Berlin

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Petite visite à un salon de l’emploi franco-allemand. Les organisateurs étaient ravis, les candidats faisaient la queue pendant de longues minutes pour s’entretenir avec les recruteurs. Venue mollement voir les profils recherchés, je suis repartie avec de la matière pour un article: pourquoi les gens veulent-ils partir à ce point? Je trouvais l’affluence un peu flippante. Et à mon grand désespoir, il y a BEAUCOUP de gens qui parlent le français et l’allemand. A suivre.

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Un peu de lecture en ce moment. Pas forcément la plus réjouissante mais importante, à un moment où on a le temps, de se confronter à cette période. Avec cette question lancinante: saurais-je aujourd’hui faire la différence du bien et du mal au milieu des cache-misère de la novlangue? Les Scholl ont été tué, dit Arendt, pour avoir traité Hitler de « meurtrier de masse ». Présenté comme le « résolveur du problème juif », ils auraient été décorés. Qu’est-ce qu’être humain? Ces livres donnent des exemples à défaut de réponse.

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Mardi Hollande va voir Merkel. Je parie sur le baiser du scorpion: elle sortira une vacherie dès qu’il sera monté dans l’avion. Qui veut parier?

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Heureusement il y a des choses qui ne changent pas. Go Frühling!

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C’est un mot qu’on utiliserait jamais en français: « aliénation ». Cela à une sonorité bizarre et rappelle la folie. L’Entfremdung, par contre, est claire comme de l’eau de roche. Les choses les plus proches nous apparaissent distantes, peu à peu on s’éloigne, on ne comprend plus, on a changé et l’on devient étranger à son entourage, à ses amis, à son passé.

Depuis que je suis arrivée à Paris, j’ai beaucoup perdu. Le temps d’abord, puis des amis dont je me suis définitivement éloignée, et bientôt le fil sera rompu. Mon métier m’est devenu un étranger aussi, je le ne comprends pas et ne m’y intéresse plus. Les débats autour de moi ne me touchent pas, et mon pays n’est plus vraiment le mien. Je ne l’aime pas tel qu’il est.

En Allemagne j’avais le statut d’expatriée: on a l’avantage énorme de voir ce qui s’y passe de l’extérieur, sans prendre parti. Je fais exactement la même chose ici.

Je regardais toute à l’heure la vidéo du Spiegel sur ceux qui sautent le pas et décident de devenir allemands. C’est douloureux d’acquérir une nouvelle identité, même si elle ne change rien sur le fond. C’est dur de disparaître.

Mais parfois, il faut laisser couler.

C’est beau Berlin, non?

PS: je tiens à présenter mes excuses au lecteur désorienté par la faiblesse de mes propos et l’indigence de mon écriture. Depuis que je n’écris plus, j’ai perdu le pli de la formule percutante et de l’idée originale. Retour au plus vite à la normale, j’y travaille d’arrache-casse-pied.

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Durchbruch

Je l’ai appelé parce que j’étais énervée. Pourtant je le connais à peine, mais il était temps de lui dire ce qu’on fait dans son dos. On a discuté, des deux côtés du Rhin. La réponse que j’attendais depuis des semaines est venue d’elle-même, évidente et simple, je l’ai formulée sans même y réfléchir.

Quelques minutes plus tard, un coup de fil inattendu me montrait que j’étais enfin sur la bonne piste. Quel détour étonnant ! Mais c’est parfois en prenant les voies de traverse qu’on peut, sur une butte inconnue, avoir enfin une vue d’ensemble de la situation.

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Schicksal

C’était un anniversaire où je ne voulais pas aller. Dans un grenier. A Chartres. Quelle idée de fêter un anniversaire à Chartres.

Finalement je n’ai pas vu la cathédrale, mais on a fait une visite à l’hôpital. J’ai cuisiné des pâtes. On a fait un billard. Je portais un t-shirt noir.

Ma vie avait changé définitivement, mais je ne le savais pas encore. Quelques centaines d’euros de téléphone plus tard, des milliers de kilomètres en train plus loin, j’étais aspirée. La Jever, les moutons, la mer du nord, le plattdeutsch, dix ans plus tard cela me fait toujours un pincement au coeur. Deutschland, Liebesland, cela n’a pas bougé.

