janvier 2012

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…que je ne fais pas d’effort.
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Schokocreme

S’il y a bien une chose que j’ai apprise à Berlin, c’est qu’on fait tous des erreurs. Vivre dans une autre langue et dans un autre pays vous fait revoir votre égo à la baisse. Même quand on croit qu’on sait, on ne sait rien: regardez, je pensais pourtant que Wulff ne ferait pas de vieux os à Bellevue ; et bien le bougre y est encore.

Mais il y a des erreurs qui font plus de mal, c’est quand on se trompe sur soi-même. J’étais convaincue d’être la mieux placée pour un job auquel j’avais postulé, le refus ce soir est dur à encaisser. C’est sans doute pour le mieux, et je n’y peux rien, car j’ai été la plus honnête possible. Malgré tout je suis un peu sonnée.

Le problème c’est que c’est la dernière d’une longue série d’erreurs et de mauvaises décisions. J’ai cru que j’apprécierai de vivre à Paris, et bien ce n’est pas le cas. J’ai cru que je me ferai à mon boulot et à ma vie d’enchaînée, mais en fait non. J’ai cru que je supporterai de vivre là où je suis, et que les conditions s’amélioreraient: je m’apprête à rentrer chez mes parents.

Pour la première fois de ma vie, j’ai envie d’abandonner. Je rêve de déposer mes affaires dans une maison de campagne et de me réveiller le matin avec le chant des oiseaux. Au bureau, j’ai des réflexions de discipline, car il faut faire des efforts que je n’ai plus la force de faire. Plus la force d’être seule. Plus envie d’essayer et de faire semblant. Je pérore comme un vieux disque, je me suis trompé sur mes capacités, mes amitiés, mon travail et mes envies. Je suis allée à l’encontre de moi et aujourd’hui, j’ai juste envie de dormir.

Et pour ceux qui s’intéresseraient au titre, c’est parce qu’on sait bien que seuls les imbéciles ne changent pas d’avis…

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State of mind

Cet après-midi mon meilleur ami s’est marié, et j’étais son témoin. J’en étais déjà à ma quatrième coupe de champagne quand je suis allée voir son père. « Il faut faire un discours! », lui dis-je. « Mais je n’ai rien préparé! Et je ne peux pas le faire en anglais! ». « Ce n’est pas grave », lui dis-je, « je traduirai », alors que je courrai au bar obtenir un verre d’eau pour éponger toutes ces bulles.

Ce fut un moment émouvant et familial. Le papa français parla pour son fiston, la maman indienne pris la relève pour sa fille. Je traduisis les propos du prof de fac célèbre, et failli pleurer pour mon amie et son épouse. Deux continents que tout éloigne, mais l’amour rapproche les gens les plus improbables.

C’est pour cela que je suis rentrée en France. Je portais mes boucles d’oreilles indiennes, ma robe haute-couture parisienne, mon foulard et bracelet de Dubaï, mon collier andorran, mes émaux viennois, mes chaussures André et ma veste de l’époque où Marks&Spencer étaient encore en France. Surtout j’étais là pour mes amis, pour leurs familles, un tout petit pont bilingue pour rapprocher les gens. C’était spécialement bien.

Et pour l’instant, je n’ai pas envie que ça change.

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De la queue jusqu’au menton

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Un dernier stop avant de rentrer

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«Are you a couch surfer too?», demanda la jeune fille pendant qu’on nettoyait les restes d’une party de premier janvier. «Me? Nooo», répondais-je avant de me reprendre: «Well, actually I am! Sleeping on friends sofas for a week!».

Et c’est le miracle berlinois une nouvelle fois. On se retrouve à deux heures du matin en train de remettre une tétine dans la bouche d’un bébé pleurant, réveillée à 8h par une troupe de joyeuses petites filles qui veulent une histoire, perdue dans une bulle velue au fond d’un musée, mangeant éthiopien pour leur Noël avec les doigts, parlant latin chez l’italien, anglais avec une Américaine mariée à un Tchèque, allemand avec un apprenti réalisateur, achetant des livres à un neurobiologiste, finissant un gilet pour un bébé-ours, s’essayant à l’accordéon, dormant pas assez ou trop longtemps, demandant à Wulff de partir sous la pluie, croisant une amie les pieds dans l’eau, posant pour le journal ou lisant dans un appartement trop grand.

