Out of me

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Etwas stolz

Finalement il était logique que le comité norvégien ait accordé le prix Nobel de la Paix à l’Union Européenne. J’avoue, j’ai ressenti une certaine fierté à ce qu’on reconnaisse l’engagement dans cette voie des peuples qui essayent de vivre ensemble. Bien sûr l’Europe ne marche pas bien, elle tousse et elle cahote, on ne sait jamais ce qu’on a le droit ou pas de faire. Mais si j’ai pu passer presque dix années, par petits bouts, en Allemagne, c’est parce que l’Europe existe. Je ne me suis jamais sentie immigrée ou intruse, j’ai pu y faire des études, y travailler, j’y avais ma place. Sans Erasmus et les programmes d’échange, sans la carte européenne d’assurance maladie, sans les petites choses mises en place dans l’Union, cela aurait été impossible.

Alors oui, on peut être fière de cette réalisation qui fait que mes amis d’Europe de l’Est et mon ancienne coloc du pays basque pouvaient vivre ensemble sans problème, ouvrir un compte et habiter dans une ville symbole de la paix et de l’union. Ce matin je collais dans mon cahier mes recettes de Ochterlamala, Baeckeoffe et Kougelhopf, mes racines alsaciennes avec lesquels j’ai parfois tant de mal, mais qui rappellent aussi ce que pourraient être l’Europe sans la paix.

Il faut se réjouir d’y vivre.

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Les congratulations et les déçus se partagent le haut de l’affiche et jamais je ne me suis sentie aussi déconnectée du décor ambiant. Un tour sur le marché de Greenwich, deux heures de train, 20h dans les vapeurs immondes du métro, je suis rentrée chez moi sans même allumer la télé. Dans le Schleswig-Holstein le FDP a repris des couleurs, en Grèce c’est la cata électorale pour les partis de gouvernement, et ici – on s’en fout un peu.

ça tangue toujours un peu à Hong-Kong

Je me dis que c’est un manque de bol d’être né sur le Vieux continent. On se noie dans la crise financière, mais il faut bien regarder que le reste du monde va pas mal, merci pour lui. En Australie, la croissance a atteint 3,2% pour 2011. Le Nouveau monde nous taille des croupières, et on l’a bien cherché. L’Europe s’est reposé sur ses lauriers et sa supériorité antique et ne voit pas venir les bouleversements. Dans quelques décennies, les entreprises informatiques indiennes délocaliseront leur sous-traitance chez nous, et c’est nous qui partiront émigrer sur des terres lointaines pour trouver du travail. Vous ne me croyez pas? Qui d’entre nous aurait parié il y a quarante ans que c’est le Qatar qui viendrait racheter nos télés et des clubs de foot, et qu’on attendrait dans les banlieues son argent comme la manne divine?

It’s soon over, guys.

Alors oui, on peut se regarder le nombril et s’enthousiasmer ou se désespérer des résultats tombés des urnes, mais cela ne changera pas rien pour personne. La réalité c’est que la France ne représente plus rien, que Paris se délabre -c’est frappant en arrivant à la Gare du Nord et en prenant le métro. J’ai honte de penser que c’est la seule chose du pays de mes ancêtres que les touristes voient, entre les brasseries hors-de-prix aux salades indigentes, la façade crasseuse d’églises qui s’écroulent, les horribles conducteurs de scooters qui manquent de vous renverser en fonçant sur les trottoirs. Oui, le pain est bon et le TGV roule vite. Mais comme je n’ai pas de mec qui bosse à la SNCF, j’évite de partir en week end car je n’en ai plus les moyens. Je ne comprends rien de ce qui se passe et ne sais pas ce qui pourrait arriver dans ce pays qui vit à crédit, fermé à l’initiative et qui attend passivement qu’on lui roule dessus.

Je vais peut-être retourner me coucher.

Bien sûr, il s’agit de nourrir la bête. De la gaver, chaque jour, pour répondre à l’ennui du lecteur, à la multitude du clic, aux couperets des heures pleines, « 7heures, levez-vous », « 20h éteignez votre cerveau ». A 20h, en général, je sors.

Les grandes fêtes parsèment encore l’année, symboles noyés dans l’activisme permanent. Aujourd’hui chaque jour doit être une fête, la routine combattue, l’ennui dissout dans l’abondance. Clic, clic, clic.

Cela ne changera pas, s’accélérera encore, pendant que les hamsters tourneront dans leur cage, grignotant les carottes pendues au-dessus de leur tête. Le réseau, comme un énorme tube digestif, avale, consomme, rejette tout ce qu’on peut y mettre.

Comme il faut bien alimenter la machine, rien ne changera, fondamentalement. Il y a aura toujours des gens sous des néons pour, toujours plus vite, toute la nuit, tous les jours, balancer les prêt-à-consommer dans la gueule ouverte.

Hâte d’être à Berlin pour prendre de nouvelles photos!