Je ne savais pas que ce corail pour Chartres m’enverrait à Berlin, et que jamais je ne rentrerai. C’était une Fahrkarte ohne Rückkehr.

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Suis en train de regarder un concert live restransmis du Lido de Berlin sur le Spiegel online.
Je ne ne sais pas si je dois me réjouir de la prouesse technique d’être à Berlin sans y être, ou de m’affliger de faire semblant d’y être.

Oh Gott, c’est pas fini cette histoire…

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Schokocreme

S’il y a bien une chose que j’ai apprise à Berlin, c’est qu’on fait tous des erreurs. Vivre dans une autre langue et dans un autre pays vous fait revoir votre égo à la baisse. Même quand on croit qu’on sait, on ne sait rien: regardez, je pensais pourtant que Wulff ne ferait pas de vieux os à Bellevue ; et bien le bougre y est encore.

Mais il y a des erreurs qui font plus de mal, c’est quand on se trompe sur soi-même. J’étais convaincue d’être la mieux placée pour un job auquel j’avais postulé, le refus ce soir est dur à encaisser. C’est sans doute pour le mieux, et je n’y peux rien, car j’ai été la plus honnête possible. Malgré tout je suis un peu sonnée.

Le problème c’est que c’est la dernière d’une longue série d’erreurs et de mauvaises décisions. J’ai cru que j’apprécierai de vivre à Paris, et bien ce n’est pas le cas. J’ai cru que je me ferai à mon boulot et à ma vie d’enchaînée, mais en fait non. J’ai cru que je supporterai de vivre là où je suis, et que les conditions s’amélioreraient: je m’apprête à rentrer chez mes parents.

Pour la première fois de ma vie, j’ai envie d’abandonner. Je rêve de déposer mes affaires dans une maison de campagne et de me réveiller le matin avec le chant des oiseaux. Au bureau, j’ai des réflexions de discipline, car il faut faire des efforts que je n’ai plus la force de faire. Plus la force d’être seule. Plus envie d’essayer et de faire semblant. Je pérore comme un vieux disque, je me suis trompé sur mes capacités, mes amitiés, mon travail et mes envies. Je suis allée à l’encontre de moi et aujourd’hui, j’ai juste envie de dormir.

Et pour ceux qui s’intéresseraient au titre, c’est parce qu’on sait bien que seuls les imbéciles ne changent pas d’avis…

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«Are you a couch surfer too?», demanda la jeune fille pendant qu’on nettoyait les restes d’une party de premier janvier. «Me? Nooo», répondais-je avant de me reprendre: «Well, actually I am! Sleeping on friends sofas for a week!».

Et c’est le miracle berlinois une nouvelle fois. On se retrouve à deux heures du matin en train de remettre une tétine dans la bouche d’un bébé pleurant, réveillée à 8h par une troupe de joyeuses petites filles qui veulent une histoire, perdue dans une bulle velue au fond d’un musée, mangeant éthiopien pour leur Noël avec les doigts, parlant latin chez l’italien, anglais avec une Américaine mariée à un Tchèque, allemand avec un apprenti réalisateur, achetant des livres à un neurobiologiste, finissant un gilet pour un bébé-ours, s’essayant à l’accordéon, dormant pas assez ou trop longtemps, demandant à Wulff de partir sous la pluie, croisant une amie les pieds dans l’eau, posant pour le journal ou lisant dans un appartement trop grand.

Cette ville est grise, triste, calme et vide. Elle est folle, géniale, mystérieuse, secrète. Elle est pauvre et riche, prussienne et internationale, touristique et inquiétante, nazie et jugendstil. On l’aime et on veut partir, on veut rester et on ne peut pas. Elle est surtout pleine de gens extraordinaires et qui sont mes amis, et c’est la meilleure chose du monde.

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La scène se passe au retour de l’école. La conductrice a déjà calé sept fois, fait trois fois le tour du pâté de maison à cause des travaux, les mioches avalent les chewing-gum pour tromper leur faim. Tiens, si on chantait pendant que je cherche où est la deuxième vitesse? Frère Jacques? Va pour Frère Jacques. « Non, tu chantes pas comme il faut », dit l’aînée, qui décide d’instruire les occupants de la voiture:

Frère Jacques
Alte Kack
Dormez-vous
Blöde Kuh
Sonnez les mâtines
Alte Waschmachine
Ding deng dong
Arsch Bonbon

Et maintenant on chante en canon!

