Der Weg zur Ehrlichkeit

Bien sûr, il s’agit de nourrir la bête. De la gaver, chaque jour, pour répondre à l’ennui du lecteur, à la multitude du clic, aux couperets des heures pleines, « 7heures, levez-vous », « 20h éteignez votre cerveau ». A 20h, en général, je sors.

Les grandes fêtes parsèment encore l’année, symboles noyés dans l’activisme permanent. Aujourd’hui chaque jour doit être une fête, la routine combattue, l’ennui dissout dans l’abondance. Clic, clic, clic.

Cela ne changera pas, s’accélérera encore, pendant que les hamsters tourneront dans leur cage, grignotant les carottes pendues au-dessus de leur tête. Le réseau, comme un énorme tube digestif, avale, consomme, rejette tout ce qu’on peut y mettre.

Comme il faut bien alimenter la machine, rien ne changera, fondamentalement. Il y a aura toujours des gens sous des néons pour, toujours plus vite, toute la nuit, tous les jours, balancer les prêt-à-consommer dans la gueule ouverte.

Hâte d’être à Berlin pour prendre de nouvelles photos!

Mais à l’autre bout du tapis roulant, il y a aussi des gens. Ceux qui s’intéressent, ceux qui savent lire, ceux qui pensent. Ceux qui votent. Ceux qui consomment. Ce sont souvent les mêmes. Ils n’apparaissent qu’en ombre chinoise sur les tableaux statistiques, mais il sont bien là. Pour eux, il faut être là. Pour eux, il faut être honnête, faire bien son travail, être de fier de soi et du plat concocté avec soin qu’on lui servira. Peut-être même qu’il s’en souviendra.

Je n’ai pas quitté mon emploi parce que je n’aime pas mon travail ; je l’ai quitté parce que je l’adore. Parce qu’il me fait vivre et respirer, comme un bon plat me nourrit et une bonne lecture me rend plus ouverte. Parce qu’il est important, fondamental, et que j’ai une responsabilité en l’accomplissant du mieux possible. Si un lecteur, un auditeur, se retrouve un jour plus renseignée grâce à moi, je serai simplement heureuse.

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4 comments

  1. Pauline’s avatar

    Je me demande quand tu cesseras d’écrire des choses dont je pourrais dire qu’elles me concernent plus que tout autre. Serions- nous des doubles?!

    Je ne suis pas journaliste. Mais je prends mon travail suffisamment au sérieux pour vouloir le faire très bien, aller au-delà de ces choses qui ne sont que du mouvement. Je n’aime pas brasser des chiffres et des mots pour le principe de m’agiter. J’aime aller au fond des choses et lancer des idées qui répondent à un besoin réel. Ou bien juste faire les choses bien, prendre le temps de les construire et non pas faire tout à moitié, en prenant au final mes interlocuteurs directs pour des imbéciles auxquels je peux livrer une solution à peine ébauchée.

    Il paraît que la plupart des gens s’en accommodent et restent à leur poste, de 9h à 17h. Il paraît que c’est ça, le bon sens: écouter la folie du monde et la suivre à son rythme effréné. Seulement, c’est étrange, ça ne me convainc pas un instant. D’ailleurs les événements me donnent jusqu’ici amplement raison.

    Je suis sûre que cet article parlera à beaucoup de tes lecteurs. Den Kopf kannst Du weiter hoch haben!!!

  2. Anaïs’s avatar

    Opposer l’exigence de sens, de respect de l’autre et de soi, à notre métamorphose en « ressource humaine ».
    Prendre le temps d’observer, de penser et d’écrire, en résistance à l’appauvrissement de la matière mentale retweetée.
    Partager le réel, quand la virtualisation et l’accélération du monde éloignent de nous le goût des choses.
    La lutte se fait au mot à mot, c’est une bonne lutte. Je suis avec toi.

  3. pmo’s avatar

    Faire « correctement » son travail.
    Riche idée à laquelle je souscrit !

  4. Nath’s avatar

    Bonjour Caroline,
    Voilà bien longtemps que je lis votre blog, je vous ai déjà laissé un commentaire mais sous un pseudo (je suis timide :p) que j’ai oublié (j’ai une mauvaise mémoire :p). Bon, je voulais vous dire encore une fois à quel point j’aime vous lire. Vos écrits « professionnels » m’intéressent beaucoup, et vos écrits « personnels » me touchent, à chaque fois. Ils m’aident, aussi, parce que cela fait du bien de lire quelqu’un qui ose dire ses doutes, ses tâtonnements. Ca fait du BIEN. En plus je devine pas mal de ténacité et d’humour. Quelqu’un d’humain, tout simplement :)
    Ne lâchez rien !

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