L’année 2011 aura été celles des secousses, des chocs -et des déceptions. Entamée sur la joie de faire tomber un dictateur, elle s’achève sur l’arrivée des islamistes au pouvoir, les violences en Egypte, la répression syrienne. L’euro continue sa chute, l’économie mondiale part dans des gouffres, le monde tremble et rien ne change. Le Handelsblatt a couronné aujourd’hui Angela Merkel comme « Personnalité de l’année », « parce qu’elle a su rester ce qu’elle était ». Une ode à la permanence ou à l’immobilisme, au choix, mais qu’il semble nécessaire d’honorer dans un monde en chute libre.
Il faut croire que j’ai des capacités jungiennes de connection avec l’inconscient collectif, car mon année aura, toute proportion gardée, été semblable aux secousses du monde. Une révolte interne irrépressible, des changements majeurs, un retournement -et un échec patent à l’autre bout. Le remède fut pire que le mal. L’année 2010 s’est close un lendemain de Noël sur une engueulade sortie du passé, celle de 2011 est en passe de se terminer sur un constat de no-future. Jamais je n’aurais cru tombée si bas. Encore quelques marches, et le ciel se refermera sur moi.
Je ne peux pas trouver d’appartement, je ne peux pas continuer ainsi. Les faux-semblants et les mensonges me sont étrangers. On m’accuse de tricher ou de simuler, mais on oublie que je ne peux pas mentir. Je ne peux pas jouer. Je ne peux pas faire comme si. J’ai perdu cette capacité en cours de route, ou plutôt je ne l’ai jamais eu. Cela rend ma vie impossible dans le monde des trompe-l’œil parisien.
A bien des égards ma vie est pire que l’an dernier. Je n’arrive pas à mettre le doigt sur un quelconque élément d’amélioration. Les engueulades sont plus fréquentes, le temps libre a disparu. Je suis perpétuellement fatiguée, dans une situation toujours aussi instable, et je n’ai pas plus d’argent. Les perspectives de travail sont inexistantes, et on ne me croit plus jamais. C’est terrible, je pense pourtant être une personne intéressante, importante, avec des choses à dire et à apprendre ; mais c’est une vision de soi-même qui vous voue à la vindicte car dépasser du rang revient presque à ne pas s’incliner devant le mausolée de Kim Jong-il. Vouloir plus que ce qu’on vous donne est un péché mortel.
J’accumule tous les défauts de ce caractère entier et incoercible. Je ne sais pas mentir, pas plus que je ne peux courber la tête. Je suis l’objet idéal d’expérience d’un Kapo qui voudrait écrire Comment briser une conscience en dix leçons.
Bien sûr j’exagère, le carcan n’est pas si lourd. Après tout, on peut quitter un milieu qui ne nous plaît pas, sauf si on a besoin de payer un loyer. Sauf si on a des frais. Sauf si on ne peut pas. On peut donc, sauf qu’on ne peut pas. La liberté est bien fragile…
Les journaux allemands ont été plein cette année de Bunr-out et autre Stresstest. La morale n’est pas à la joie, mais à la prévention de l’effondrement. Collectif ou individuel, il engendre un même effet: la disparition de la surface visible, remplacée par un gros trou à la place.
Pour ma part il va falloir que je trouve un moyen de pallier ou de régler mon inaptitude à coopérer avec le monde extérieur. Que je fasse taire la voix qui s’exprime, que j’apprenne à mentir, que j’empêche mon corps de réagir aux événements. Devenir rien, ni personne, me contenter toujours de ce que j’ai, de ne vouloir jamais changer. De brimer, d’étouffer, de tuer la voix différente que j’ai nourrie pensant tant d’années loin de cette ville que je déteste. Vaste programme.
