avril 2012

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Bien sûr, il s’agit de nourrir la bête. De la gaver, chaque jour, pour répondre à l’ennui du lecteur, à la multitude du clic, aux couperets des heures pleines, « 7heures, levez-vous », « 20h éteignez votre cerveau ». A 20h, en général, je sors.

Les grandes fêtes parsèment encore l’année, symboles noyés dans l’activisme permanent. Aujourd’hui chaque jour doit être une fête, la routine combattue, l’ennui dissout dans l’abondance. Clic, clic, clic.

Cela ne changera pas, s’accélérera encore, pendant que les hamsters tourneront dans leur cage, grignotant les carottes pendues au-dessus de leur tête. Le réseau, comme un énorme tube digestif, avale, consomme, rejette tout ce qu’on peut y mettre.

Comme il faut bien alimenter la machine, rien ne changera, fondamentalement. Il y a aura toujours des gens sous des néons pour, toujours plus vite, toute la nuit, tous les jours, balancer les prêt-à-consommer dans la gueule ouverte.

Hâte d’être à Berlin pour prendre de nouvelles photos!

Mais à l’autre bout du tapis roulant, il y a aussi des gens. Ceux qui s’intéressent, ceux qui savent lire, ceux qui pensent. Ceux qui votent. Ceux qui consomment. Ce sont souvent les mêmes. Ils n’apparaissent qu’en ombre chinoise sur les tableaux statistiques, mais il sont bien là. Pour eux, il faut être là. Pour eux, il faut être honnête, faire bien son travail, être de fier de soi et du plat concocté avec soin qu’on lui servira. Peut-être même qu’il s’en souviendra.

Je n’ai pas quitté mon emploi parce que je n’aime pas mon travail ; je l’ai quitté parce que je l’adore. Parce qu’il me fait vivre et respirer, comme un bon plat me nourrit et une bonne lecture me rend plus ouverte. Parce qu’il est important, fondamental, et que j’ai une responsabilité en l’accomplissant du mieux possible. Si un lecteur, un auditeur, se retrouve un jour plus renseignée grâce à moi, je serai simplement heureuse.

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und das ist so eine neue Welt, die gerade vor mir ganz offen liegt.

Dure décision, mais la meilleure depuis longtemps. Dûment fêtée.

glurps, trop de bière…

C’est un mot qu’on utiliserait jamais en français: « aliénation ». Cela à une sonorité bizarre et rappelle la folie. L’Entfremdung, par contre, est claire comme de l’eau de roche. Les choses les plus proches nous apparaissent distantes, peu à peu on s’éloigne, on ne comprend plus, on a changé et l’on devient étranger à son entourage, à ses amis, à son passé.

Depuis que je suis arrivée à Paris, j’ai beaucoup perdu. Le temps d’abord, puis des amis dont je me suis définitivement éloignée, et bientôt le fil sera rompu. Mon métier m’est devenu un étranger aussi, je le ne comprends pas et ne m’y intéresse plus. Les débats autour de moi ne me touchent pas, et mon pays n’est plus vraiment le mien. Je ne l’aime pas tel qu’il est.

En Allemagne j’avais le statut d’expatriée: on a l’avantage énorme de voir ce qui s’y passe de l’extérieur, sans prendre parti. Je fais exactement la même chose ici.

Je regardais toute à l’heure la vidéo du Spiegel sur ceux qui sautent le pas et décident de devenir allemands. C’est douloureux d’acquérir une nouvelle identité, même si elle ne change rien sur le fond. C’est dur de disparaître.

Mais parfois, il faut laisser couler.

C’est beau Berlin, non?

PS: je tiens à présenter mes excuses au lecteur désorienté par la faiblesse de mes propos et l’indigence de mon écriture. Depuis que je n’écris plus, j’ai perdu le pli de la formule percutante et de l’idée originale. Retour au plus vite à la normale, j’y travaille d’arrache-casse-pied.

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Etwas gemeinsam

La SNCF et la Deutsche Bahn ont beaucoup en commun, et permettent à l’expatrié des deux côtés de la frontière de se sentir toujours comme à la maison.
Ils partagent des prix délirants, des retards absurdes et un réseau en rénovation constante.
Et des transhumance de Pâques laborieuses.

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(L’horloge est cassée, le morceau supérieur réparé avec du scotch. Photo prise en France.)

Et demain, je mets ma perruque de Nina Hagen.

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Contexte : depuis deux jours Günther Grass se fait assassiner dans les pages des journaux. Le prix Nobel de Littérature, grande conscience de la gauche allemande et ancien SS, a publié dans la Süddeutsche un poème sur la menace atomique entre Iran et Israël. Le texte, plus ou moins inbittable, vous est proposé ici en traduction française et littérale, une exclusivité mondiale -voui voui voui- réalisée de traviole par votre serviteuse qui, définitivement, n’est pas douée pour la version. En même temps la bombe A se révèle étonnamment peu poétique, donc c’est pas que de ma faute.