Cette ville est grise, triste, calme et vide. Elle est folle, géniale, mystérieuse, secrète. Elle est pauvre et riche, prussienne et internationale, touristique et inquiétante, nazie et jugendstil. On l’aime et on veut partir, on veut rester et on ne peut pas. Elle est surtout pleine de gens extraordinaires et qui sont mes amis, et c’est la meilleure chose du monde.

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Wutbürger

Ou comment occuper son samedi pluvieux:

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« Wulff muss raus! »

La scène se passe au retour de l’école. La conductrice a déjà calé sept fois, fait trois fois le tour du pâté de maison à cause des travaux, les mioches avalent les chewing-gum pour tromper leur faim. Tiens, si on chantait pendant que je cherche où est la deuxième vitesse? Frère Jacques? Va pour Frère Jacques. « Non, tu chantes pas comme il faut », dit l’aînée, qui décide d’instruire les occupants de la voiture:

Frère Jacques
Alte Kack
Dormez-vous
Blöde Kuh
Sonnez les mâtines
Alte Waschmachine
Ding deng dong
Arsch Bonbon

Et maintenant on chante en canon!

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De nouveau tu fais la queue à un autre guichet. Tu exposes ton problème «quelqu’un qui s’appelle comme moi est déjà inscrite». «Vous avez étudié à la Humboldt? Alors vous êtes déjà dans le système, il faut remplir la fiche verte d’abord».

Une fiche et une nouvelle queue plus tard (je t’ai déjà dit que le Berlinois n’était jamais pressé?), te voilà devant un monsieur. C’est l’étape décisive, tu le sens, tu sers convulsivement la pochette d’ordinateur qui joue très bien le rôle de doudou, tu respires un grand coup avant de parler. «Vous avez votre Anmeldungsbescheinigung?», te demande le monsieur avec un accent de l’est de la Mer Morte. Déjà tu te réjouies que ce soit un étranger, d’expérience tu as gagné cinq minutes de palabres. «Non, mais mon adresse est écrite sur mon passeport» (à ce moment là tu te remercies intérieurement d’avoir refait un passeport cinq ans auparavant à l’ambassade de France de la Pariser Platz). Le monsieur étranger il connaît la valeur du passeport, il la chérit, et il te dit «C’est ok, je ne savais pas que les adresses pouvaient être inscrites sur les pièces d’identité, c’est bien ça suffira». Deux petites gribouillis plus tard, gratuitement en plus, tu récupères une carte de bibliothèque.

Comment décrire, lecteur, la vague de joie qui alors envahit la narratrice. Ivre de bonheur, serrant le bout de plastique blanc dans sa main, tu entends des applaudissements dans ta tête. Tu as brisé les chaînes de l’enfermement, tu te sens invincible. Tu as vaincu le système. Tu as ta pochette d’ordinateur dans une main, ton sac transparent dans l’autre. Tu es fière, tu as vengé des générations d’étudiants Erasmus et de chercheurs étrangers, tu as enfin gagné contre les Allemands.

-FIN-

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Tes stylos tentent de se faire la malle, le guichet est à droite, tu vas réussir à passer les portes à fédaïne… «Non, vous, vous rentrez pas». Evidemment c’est bien à toi qu’on s’adresse. Cerbère a changé d’apparence en neuf ans, mais est toujours fidèle au poste. «Les pochettes d’ordinateur sont interdites.» Ah ok, mais si je puis me permettre cher Cerbère, pourquoi? «Parce que ce n’est pas autorisé». Certes, mais pour quelles raisons? «Parce que c’est interdit». On va pouvoir continuer longtemps comme cela, je le sens. «Il faut la remettre dans vos affaires au sous-sol». Non, désolée, je n’irai pas au sous-sol. «Alors vous passerez pas».

Là se passe un truc marrant, lecteur. Neuf ans ont passé, et ton narrateur, ou narratrice, là, elle parle allemand, elle a vieilli, pour la première fois elle n’a plus peur de Cerbère (merci JPII). «C’est une pochette crochetée par mes soins, je ne comprends pas pourquoi elle est interdite, je ne sais même pas si je vais pouvoir m’inscrire, je n’irai pas la déposer en bas.» Cerbère commence à grogner, c’est le problème des gros chiens. «Tenez, on va dire que c’est mon bonnet, c’est en laine ça ressemble à un bonnet, j’ai froid, je peux passer avec un bonnet», dit la narratrice soudain coiffée d’une pochette d’ordinateur en crochet blanc. Cerbère commence à montrer les dents.

