Ou un test de math. Et un stage d’entraînement chez les pompiers. S’ils cherchent des moyens d’évacuer des candidats, j’ai des idées. (Par exemple faire monter les idiots au sixième étage à la corde. Ou leur demander de calculer eux-mêmes les m3 contenus dans l’appartement*)
Londres
Il y a quelque chose de totalement absurde dans cette course perpétuelle. ça me fait chier de dépenser une fortune dans un toit. On passe des journées le cul sur une chaise, on s’écroule épuisé sur un lit entouré de nos possessions inutiles, et tout le monde fait pareil.
Le paysage éternel de l’Aventin, Rome
Où sont les idées, les créations, les changements, les tentatives? On blinde nos vies de précautions qui ne protègent de rien, on brime les expériences, on redoute la transformation. L’Europe se rabougrit en peau de chagrin, sans voir que l’avenir du monde se joue bien loin d’elle. En Asie, là bas, les aéroports sont ripolinés, les gens construisent, les gens se plantent, les gens échouent, essayent, tombent, recommencent. Ils comptent sur leurs forces et leur intelligence. La Nouvelle-Zélande et l’Australie se fichent bien de la maison-mère désormais, elles lorgnent sur Hong-Kong pendant que Shanghaï s’élèvent. Je ne l’aurais pas cru si je ne l’avais pas vu de mes yeux. En arrivant à Heathrow au retour de mon périple, j’ai eu l’impression de retomber dans la maison de campagne décrépite, qui vit de nos souvenirs mais est rongée par les termites et s’écroulera un jour.
Nulle part ailleurs qu’à Paris n’est la décadence plus avancée, la fin de race s’étiole au milieu de ses trophées passées. On voit les beautés étincelantes qui languissent entre la Concorde et la Tour Eiffel, ce phare d’Alexandrie qui ne résistera pas au dernier tremblement de terre achevant une civilisation déchue.
Où sont les créateurs, les architectes, les fous, les visionnaires? On admire le dome de Florence en oubliant toutes les flèches de cathédrales écroulées, on se pâme devant la Joconde et la Pietà en négligeant les fresques maladroites de leurs maîtres. On regarde l’art moderne avec le dédain du connaisseur, mais ne faut-il pas beaucoup de tentatives avant de réaliser un chef-d’oeuvre? Ne faut-il pas user beaucoup d’ouvriers avant de reconnaître un génie?
Piazza Navona, façade de Borromini (je crois!)
Mais on nous harcèle pour rester de bons soldats fidèles. On panique devant un nouveau média, on craint celui qui vient d’ailleurs. Surtout, celui qui pense autrement ou qui ose avoir d’autres rêves sera passé à la fourche caudine de l’uniformité. Ce temps manque d’art, de tentatives, de folie et de créations. De temps pour penser, de force pour se battre, de conviction pour s’affronter. Je recopie des dépêches en éteignant mon cerveau, je passe ma vie à la gagner, je la perds en rentrant chez moi, je tousse, je cauchemarde, je m’étouffe dans l’air saturé de pensées toutes faites et d’idées préconçues. Les contraintes sont si fortes que tout changement, même minime, précipitera l’échaffaudage dans le précipice. Mais jamais, personne, n’a visité le précipice. Ceux qui y sont tombés n’en sont pas revenus, peut-être y a-t-il un monde plus libre en dessous du couvert du feuillage?
Vue des jardins de Balata, hauts de Fort-de-France, Martinique
*Pour ceux qui n’auraient pas la joie de se frotter à l’immobilier parisien, il sera réjouissant d’apprendre qu’à Paris, on loue désormais au m3. J’ai hâte de savoir grimper au plafond.
Tags: Berlin, créations, Europe, idée, Londres, Martinique, Nouveau monde, Nouvelle-Zélande, Paris, Rome
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C’est tellement vrai. J’ai l’impression de vivre dans un carcan rigide qui ne laisse aucune place à qui nous sommes, à ce que nous pouvons, ce que nous voulons.
Chercher un appart avec garant? On est en Europe, certes, mais le garant doit avoir un compte en Allemagne. C’est tellement plus sûr voyons. Prendre un congé sabbatique ou tenter de monter ta boîte au risque de te planter? Faudrait pas pousser trop loin, les employeurs n’aiment pas ça…Chercher un job? Montre que toi, ta mère et ta grand-mère vous étiez 1ères de classe. En Allemagne c’est la course à celui qui mettra tous ses bulletins de notes, ses zeugnisse à l’infini pour prouver la géniale étendue de son savoir, de Photoshop à la littérature anglaise. Histoire d’être sûr de savoir à qui s’attendre, on va trier dès le début, par l’épaisseur de sa candidature, en dépit de tout bon sens.