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De nouveau tu fais la queue à un autre guichet. Tu exposes ton problème «quelqu’un qui s’appelle comme moi est déjà inscrite». «Vous avez étudié à la Humboldt? Alors vous êtes déjà dans le système, il faut remplir la fiche verte d’abord».

Une fiche et une nouvelle queue plus tard (je t’ai déjà dit que le Berlinois n’était jamais pressé?), te voilà devant un monsieur. C’est l’étape décisive, tu le sens, tu sers convulsivement la pochette d’ordinateur qui joue très bien le rôle de doudou, tu respires un grand coup avant de parler. «Vous avez votre Anmeldungsbescheinigung?», te demande le monsieur avec un accent de l’est de la Mer Morte. Déjà tu te réjouies que ce soit un étranger, d’expérience tu as gagné cinq minutes de palabres. «Non, mais mon adresse est écrite sur mon passeport» (à ce moment là tu te remercies intérieurement d’avoir refait un passeport cinq ans auparavant à l’ambassade de France de la Pariser Platz). Le monsieur étranger il connaît la valeur du passeport, il la chérit, et il te dit «C’est ok, je ne savais pas que les adresses pouvaient être inscrites sur les pièces d’identité, c’est bien ça suffira». Deux petites gribouillis plus tard, gratuitement en plus, tu récupères une carte de bibliothèque.

Comment décrire, lecteur, la vague de joie qui alors envahit la narratrice. Ivre de bonheur, serrant le bout de plastique blanc dans sa main, tu entends des applaudissements dans ta tête. Tu as brisé les chaînes de l’enfermement, tu te sens invincible. Tu as vaincu le système. Tu as ta pochette d’ordinateur dans une main, ton sac transparent dans l’autre. Tu es fière, tu as vengé des générations d’étudiants Erasmus et de chercheurs étrangers, tu as enfin gagné contre les Allemands.

-FIN-

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Tes stylos tentent de se faire la malle, le guichet est à droite, tu vas réussir à passer les portes à fédaïne… «Non, vous, vous rentrez pas». Evidemment c’est bien à toi qu’on s’adresse. Cerbère a changé d’apparence en neuf ans, mais est toujours fidèle au poste. «Les pochettes d’ordinateur sont interdites.» Ah ok, mais si je puis me permettre cher Cerbère, pourquoi? «Parce que ce n’est pas autorisé». Certes, mais pour quelles raisons? «Parce que c’est interdit». On va pouvoir continuer longtemps comme cela, je le sens. «Il faut la remettre dans vos affaires au sous-sol». Non, désolée, je n’irai pas au sous-sol. «Alors vous passerez pas».

Là se passe un truc marrant, lecteur. Neuf ans ont passé, et ton narrateur, ou narratrice, là, elle parle allemand, elle a vieilli, pour la première fois elle n’a plus peur de Cerbère (merci JPII). «C’est une pochette crochetée par mes soins, je ne comprends pas pourquoi elle est interdite, je ne sais même pas si je vais pouvoir m’inscrire, je n’irai pas la déposer en bas.» Cerbère commence à grogner, c’est le problème des gros chiens. «Tenez, on va dire que c’est mon bonnet, c’est en laine ça ressemble à un bonnet, j’ai froid, je peux passer avec un bonnet», dit la narratrice soudain coiffée d’une pochette d’ordinateur en crochet blanc. Cerbère commence à montrer les dents.