L’objet du délit

J’attrape un sac en plastique avant que mes stylos s’écrabouillent, et je change de côté. Je passe à la sécurité, où je demande à la gardienne si elle peut me garder mon bout de laine pendant que j’essaye de m’inscrire. «Mais on va dire que c’est une écharpe, non?», me glisse la dame en habit bleu. Et là, lecteur, pleine de fierté comme si j’avais traversé le Rhin à la nage, sous les yeux de Cerbère soudain impuissant, je suis passée de l’autre côté. (A suivre)

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Il est grand et plutôt bel homme, Christian Wulff. Avec son sourire de carnassier et ses lunettes sérieuses, il représente à la perfection l’homme politique allemand. Il ne ressemble à rien ou à tout le monde, il pourrait être prof à la fac, banquier central ou exportateur de machine-outil. Surtout, il a Bettina, l’immense, jeune et blonde Bettina, ancienne journaliste paraît-il, qui a l’air tellement en bonne santé qu’à eux deux ils auraient pu servir de modèle de famille aryenne. En vrai ils font peut-être un peu peur, les Wulff, avec leurs sourires ultra-Bright et leur 1m90.

Elu au poste honorifique de président de la république fédérale allemande en 2010, Christian Wulff n’est pas né d’avant-hier. Il a auparavant dirigé la Basse-Saxe, un des états les plus grands d’Allemagne et qui a surtout la particularité d’abriter une pépite: c’est le siège de Volkswagen, dont la Basse-Saxe possède 20% des actions et un droit de blocage en cas de vente du capital. Le ministre-président du Land possède donc un pouvoir économique non négligeable et connaît tout le monde, et au-delà.

Cette proximité engendre beaucoup de tentation. Alors qu’il s’était fait surclassé lors d’un voyage privé en avion, le parlement de Basse-Saxe s’était ému, et avait demandé s’il y avait eu favoritisme. Non non non, avait rétorqué Wulff, qui s’était retrouvé sur le grill: au fait, d’où vient l’argent pour votre maison? Avez-vous bénéficié d’un prêt préférentiel de la part de l’industriel Egon Geerkens? Non non non, répondit encore une fois Wulff, c’est sa femme Edith qui m’a prêté 500.000 euros pour que j’achète ma maison. Et c’est à elle que je rembourse.

Wulff se fait élire président, emménage à Berlin devant le Tiergarten, et s’amuse à manger la soupe sur la tête des autres chefs d’Etat. Une année passe.

Les Wulff avec le prince héritier Naruhito du Japon

Le 12 décembre 2011, la Bild Zeitung publie alors un article sur le fait que Wulff aurait menti lors de l’interrogatoire de 2010. L’argent proviendrait bien de l’industriel Egon Geerkens, ce qui fait peser des soupçons de favoritisme sur le politicien.

Le Spiegel ne reste pas de marbre, et publie une interview d’Egon Geerkens, qui reconnaît avoir cherché un moyen de prêter les sous au grand homme. Une liste des vacances passées tout frais payés dans les maisons de riches industriels entre 2003 et 2010 apparaît alors. On est juste avant Noël et Wulff ne dit pas grand chose. On découvre aussi que d’autres amis industriels ont payé des petites choses, une campagne de pub pour un bouquin par exemple. Le 21 décembre, Wulff fait savoir qu’il a transformé le crédit privé et préférentiel de Edith Geerkens en crédit de courte durée à la BW, une filiale de la LandesBank Baden-Wurtemberg, pour un taux de 2,1%, puis en crédit sur 15 ans au taux de 3,62%.

Noël passe. Wulff part en vacances, visiblement il aime bien ça, les vacances. Lors de son message de la Nouvelle Année, il n’a rien dit du tout sur ce qui devient lentement mais sûrement la Causa Wulff.

Mais le 2 janvier, on apprend que Christian Wulff, parfois, est très bavard! Le 11 décembre, il a ainsi laissé un long message vocal sur le portable de Kai Dickmann, le rédacteur en chef de la Bild Zeitung. Il lui aurait promis un certain nombre de cadeaux de Noël si la Bild publiait l’article sur son crédit: entre autres choses, des poursuites judiciaires méchantes et plein de petites menaces diverses et variées.

Je me sens obligée de souligner l’énormité de la chose: le président de la République allemande a laissé un message vocal de menaces au rédac chef du plus grand tabloïd du pays. Un président. Un message. Des menaces. Un tabloïd.