A force de demander à tout le monde de montrer patte blanche pour tout, ce sont des centaines de projets, de créations, d’idées, de rencontres qui ne voient jamais le jour. Ainsi que des centaines de dépression qui elles, assurent aux psys une longue vie. Un seul échec sentimental, professionnel ou financier peut mener loin. Tout ça pour stabiliser un ensemble fragile et vide comme un château de cartes.
On nous étouffe avec des règles, des attentes, des critères qui ne laissent aucune place à la tentative gratuite, à l’échec et à la spontanéité, l’enthousiasme. Tout doit être sûr, tout doit être réussi. Avoir une seule idée, un seul projet, c’est passer soit pour un visionnaire soit pour un allumé. D’où le fait qu’une personnalité comme Steve Jobs ne laisse personne indifférent: enfin quelqu’un qui a su passer outre une énorme baffe, un énorme échec, et qui a le courage de passer outre les attentes d’une société figée. Ne pas faire ci, ne pas faire ça, se sacrifier aujourd’hui pour être sûr de pouvoir manger des huîtres et du caviar dans 10 ans, se concentrer sur une relation fiable (plutôt que folle…même le couple est un investissement) c’est le lot de tous les autres qui rentrent dans cette logique, qui l’acceptent, la subissent et la reproduisent. Il y a quelque chose qui m’échappe dans tout ça. Ceux-là même qui réussissent à la briser ont une tendance incroyable à la reproduire. A Berlin par exemple, où il est de bon ton d’être fauché et de galérer tout en favorisant certains talents artistiques, les choses ne sont pas différentes. La ville entière reproduit malgré elle cette idée en créant une « silicon valley » où chaque membre est épluché comme un oignon avant de pouvoir montrer son projet personnel ou professionnel. Derrière cette image vendeuse de ville favorisant les start-up et la réussite personnelle, il y a un énorme courant de sélection des idées qui démarre très tôt, dans un cercle plus restreint qu’on ne le pense. L’avenir ici, ça appartient au développeur qui saute d’un projet à un autre et s’assure de développer son compte en banque et sa bewerbungsmappe pour péréniser son appart et son avenir.-
C’est un peu pareil partout à ce que je vois. Le carcan comme tu dis est si étroit, encore plus à Paris je pense parce qu’il s’ajoute à des contraintes financières délirantes, qui poussent tout le monde à vivre à deux/à se marier/à avoir des gamins = parce que il n’y a aucun autre moyen de réussir sa vie que de se conformer à des ambitions banales. Triste pays.
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Il faut dire que côté immobilier, tu as fait le grand écart entre Berlin et Paris et tu n’es visiblement pas faite pour cette ville, mais qui l’est réellement ?
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Bel article, et si vrai!
la course a l’echalotte pour obtenir un bail sur Paris et sa region restera dans ma memoire de Francais vivant a l’etranger comme le plus absurde des procedes…
Aux USA, en Australie, tu visites, tu remplis un formulaire basique, tu as besoin de 100 points « ID » pour etre valide: 1 passeport c’est 75 points, 1 permis de conduire c’est 25 points, 1 RIB c’est 15 points, et hop, 3 documents et tu as l’appart dans la soiree de la journee de la visite!
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Je suis Francilien (pour ne pas dire parisien) de naissance et je déteste Paris pour les même raisons. J’ai découvert Berlin, où la liberté transpire les rues et malheuresement, je reste à Paris, la rigide qui à une âme aussi grise que ses rues !
Concrètement, pour réussir sur Paris, il faut mentir et tricher : je n’ai vu que des gens comme ça qui ont réussi (à trouver un logement …) et je dois dire que depuis hier, je suis passé de la théorie à la pratique et ça marche ! (malheureusement).
Bonne chance pour la suite.
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Bel article, qui ne décrit malheureusement que trop bien la situation!
A Paris, je n’ai pu trouver d’appart que grâce au Fusac (magazine pour les anglophones) ou grâce à des coups de bol presque indécents. Je crains en effet qu’il y ait beaucoup de triche et de mensonge, comment y arriver autrement?
A Berlin, même si tu n’as pas toutes les garanties nécessaires, tu peux encore compter sur ton capital de sympathie ou ton potentiel de persuasion. Le facteur humain y est plus important, tout simplement parce que les sommes en jeu sont bien moindre et le marché immobilier beaucoup moins saturé…
Bon courage! -
eh oui, les députés qu’ont elit, ils pondent ce genre de lois http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=LEGITEXT000005630252 au lieu de voter des budgets en équilibree et des textes clairs, simples et de bon sens.
De toutes facons, ils font semblant de ne pas comprendre que plus on réglemente pour soi-disant protéger, plus, en réalité, on pénalise les personnes qu’on était censé protéger. On le voit tellement dans l’immobilier. Les préavis sont trop longs ? Les bailleurs demandent des tas de garantie. Le parc immobilier est stable, faute de délivrance de permis de construire ? Les loyers ou prix du m2 explosent. etc etc …
Pourtant, on pourrait faire autrement !
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