Tags: Berlin, conscience Carl Jung, Paris
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Merci Caroline de décrire si bien ma propre colère et ma propre frustration, cela me fait du bien de te lire et je me sens moins seule dans mon tunnel….Je voudrais juste rajouter une note d’optimisme, parceque c’est Noel, parcequ’on est humain et qu’on a besoin d’espoir, et puis tout simplement parceque c’est vrai, Tu es jeune, tu es belle et intelligente, tu aimes ce que tu fais et surtout tu as la chance d’avoir un autre regard sur les gens et sur les choses et la capacité de penser et de comprendre que la plus part ont perdu j’ai l’impression, voila tu n’as pas choisi la voie la plus facile, et non ce n’est pas une année pour rien, c’est une expérience, c’est une vraie vie, d’une Mensch, et c’est pas rien d’être quelqu’un de bien….et surtout de le rester….. malgré tout. Courage, je sens que l’année 2012 va nous réserver de bonnes surprises du destin, et comme disait Blanchot, le désastre est déjà arrivé…..En tout cas pour moi l’année 2011 si dure a t elle été, a eu aussi d’excellentes choses, comme faire ta connaissance par exemple….:-) voila ça valait la peine de venir à Paris finalement…..
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pour l’anecdote 2011 est revenu a la case depart…commencée avec un tremblement de terre en New Zealand, elle finit de la même manière…est ce que 2012 sera identique dans les profondeurs?
Courage! je pense que les futures événements de 2012 vont pousser pas mal de personnes a bouger et prendre leur destin en main.
Comme disait l’autre: « nous avons toujours le choix »
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Je broie du noir depuis quelques semaines moi aussi. Je suis à un niveau de stress maximal. Sauf que j’ai au moins réalisé un truc: tout ce mécontentement, il vient non pas de ce que j’ai fait ou de ce que je suis, mais précisément de ce que je n’ai pas fait. Il ne me manque que le courage de la faire et de rattraper le temps perdu. Ca va me coûter sur tous les plans, mais il faut que j’y passe, sous peine de me sentir misérable encore plus longtemps, n’en déplaise au beau monde.
Ceci dit, le monde entier pourrait m’accuser d’être une menteuse ou un OVNI, si j’avais fait cette chose, je pourrais tenir nettement mieux le coup. Je crois que c’est ça qui m’emprisonne. Beaucoup plus que les questions matérielles avec lesquelles je me débats, beaucoup plus que la peur du lendemain. Et je ne suis pas sûre que les derniers mots de ce post ne t’engagent pas vers la même erreur que moi. Réfléchis bien avant de renoncer à ce qui te tient à coeur. Etre intransigeant est un défaut, mais faut-il sacrifier avec les choses qui nous tiennent à coeur? Difficile de séparer l’un de l’autre.
PS: désolée de venir mettre des commentaires aussi longs ces derniers temps.
RePS: profite de Noël!! -
Bonjour, il paraît que choisir la voie la plus difficile c’est choisir la voie la plus intéressante… La victoire n’en sera que plus belle! Je souhaite que les difficultés affrontées en 2011 portent leurs fruits en 2012!
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Caroline ne perds pas espoir , essaie de trouver des points
d’accroche , shoote toi au plaisir , aux plaisirs , les plus évidents ,
l’énergie va revenir . Car c’est ça qui nous fait défaut , à tous , l’énergie ,
dans un monde si difficile . Courage , tu réussiras . -
Si tu te sens comme un oiseau en cage, fixe-toi un objectif qui te rende forte à Paris et tu deviendras insensible au reste jusqu’à y être arrivée. Ou alors, reprends ton envol, vers un monde où un oiseau libre peut survivre. Mais s’il-te-plait…. ne te laisse pas anesthésier ici, le monde a trop besoin d’esprits comme le tien:-)
Bon, je m’enflamme un peu, parce que je ressens trop bien l’absurdité et la rage et ta souffrance. Un peu de couleur m’a été apportée ce matin par la lecture de cette page: http://www.kristinaperez.com/moi. C’est la femme journaliste d’un ancien ami de thèse… la vie et la liberté existent !
Trotz allem… Fröhliches Weihnachten !
Christine -
Merry Christmas!!!!
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