L’objet du délit

J’attrape un sac en plastique avant que mes stylos s’écrabouillent, et je change de côté. Je passe à la sécurité, où je demande à la gardienne si elle peut me garder mon bout de laine pendant que j’essaye de m’inscrire. «Mais on va dire que c’est une écharpe, non?», me glisse la dame en habit bleu. Et là, lecteur, pleine de fierté comme si j’avais traversé le Rhin à la nage, sous les yeux de Cerbère soudain impuissant, je suis passée de l’autre côté. (A suivre)

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Il est grand et plutôt bel homme, Christian Wulff. Avec son sourire de carnassier et ses lunettes sérieuses, il représente à la perfection l’homme politique allemand. Il ne ressemble à rien ou à tout le monde, il pourrait être prof à la fac, banquier central ou exportateur de machine-outil. Surtout, il a Bettina, l’immense, jeune et blonde Bettina, ancienne journaliste paraît-il, qui a l’air tellement en bonne santé qu’à eux deux ils auraient pu servir de modèle de famille aryenne. En vrai ils font peut-être un peu peur, les Wulff, avec leurs sourires ultra-Bright et leur 1m90.

Elu au poste honorifique de président de la république fédérale allemande en 2010, Christian Wulff n’est pas né d’avant-hier. Il a auparavant dirigé la Basse-Saxe, un des états les plus grands d’Allemagne et qui a surtout la particularité d’abriter une pépite: c’est le siège de Volkswagen, dont la Basse-Saxe possède 20% des actions et un droit de blocage en cas de vente du capital. Le ministre-président du Land possède donc un pouvoir économique non négligeable et connaît tout le monde, et au-delà.

Cette proximité engendre beaucoup de tentation. Alors qu’il s’était fait surclassé lors d’un voyage privé en avion, le parlement de Basse-Saxe s’était ému, et avait demandé s’il y avait eu favoritisme. Non non non, avait rétorqué Wulff, qui s’était retrouvé sur le grill: au fait, d’où vient l’argent pour votre maison? Avez-vous bénéficié d’un prêt préférentiel de la part de l’industriel Egon Geerkens? Non non non, répondit encore une fois Wulff, c’est sa femme Edith qui m’a prêté 500.000 euros pour que j’achète ma maison. Et c’est à elle que je rembourse.

Wulff se fait élire président, emménage à Berlin devant le Tiergarten, et s’amuse à manger la soupe sur la tête des autres chefs d’Etat. Une année passe.

Les Wulff avec le prince héritier Naruhito du Japon

Le 12 décembre 2011, la Bild Zeitung publie alors un article sur le fait que Wulff aurait menti lors de l’interrogatoire de 2010. L’argent proviendrait bien de l’industriel Egon Geerkens, ce qui fait peser des soupçons de favoritisme sur le politicien.

Le Spiegel ne reste pas de marbre, et publie une interview d’Egon Geerkens, qui reconnaît avoir cherché un moyen de prêter les sous au grand homme. Une liste des vacances passées tout frais payés dans les maisons de riches industriels entre 2003 et 2010 apparaît alors. On est juste avant Noël et Wulff ne dit pas grand chose. On découvre aussi que d’autres amis industriels ont payé des petites choses, une campagne de pub pour un bouquin par exemple. Le 21 décembre, Wulff fait savoir qu’il a transformé le crédit privé et préférentiel de Edith Geerkens en crédit de courte durée à la BW, une filiale de la LandesBank Baden-Wurtemberg, pour un taux de 2,1%, puis en crédit sur 15 ans au taux de 3,62%.

Noël passe. Wulff part en vacances, visiblement il aime bien ça, les vacances. Lors de son message de la Nouvelle Année, il n’a rien dit du tout sur ce qui devient lentement mais sûrement la Causa Wulff.

Mais le 2 janvier, on apprend que Christian Wulff, parfois, est très bavard! Le 11 décembre, il a ainsi laissé un long message vocal sur le portable de Kai Dickmann, le rédacteur en chef de la Bild Zeitung. Il lui aurait promis un certain nombre de cadeaux de Noël si la Bild publiait l’article sur son crédit: entre autres choses, des poursuites judiciaires méchantes et plein de petites menaces diverses et variées.

Je me sens obligée de souligner l’énormité de la chose: le président de la République allemande a laissé un message vocal de menaces au rédac chef du plus grand tabloïd du pays. Un président. Un message. Des menaces. Un tabloïd.

C’est moi ou il est vraiment con, ce mec?

