Sehr weit von hier

Les congratulations et les déçus se partagent le haut de l’affiche et jamais je ne me suis sentie aussi déconnectée du décor ambiant. Un tour sur le marché de Greenwich, deux heures de train, 20h dans les vapeurs immondes du métro, je suis rentrée chez moi sans même allumer la télé. Dans le Schleswig-Holstein le FDP a repris des couleurs, en Grèce c’est la cata électorale pour les partis de gouvernement, et ici – on s’en fout un peu.

ça tangue toujours un peu à Hong-Kong

Je me dis que c’est un manque de bol d’être né sur le Vieux continent. On se noie dans la crise financière, mais il faut bien regarder que le reste du monde va pas mal, merci pour lui. En Australie, la croissance a atteint 3,2% pour 2011. Le Nouveau monde nous taille des croupières, et on l’a bien cherché. L’Europe s’est reposé sur ses lauriers et sa supériorité antique et ne voit pas venir les bouleversements. Dans quelques décennies, les entreprises informatiques indiennes délocaliseront leur sous-traitance chez nous, et c’est nous qui partiront émigrer sur des terres lointaines pour trouver du travail. Vous ne me croyez pas? Qui d’entre nous aurait parié il y a quarante ans que c’est le Qatar qui viendrait racheter nos télés et des clubs de foot, et qu’on attendrait dans les banlieues son argent comme la manne divine?

It’s soon over, guys.

Alors oui, on peut se regarder le nombril et s’enthousiasmer ou se désespérer des résultats tombés des urnes, mais cela ne changera pas rien pour personne. La réalité c’est que la France ne représente plus rien, que Paris se délabre -c’est frappant en arrivant à la Gare du Nord et en prenant le métro. J’ai honte de penser que c’est la seule chose du pays de mes ancêtres que les touristes voient, entre les brasseries hors-de-prix aux salades indigentes, la façade crasseuse d’églises qui s’écroulent, les horribles conducteurs de scooters qui manquent de vous renverser en fonçant sur les trottoirs. Oui, le pain est bon et le TGV roule vite. Mais comme je n’ai pas de mec qui bosse à la SNCF, j’évite de partir en week end car je n’en ai plus les moyens. Je ne comprends rien de ce qui se passe et ne sais pas ce qui pourrait arriver dans ce pays qui vit à crédit, fermé à l’initiative et qui attend passivement qu’on lui roule dessus.

Je vais peut-être retourner me coucher.

4 comments

  1. fabrice’s avatar

    Et encore, nous n’aurions pas tenu aussi longtemps si on n’avait pas pillé les richesses des pays « émergeants » pendant des siècles

  2. Le Parisien Liberal’s avatar

    La France est peut etre finie, mais les français ?
    Il y a un truc qu’on refuse d’admettre dans ce pays, c’est que la « communauté de destin », c’est fini !
    Et ceci sera tout aussi vrai en Asie, quand leur phase nationaliste se terminera (et ca n’est pas gagné).
    Partout dans le monde, il y a des opportunités, et des individus qui auront le talent ou la chance de s’en saisir pour en tirer profit.

    Enfin, que le reste de la planète se développe, c’est normal et même souhaitable. C’est sur que de voir progresser de manière relative ou absolue la pauvreté chez nous n’a rien de réjouissant, mais, à terme, quand le capital sera équitablement réparti sur terre, il n’y aura aucune raison qu’un ouvrier soit payé de manière différente à Caen ou à Canton, puisque pour les travailleurs les plus mobiles (traders, footballeurs, informaticiens), il y a déjà un prix mondial.

  3. Le Parisien Liberal’s avatar

    je suis d’accord avec Fabrice. Aucun dirigeant occidental n’est pret à admettre de manière publique qu’il faudra de plus en plus de guerres d’Irak pour maintenir non pas notre niveau de vie mais notre style de vie, en Occident.

  4. Pauline’s avatar

    Je pense que tu résumes bien les choses. Y compris -et comme tout le monde- dans cette façon catastrophiste de le décrire. Je commence à croire que le problème vient en grande partie de notre délectation à voir les choses se délabrer, moi la première. Pourquoi a-t-on pris ce pli de voir le verre à moitié vide et de continuer à l’assécher? Veut-on vraiment les reconstruire, ces bâtiments en ruine?

    On se lamente et on cherche les raisons de nos échecs là où elles ne sont pas. De droite ou de gauche, des politiques datant de penseurs d’hier ne peuvent pas répondre à des problèmes d’aujourd’hui. Le plus simple serait d’arrêter de vouloir tout justifier à partir de références usées et de se concentrer sur l’avenir.

    La solution mettra de fait des années à sortir de ce marasme. Cela ne veut pas dire qu’on doit se mettre tous à pleurer et plier bagage. Certains, peut-être beaucoup, le feront, et tant mieux pour eux. Mais je ne veux plus regarder l’endroit où je vis avec des yeux condescendants. Il n’y a pas de fatalité ni de destin en développement et en croissance: juste des hommes qui veulent faire le nécessaire ou non.

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