Le texte fait polémique surtout parce que Grass a tu son engagement dans les SS pendant plus d’un demi-siècle, mais là ressent visiblement un besoin irrépressible de s’exprimer -cette traduction bancale pourrait vous aider à juger vous-même si c’était une bonne idée. Le texte original est ici.

Pourquoi tais-je trop longtemps,
Ce qui est visiblement et a été déjà
Testé lors de manoeuvres, à la fin desquelles nous, survivants
Ne sommes que des notes de bas de page.

C’est le droit prétendu d’attaquer
Qui est assujetti à une grande gueule
Et qui pousserait à une joie organisée
De pouvoir supprimer le peuple iranien
Parce que chez cette puissance la fabrication
D’une bombe atomique est supposée.

Mais alors pourquoi m’empêche-je
De nommer par son nom ce pays
Dans lequel depuis des années -même si c’est en secret-
Un potentiel nucléaire de plus en plus important est disponible
Mais hors de contrôle, parce qu’aucune vérification
N’est possible?

Le silence général autour de ce fait
Auquel mon silence s’est soumis
Je le ressens comme un mensonge pesant
Et une contrainte, qui laisse entrevoir une punition
Dès qu’il est rompu ;
Le verdict d’ « antisémitisme » est courant.

Mais maintenant, parce que, de mon pays
Des crimes originels
Qui sont sans équivalents
Repris encore et encore et discutés
De nouveau, et de façon purement factuel, même si
Présentée avec des lèvres lestes comme une réparation
Un nouveau sous-marin doit être livré à Israël
Dont la spécialité est que les têtes explosives à anéantissement total
Puissent être orientées vers l’endroit où l’existence
D’une seule bombe atomique n’est pas prouvée
Mais soit utilisé pour faire peur
Je dis, ce qui doit être dit.

Pourquoi me suis-je tu jusqu’à présent?
Parce que je pense que mon origine
Qui est marqué de façon indélébile
Interdit d’exiger que ce fait soit exprimé comme une vérité
Au pays d’Israël, auquel je suis relié
Et veut continuer à l’être.

Pourquoi ne dis-je que maintenant,
Vieilli et avec ma dernière encre:
La puissance atomique d’Israël met en danger
La fragile paix mondiale?
Parce qu’il faut dire
Ce qui pourrait être trop tard dès demain;
Aussi parce que nous -en tant qu’Allemand, suffisamment accablés-
Pourrions être les sous-traitants d’un crime
Qui est prévisible, et pour lequel notre complicité
Par aucun discours habituel
Ne pourrait être effacé.

Et il faut le concéder: je ne me tais plus,
Parce que je suis las de l’hypocrisie de l’Occident;
De plus on peut espérer
Que cela libèrera beaucoup de gens du silence,
Et les poussera à exiger
De renoncer à l’origine du danger reconnu
Qui en même temps consiste
A ce que un contrôle libre et permanent
Du potentiel nucléaire israélien
Et de installations nucléaires iraniennes
Grâce à une instance internationale
Autorisée par les gouvernements des deux pays.

Et seulement ainsi on pourra aider les Israéliens et les Palestiniens,
Et plus encore, tous les hommes qui
Dans cette région occupée par la folie
Vivent comme des ennemis côte à côte
Et à la fin nous aider aussi.

Günther Grass, traduit par moi

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Parfois je suis un peu injuste envers Paris.
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Durchbruch

Je l’ai appelé parce que j’étais énervée. Pourtant je le connais à peine, mais il était temps de lui dire ce qu’on fait dans son dos. On a discuté, des deux côtés du Rhin. La réponse que j’attendais depuis des semaines est venue d’elle-même, évidente et simple, je l’ai formulée sans même y réfléchir.

Quelques minutes plus tard, un coup de fil inattendu me montrait que j’étais enfin sur la bonne piste. Quel détour étonnant ! Mais c’est parfois en prenant les voies de traverse qu’on peut, sur une butte inconnue, avoir enfin une vue d’ensemble de la situation.

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Schicksal

C’était un anniversaire où je ne voulais pas aller. Dans un grenier. A Chartres. Quelle idée de fêter un anniversaire à Chartres.

Finalement je n’ai pas vu la cathédrale, mais on a fait une visite à l’hôpital. J’ai cuisiné des pâtes. On a fait un billard. Je portais un t-shirt noir.

Ma vie avait changé définitivement, mais je ne le savais pas encore. Quelques centaines d’euros de téléphone plus tard, des milliers de kilomètres en train plus loin, j’étais aspirée. La Jever, les moutons, la mer du nord, le plattdeutsch, dix ans plus tard cela me fait toujours un pincement au coeur. Deutschland, Liebesland, cela n’a pas bougé.

Je ne savais pas que ce corail pour Chartres m’enverrait à Berlin, et que jamais je ne rentrerai. C’était une Fahrkarte ohne Rückkehr.

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Depuis que j’habite au-dessus d’une école j’ai l’occasion d’entendre les enfants tous les jours. Et comment on leur crie dessus.

