Ich gegen die Deutschen – Vom Schlag zum Sieg – Episode 1

Un jour il peut te passer par la tête l’idée saugrenue d’aller à la bibliothèque. Par exemple tu fais des études, on est en 2002, naïvement tu te dis, «tiens, pour mes recherches j’irais bien à la bibliothèque nationale avec le fond prussien où se trouve le manuscrit que je dois étudier». Tu t’engages dans un processus dont tu n’as pas saisi la profondeur désespérante, mais tu es jeune, tu es étudiante, tu as le temps.

Muni de ta plus belle carte d’étudiant, celle où tu as réussi à mettre une photo sans lunette et à cacher tes boutons, tu te présentes à l’accueil. Le cerbère s’amusera d’abord à te dépouiller de toute humanité: «Numéro d’étudiant – pièce d’identité – Anmeldungsbescheinigung», un souffle glacé te passe dans le dos alors que ton nom est remplacé par un matricule, tu en es presque à tendre le bras pour te faire tatouer. Puis il te demandera de te déshabiller, de te séparer de toutes tes possessions, d’arriver nu comme un nouveau-né avec seulement un sac en plastique transparent devant lui, tremblant et inquiet. C’est normalement à ce moment, alors que tes maigres biens sont sous-clé quatre étages en dessous qu’il te réclamera 25 euros pour l’inscription à l’année, payable seulement en liquide bien sûr, on ferme dans une heure, bon courage pour faire la queue à la garde-robe, trouver ton sac, ressortir dans le froid à la recherche d’une banque, revenir, payer, c’est trop tard, mais demain on ouvre à onze heures, sortez maintenant, plus vite, Raus!

Le lendemain, frais et dispos, muni enfin du précieux sésame que tu as payé avec ce qui équivaut à ton budget bouffe hebdomadaire, tu fais ton plus beau sourire au gardien qui te hurle : «Pas de stylo bille dans le département des manuscrits». Rebelote, tu repars dans l’autre sens, vers la garde-robe où tu vas faire la queue, etc, tu as saisi le concept lecteur.

Après trois heures de tentatives vaines et variées, enfin tu y es: devant toi des ordinateurs antiques te proposent de trouver le rayonnage inaccessible où se cachent les ouvrages dont tu as besoin. Première déconvenue: la moitié sont indiqués avec la mention de «Kriegsverlust moeglich» (possiblement perdus lors de la guerre). S’il-vous-plaît-attendez-trois-jours-qu’on-regarde-dans-quel carton-ils-pourraient-bien-être, oui-la-guerre-est-finie-depuis-cinquante-sept-ans-mais-le-système-ne-voit-pas-le-rapport.

Là non plus, il n’y a pas de rapport

Quand enfin un livre apparaît disponible, ivre de joie tu cliques pour le commander. C’est alors que la petite fenêtre s’ouvre: «Ce livre se trouve dans la bibliothèque de fonds prussien de la Potsdamer Platz, vous l’obtiendrez sous trois jours». Et là c’est déjà trop tard ; tu viens de découvrir que la bibliothèque est coupée en deux, et que si toi tu mets 15 minutes à faire Unter den Linden/Potsdamer Platz, personne n’a pensé à dire aux bibliothécaires que le mur est tombé et ton livre doit au moins passer par le Danemark avant d’arriver.

Lasse et désespérée, tu rentres chez toi parce que en plus il faut attendre une heure pour accéder aux deux ordinateurs connectés à internet, et tu commences à comprendre pourquoi en Allemagne il faut au moins sept ans pour faire sa maîtrise. (A suivre)

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4 comments

  1. JM’s avatar

    Il ne passe pas un jour sans que je me fasse la remarque que la réputation allemande d’efficacité est l’un des plus gros coups de bluff de l’histoire de l’humanité. Bon courage!

  2. JM’s avatar

    En fait je viens de me rendre compte mais… Elle est finie depuis 67 ans la guerre, pas 57. C’est encore plus grave! ;-)

    1. caroline’s avatar

      2002-1945=57 non? Mais ça change rien, y a toujours des Kriegverlust aujourd’hui!

  3. JM’s avatar

    Ah je croyais que c’était une histoire actuelle, j’avais oublié que tu as précisé qu’on est alors en 2002. Faut suivre hein! ;-)

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