C’est moi ou il est vraiment con, ce mec?

Il semble désormais impossible que Wulff reste président. Son poste est certes honorifique, mais cela suppose justement d’être digne de l’honneur qui lui est fait. En général, les présidents sont des hommes âgés à la carrière irréprochable et qui représentent la morale allemande. Les commentateurs s’accordent à dire que Wulff ne remplit visiblement pas les critères de probité indispensable pour le job. En plus, il est affreusement maladroit: au lieu de s’excuser, il a viré son fidèle porte-parole, comme si tout cela n’était qu’une histoire de com’ hasardeuse. Son premier crédit à 2% semble tellement avantageux que les autorités ont ouvert une enquête pour savoir comment il l’a obtenu.

C’est seulement ce soir à 20h15 que le président daignera s’exprimer dans une interview. D’après l’ARD, il n’a aucune envie de démissionner, ce qui en pratique va être quasiment impossible. Son prédécesseur Horst Köhler a quitté son poste pour beaucoup moins que ça, et Theo von Guttenberg a été poussé violemment hors du gouvernement uniquement pour une histoire de doctorat copié/collé. Certes, c’est pas bien, mais bon, par rapport à des soupçons de corruption, ça fait un peu cour d’école.

Celle qui décidera de toute façon sera la chancelière. Elle aussi se tait. Toute cette histoire est plus que néfaste pour elle : c’est elle qui avait porté Wulff à ce poste, elle qui avait soutenu Guttenberg. Il est sûr que ce sera aussi elle qui sifflera la fin de la partie.

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Le temps a passé et les études sont loin. Avec nostalgie tu vois s’élever le tout nouveau flambant neuf bâtiment de la bibliothèque de la Humboldt au fil de tes trajets en S-Bahn. Les photos de ses salles de travail te font de l’oeil dans les journaux, et tu sautes sur l’occasion de studieuses vacances berlinoises pour tenter ta chance. Instruit de tes expériences passées, tu as les poches pleines de liquide, un passeport valide, une carte de presse, et surtout aucun espoir sur le fait que tu pourras entrer dans le bâtiment.

Tu arrives à l’accueil où la dame te tends une feuille de renseignement. «Il faut d’abord que vous enfermiez vos affaires avec la mensakarte qui se trouve dans le lotto et à la machine et après vous allez aux ordinateurs et ensuite à gauche et vous remplissez les fiches et les formulaires…». C’est un coup de chance qu’en neuf ans ton allemand se soit amélioré, malgré tout tu as lâché l’affaire à «Mensa-», c’est normal il est midi et tu commences à avoir la dalle*.

Villa Medicis, Rome

Pas de machine à l’horizon, tu vas au tabac-Lotto en face. Le type ne vend pas de carte de Mensa mais il a des cadenas. Et oui, bien sûr, pour mettre tes affaires sous clé dans une bibilothèque universitaire rien ne vaut un cadenas. Tu retraverses la place, tu descends les escaliers, tu vas enfermer tes affaires sous clé, tu remontes et va, plein d’espoir, te planter derrière un ordi pour la première étape de l’inscription.

Et là, on te dit «qu’un utilisateur avec le même nom et la même date de naissance est déjà enregistré». Tu t’apprêtes à crier au vol d’identité, mais pour cela il faudrait déjà pouvoir rentrer.

*La Mensa est l’équivalent du resto U

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Tu es devenu fort habile à ce petit manège. Par coeur tu as appris le Hausordnung, le Leseordung, le Arbeitsornung, le Ordnungsordnung, tu veilles sur ton sac transparent comme sur un Vuitton et la machine à microfilm n’a plus de secret. Malgré tout le temps file, et recopier un manuscrit à la main c’est un peu long, donc avant ton retour dans ton pays tu décides de photocopier ce dont tu as besoin. 40 euros plus tard, ruiné (t’es toujours étudiant, hein) mais heureux, tu repars avec ta liasse de polycopiés que tu t’empresses de photocopier. Ton mémoire est encore au stade de la documentation, mais la moquette grisâtre de la bibliothèque et ses escaliers à la Escher sont définitivement derrière toi. Tu feras la suite de tes recherches à l’Institut historique allemand du Marais, qui en plus de t’offrir une vue sur un jardin sublime en plein coeur de Paris, est vide et propose les livres en libre accès.