J’ai toujours pensé que l’éducation à la française avait des avantages incomparables. Les enfants sont en moyenne polis, et les parents se sentent investis du devoir de manifester bruyamment leur mécontentement si Hercule ou Steven pique une colère dans le métro. Dans la cour, ça crie, ça menace, ça punit. On inculque aux enfants les valeurs fondamentales: obéir, respecter l’autorité, être poli.

Le problème c’est que le but de l’éducation n’est pas de satisfaire les oreilles des adultes ou d’assouvir nos désirs dictatoriaux sur des êtres plus faibles. Les gens ont moins de patience pour les enfants que pour les chiens. Il me semble que l’éducation vise à aider les enfants à grandir, et à devenir des adultes indépendants et responsables.

Quand on arrive en Allemagne, on est effrayé par l’apparent laxisme de la plupart des parents. Ils ne crient pas sur leurs enfants, ils leur demandent leur avis, à l’école certains cours tournent à l’échange d’avis devant un professeur qui joue au modérateur. Il n’y a parfois pas beaucoup de contenu, et on n’a pas pris une seule note pendant 45 minutes. Je me souviens d’un gamin qui arrosait en battant des pieds dans l’eau toutes les personnes assises tranquillement autour du bassin. J’aurais balancé ses deux mères, qui lui demandaient d’un ton égal d’arrêter, à l’eau avec lui.

Dès qu’on peut on essaye de grandir! Trop injuste!

Aujourd’hui je me demande si ce n’était pas une réaction à courte vue.
Depuis que je suis rentrée à Paris je suis effarée – le mot ne rend pas compte du désespoir profond qui m’accable- par la passivité des gens qui m’entourent. Certes, ils se plaignent avec une constance inégalée. Mais si une réunion arrive, pas un ne moufte, ne pose une question, ils regardent leurs mains et comptent les secondes s’égrener. Les ordres sont acceptés comme inéluctables, les chef sont craints, et une fois le poste atteint, le plus petit d’entre eux se cabre sur son autorité nouvelle comme un enfant qui va faire un mauvais tour.

Tous se comportent comme de petits élèves soumis qui attendent de devenir les grands de la cour.
Bien sûr, apprendre aux enfants à écouter les adultes est une mesure de salubrité pour eux. Leur expliquer qu’on sait mieux et qu’on peut les protéger est indispensable. Leur enlever des responsabilités qui les dépassent est nécessaire pour leur permettre de grandir avec un peu d’insouciance. Mais, en France, écoute-t-on les enfants? Leur parle-t-on aussi d’un ton égal, essaye-t-on de les convaincre aussi, et pas seulement en leur hurlant dessus?

Enseigner aux enfants la crainte, la menace et l’obéissance est un cocktail dangereux qui donne des adultes frileux, terrorisés et incapables d’exprimer une idée. Leur faire croire en permanence qu’une personne supérieure à la réponse à tous les problèmes les briment et les rend bêtes. En tout cas, c’est ce que j’ai l’impression de constater autour de moi.

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Allein!
Die Welt hat mich vergessen
Ich hänge rum!
Hab’s bei allen verschissen
Ich sitz’ zu Hause
Keine Lust zu gar nichts!
Ich fühl’ mich alt
Im Sumpf wie meine Omi:
Ich schalt’ die Glotze an
Die Daltons Waltons, everyone
Ich glotz’ von Ost nach West, 2, 5, 4
Ich kann mich doch gar nicht entscheiden,
Ist alles so schön bunt hier!
Ich glotz’ TV (sie glotzt TV)
Ich glotz’ TV (sie glotzt TV)
Wau!
Ich bin so tot!
War das nun schon mein Leben?
Meine schöne Phantasie!!
Meine Schaltstellen sind hinüber
Ich schalt’ die Glotze an
Happiness, Flutsch-Flutsch! Fun fun!
Ich glotz’ von Ost nach West 2, 5, 4
Ich kann mich gar nicht entscheiden,
Ist alles so schön bunt hier!
Ich glotz’ TV (sie glotzt TV)
Ich glotz’ TV (sie glotzt TV)
Yeah!
Ich krieg’ne Meise weil
Na, ich fass’ kein Buch mehr an
Literatur?? Kotz kotz uuuuaah!
Da wird mir übel
Und die Arztromane hab’ ich mit zwölf hinter mich gebracht
Mann, bin ich belesen!! Ej!
Und die Erfrischungswaffeln sind ausgelaufen, würgwürg Nürck
Und diese Scheissschokolade macht einen fetter und fetter
Und fetter und fetter und ach!
Ich schalt’ die Glotze an
Happiness, Flutsch-Flutsch! Fun fun!
Ich glotz’ von Ost nach West, 2, 5, 4
Ich kann mich doch gar nicht entscheiden,
Ist alles so schön bunt hier!
Ich glotz’ TV (usw)
TV TV TV TV ist eine Droge
TV macht süchtig!
BOUOOUOOUOMMMMM!

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