Mais à l’autre bout du tapis roulant, il y a aussi des gens. Ceux qui s’intéressent, ceux qui savent lire, ceux qui pensent. Ceux qui votent. Ceux qui consomment. Ce sont souvent les mêmes. Ils n’apparaissent qu’en ombre chinoise sur les tableaux statistiques, mais il sont bien là. Pour eux, il faut être là. Pour eux, il faut être honnête, faire bien son travail, être de fier de soi et du plat concocté avec soin qu’on lui servira. Peut-être même qu’il s’en souviendra.

Je n’ai pas quitté mon emploi parce que je n’aime pas mon travail ; je l’ai quitté parce que je l’adore. Parce qu’il me fait vivre et respirer, comme un bon plat me nourrit et une bonne lecture me rend plus ouverte. Parce qu’il est important, fondamental, et que j’ai une responsabilité en l’accomplissant du mieux possible. Si un lecteur, un auditeur, se retrouve un jour plus renseignée grâce à moi, je serai simplement heureuse.

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C’est un mot qu’on utiliserait jamais en français: « aliénation ». Cela à une sonorité bizarre et rappelle la folie. L’Entfremdung, par contre, est claire comme de l’eau de roche. Les choses les plus proches nous apparaissent distantes, peu à peu on s’éloigne, on ne comprend plus, on a changé et l’on devient étranger à son entourage, à ses amis, à son passé.

Depuis que je suis arrivée à Paris, j’ai beaucoup perdu. Le temps d’abord, puis des amis dont je me suis définitivement éloignée, et bientôt le fil sera rompu. Mon métier m’est devenu un étranger aussi, je le ne comprends pas et ne m’y intéresse plus. Les débats autour de moi ne me touchent pas, et mon pays n’est plus vraiment le mien. Je ne l’aime pas tel qu’il est.

En Allemagne j’avais le statut d’expatriée: on a l’avantage énorme de voir ce qui s’y passe de l’extérieur, sans prendre parti. Je fais exactement la même chose ici.

Je regardais toute à l’heure la vidéo du Spiegel sur ceux qui sautent le pas et décident de devenir allemands. C’est douloureux d’acquérir une nouvelle identité, même si elle ne change rien sur le fond. C’est dur de disparaître.

Mais parfois, il faut laisser couler.

C’est beau Berlin, non?

PS: je tiens à présenter mes excuses au lecteur désorienté par la faiblesse de mes propos et l’indigence de mon écriture. Depuis que je n’écris plus, j’ai perdu le pli de la formule percutante et de l’idée originale. Retour au plus vite à la normale, j’y travaille d’arrache-casse-pied.

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Allein!
Die Welt hat mich vergessen
Ich hänge rum!
Hab’s bei allen verschissen
Ich sitz’ zu Hause
Keine Lust zu gar nichts!
Ich fühl’ mich alt
Im Sumpf wie meine Omi:
Ich schalt’ die Glotze an
Die Daltons Waltons, everyone
Ich glotz’ von Ost nach West, 2, 5, 4
Ich kann mich doch gar nicht entscheiden,
Ist alles so schön bunt hier!
Ich glotz’ TV (sie glotzt TV)
Ich glotz’ TV (sie glotzt TV)
Wau!
Ich bin so tot!
War das nun schon mein Leben?
Meine schöne Phantasie!!
Meine Schaltstellen sind hinüber
Ich schalt’ die Glotze an
Happiness, Flutsch-Flutsch! Fun fun!
Ich glotz’ von Ost nach West 2, 5, 4
Ich kann mich gar nicht entscheiden,
Ist alles so schön bunt hier!
Ich glotz’ TV (sie glotzt TV)
Ich glotz’ TV (sie glotzt TV)
Yeah!
Ich krieg’ne Meise weil
Na, ich fass’ kein Buch mehr an
Literatur?? Kotz kotz uuuuaah!
Da wird mir übel
Und die Arztromane hab’ ich mit zwölf hinter mich gebracht
Mann, bin ich belesen!! Ej!
Und die Erfrischungswaffeln sind ausgelaufen, würgwürg Nürck
Und diese Scheissschokolade macht einen fetter und fetter
Und fetter und fetter und ach!
Ich schalt’ die Glotze an
Happiness, Flutsch-Flutsch! Fun fun!
Ich glotz’ von Ost nach West, 2, 5, 4
Ich kann mich doch gar nicht entscheiden,
Ist alles so schön bunt hier!
Ich glotz’ TV (usw)
TV TV TV TV ist eine Droge
TV macht süchtig!
BOUOOUOOUOMMMMM!

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Wirbel

On fait tous des erreurs, ce qui est dur c’est 1/de les voir 2/de ne pas les refaire. Je commence à comprendre pourquoi les expatriés sont une catégorie qui revient pour repartir. Il y a quelque chose qui se rapproche de la fuite en avant dans ce phénomène.

Moi par exemple, je suis en train de lister mes erreurs, et elles sont nombreuses. J’ai cru que le temps suffisait à effacer les problèmes. Erreur de pensée magique! Ce n’est pas parce qu’on quitte sa cuisine en bordel pendant trois jours qu’à votre retour elle sera rangée. Alors imaginez que vous avez oublié le bac à légumes pendant neuf ans, je ne vous raconte pas la vie moléculaire qui s’est développée en votre absence.