Trouvé sur la notice de Wikipedia

Et pendant des années, tu ne mettras plus les pieds et les crayons dans une bibliothèque.

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Un jour il peut te passer par la tête l’idée saugrenue d’aller à la bibliothèque. Par exemple tu fais des études, on est en 2002, naïvement tu te dis, «tiens, pour mes recherches j’irais bien à la bibliothèque nationale avec le fond prussien où se trouve le manuscrit que je dois étudier». Tu t’engages dans un processus dont tu n’as pas saisi la profondeur désespérante, mais tu es jeune, tu es étudiante, tu as le temps.

Muni de ta plus belle carte d’étudiant, celle où tu as réussi à mettre une photo sans lunette et à cacher tes boutons, tu te présentes à l’accueil. Le cerbère s’amusera d’abord à te dépouiller de toute humanité: «Numéro d’étudiant – pièce d’identité – Anmeldungsbescheinigung», un souffle glacé te passe dans le dos alors que ton nom est remplacé par un matricule, tu en es presque à tendre le bras pour te faire tatouer. Puis il te demandera de te déshabiller, de te séparer de toutes tes possessions, d’arriver nu comme un nouveau-né avec seulement un sac en plastique transparent devant lui, tremblant et inquiet. C’est normalement à ce moment, alors que tes maigres biens sont sous-clé quatre étages en dessous qu’il te réclamera 25 euros pour l’inscription à l’année, payable seulement en liquide bien sûr, on ferme dans une heure, bon courage pour faire la queue à la garde-robe, trouver ton sac, ressortir dans le froid à la recherche d’une banque, revenir, payer, c’est trop tard, mais demain on ouvre à onze heures, sortez maintenant, plus vite, Raus!

Le lendemain, frais et dispos, muni enfin du précieux sésame que tu as payé avec ce qui équivaut à ton budget bouffe hebdomadaire, tu fais ton plus beau sourire au gardien qui te hurle : «Pas de stylo bille dans le département des manuscrits». Rebelote, tu repars dans l’autre sens, vers la garde-robe où tu vas faire la queue, etc, tu as saisi le concept lecteur.

Après trois heures de tentatives vaines et variées, enfin tu y es: devant toi des ordinateurs antiques te proposent de trouver le rayonnage inaccessible où se cachent les ouvrages dont tu as besoin. Première déconvenue: la moitié sont indiqués avec la mention de «Kriegsverlust moeglich» (possiblement perdus lors de la guerre). S’il-vous-plaît-attendez-trois-jours-qu’on-regarde-dans-quel carton-ils-pourraient-bien-être, oui-la-guerre-est-finie-depuis-cinquante-sept-ans-mais-le-système-ne-voit-pas-le-rapport.

Là non plus, il n’y a pas de rapport

Quand enfin un livre apparaît disponible, ivre de joie tu cliques pour le commander. C’est alors que la petite fenêtre s’ouvre: «Ce livre se trouve dans la bibliothèque de fonds prussien de la Potsdamer Platz, vous l’obtiendrez sous trois jours». Et là c’est déjà trop tard ; tu viens de découvrir que la bibliothèque est coupée en deux, et que si toi tu mets 15 minutes à faire Unter den Linden/Potsdamer Platz, personne n’a pensé à dire aux bibliothécaires que le mur est tombé et ton livre doit au moins passer par le Danemark avant d’arriver.

Lasse et désespérée, tu rentres chez toi parce que en plus il faut attendre une heure pour accéder aux deux ordinateurs connectés à internet, et tu commences à comprendre pourquoi en Allemagne il faut au moins sept ans pour faire sa maîtrise. (A suivre)

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C’est sympa Berlin après minuit le 1er janvier. Une fois les feux d’artifice disparus dans une myriade de lumières, il reste les bombes artisanales à admirer. Après avoir perdu quelques degrés d’ouïe et été plaqué contre une porte d’immeuble par la déflagration, on perçoit encore les sirènes des pompiers. Dans un coin, des plumes d’édredon s’envolent, des policiers se massent sur un trottoir pendant que des fêtards enbièrés attaquent les Robocop à coup de pétards.

Une fois dans l’immeuble, on peut admirer les petits ballons d’hélium qui flottent au-dessus des marches, ce serait presque joli s’ils n’étaient pas noirs

et lestés par…

… des seringues. (Qui veut une injection pour la nouvelle année?)

Quelques heures plus tard on peut savourer le petit-déjeuner, la nuit tombe et il pleut.

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