Vatican, mars 2011

J’avais aussi complètement zappé le fait que les insatisfactions une fois tous les deux mois étaient bien plus dures à assumer quand elles se présentaient deux fois par semaine. J’ai bien compris que je gave tout le monde. Je n’ose pas appeler les gens, car j’ai peur de déranger. A Berlin, je connaissais le rythme de vie mou des gens, ici à Paris j’ai l’impression que tout le monde est perpétuellement occupé. La vie va vite et très lentement, il faut prendre rendez-vous trois semaines à l’avance pour aller dîner, ça me décourage quand j’ai juste une soirée de libre à occuper.

Bref, j’ai l’impression d’être une verrue disgracieuse. D’usurper ma place au bureau. De devoir repartir vite.

Mais le problème désormais c’est qu’il faut bien réparer le bordel que j’ai mis à découvert. Je pensais que le travail serait la partie la plus terrifiante à Paris. Bizarrement, c’est celle qui se passe le plus simplement. Peut-être parce que c’est l’unique domaine de ma vie dans lequel j’ai confiance en moi. Pour le reste, j’ai l’impression de tout brûler sur mon passage, d’être un monstre horrible et épouvantable, un repoussoir dégoûtant. J’ai vraiment du mal à trouver un rythme, une vie organisée, des repères dans cette ville qui, elle, est terrifiante. Ce serait bien que je règle cela, que je n’en parle pas, que je ne me plaigne plus jamais, jamais, jamais.

Je ne sais pas quelle est la posture à adopter. Je suis un peu perdue. Qu’on ne m’en veuille pas.

Ah ah ah il suffit que j’écrive ce message pour avoir trois choses prévues ce soir. Finalement c’est partout pareil.

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Sincèrement, je crois que je ne vais pas y arriver. Je le dis sans amertume, sans regret. Cela fait 5 mois que je tente l’affaire, je regarde, je peux comparer avec les cartes en main. Et je peux dire: je n’ai même pas envie d’y arriver. Honnêtement, j’ai de bonnes raisons de prendre tout cela désormais par dessus la jambe, vu qu’ici rien n’est sérieux:

J’ai envie de rigoler. Pour dire la vérité, je me suis arrêtée par habitude devant la vitrine, ai vu l’affiche, suis repartie. 50m plus loin, j’ai réalisé l’énOrmité de la chose, et je me suis dit que cela vous ferai rire aussi. Au cas où quelqu’un aurait un doute, j’habite dans un quartier pauvre.

La vérité est que je ne supporte plus tout cela. Un fossé très large est creusé entre moi et ceux qui ne sont pas partis. Je suis un peu désolée mais n’ai pas le courage de m’en préoccuper vraiment. J’ai mis 10 jours à réaliser qu’une ancienne amie très chère ne m’a pas souhaité mon anniversaire. C’est la vie, et la preuve qui me manquait qu’il n’y a pas de retour en arrière.

Peut-être bien que je me suis trompée, que j’ai cru que je pouvais me fondre dans la masse en faisant abstraction des années passées ailleurs. En fait, non. On ne peut pas jeter aux orties les années qui nous ont construites. C’est plutôt très très rassurant. Je suis une expatriée, et cela n’est pas près de changer. J’ai l’impression d’être ici en transit. Je suis contente d’être passée par là, je me sens moins bête -et plus sûre de mes choix.

ça aussi c’est une vision rassurante, non?

Il est difficile de dire ce qu’il va se passer désormais, dans les quelques semaines qui arrivent. Il me semble que, sauf événements improbables comme une augmentation de 30% de mon salaire, une arrivée de prince charmant sur un métro volant et la découverte de l’appart parfait, je ne suis pas prête à me sacrifier pour rester ici. Bien entendu, on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise.

Saviez-vous que, depuis que je suis à Paris, j’ai tout le temps faim? La taille moyenne de confection des femmes de l’entreprise étant le 34, je me sens en faute quand je prends une soupe PLUS un sandwich. Les pubs nous enjoignent « à  surtout ne pas céder », c’est vrai quoi, vivre à Paris et profiter d’une pâtisserie, c’est péché. N’ayant plus le temps de cuisiner, je mange des choses au vol, je n’ai pas le temps de marcher en ville, si je ne fais pas attention, vissée sur ma chaise, je risque l’obésité en ne rentrant plus dans mes pantalons en 36.

Evidemment ce genre de révélation n’a rien à voir avec l’installation de la télé allemande dans mon grenier. Vendredi soir, j’ai regardé le télé-crochet Comedy Central et j’ai applaudi quand Markus Krebs* a gagné. Le bouquet gratuit prend fin au 1er janvier, il faudra qu’une décision soit prise d’ici là. C’est dire si je suis en plein processus de réadaptation.

*Ce Ruhrois (?) est très drôle et réalise le tour de force de raconter des blagues en riant, et sans être vulgaire.

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