Il semble désormais impossible que Wulff reste président. Son poste est certes honorifique, mais cela suppose justement d’être digne de l’honneur qui lui est fait. En général, les présidents sont des hommes âgés à la carrière irréprochable et qui représentent la morale allemande. Les commentateurs s’accordent à dire que Wulff ne remplit visiblement pas les critères de probité indispensable pour le job. En plus, il est affreusement maladroit: au lieu de s’excuser, il a viré son fidèle porte-parole, comme si tout cela n’était qu’une histoire de com’ hasardeuse. Son premier crédit à 2% semble tellement avantageux que les autorités ont ouvert une enquête pour savoir comment il l’a obtenu.

C’est seulement ce soir à 20h15 que le président daignera s’exprimer dans une interview. D’après l’ARD, il n’a aucune envie de démissionner, ce qui en pratique va être quasiment impossible. Son prédécesseur Horst Köhler a quitté son poste pour beaucoup moins que ça, et Theo von Guttenberg a été poussé violemment hors du gouvernement uniquement pour une histoire de doctorat copié/collé. Certes, c’est pas bien, mais bon, par rapport à des soupçons de corruption, ça fait un peu cour d’école.

Celle qui décidera de toute façon sera la chancelière. Elle aussi se tait. Toute cette histoire est plus que néfaste pour elle : c’est elle qui avait porté Wulff à ce poste, elle qui avait soutenu Guttenberg. Il est sûr que ce sera aussi elle qui sifflera la fin de la partie.

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Le temps a passé et les études sont loin. Avec nostalgie tu vois s’élever le tout nouveau flambant neuf bâtiment de la bibliothèque de la Humboldt au fil de tes trajets en S-Bahn. Les photos de ses salles de travail te font de l’oeil dans les journaux, et tu sautes sur l’occasion de studieuses vacances berlinoises pour tenter ta chance. Instruit de tes expériences passées, tu as les poches pleines de liquide, un passeport valide, une carte de presse, et surtout aucun espoir sur le fait que tu pourras entrer dans le bâtiment.

Tu arrives à l’accueil où la dame te tends une feuille de renseignement. «Il faut d’abord que vous enfermiez vos affaires avec la mensakarte qui se trouve dans le lotto et à la machine et après vous allez aux ordinateurs et ensuite à gauche et vous remplissez les fiches et les formulaires…». C’est un coup de chance qu’en neuf ans ton allemand se soit amélioré, malgré tout tu as lâché l’affaire à «Mensa-», c’est normal il est midi et tu commences à avoir la dalle*.

Villa Medicis, Rome

Pas de machine à l’horizon, tu vas au tabac-Lotto en face. Le type ne vend pas de carte de Mensa mais il a des cadenas. Et oui, bien sûr, pour mettre tes affaires sous clé dans une bibilothèque universitaire rien ne vaut un cadenas. Tu retraverses la place, tu descends les escaliers, tu vas enfermer tes affaires sous clé, tu remontes et va, plein d’espoir, te planter derrière un ordi pour la première étape de l’inscription.

Et là, on te dit «qu’un utilisateur avec le même nom et la même date de naissance est déjà enregistré». Tu t’apprêtes à crier au vol d’identité, mais pour cela il faudrait déjà pouvoir rentrer.

*La Mensa est l’équivalent du resto U

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Tu es devenu fort habile à ce petit manège. Par coeur tu as appris le Hausordnung, le Leseordung, le Arbeitsornung, le Ordnungsordnung, tu veilles sur ton sac transparent comme sur un Vuitton et la machine à microfilm n’a plus de secret. Malgré tout le temps file, et recopier un manuscrit à la main c’est un peu long, donc avant ton retour dans ton pays tu décides de photocopier ce dont tu as besoin. 40 euros plus tard, ruiné (t’es toujours étudiant, hein) mais heureux, tu repars avec ta liasse de polycopiés que tu t’empresses de photocopier. Ton mémoire est encore au stade de la documentation, mais la moquette grisâtre de la bibliothèque et ses escaliers à la Escher sont définitivement derrière toi. Tu feras la suite de tes recherches à l’Institut historique allemand du Marais, qui en plus de t’offrir une vue sur un jardin sublime en plein coeur de Paris, est vide et propose les livres en libre accès.

Trouvé sur la notice de Wikipedia

Et pendant des années, tu ne mettras plus les pieds et les crayons dans une bibliothèque.

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Un jour il peut te passer par la tête l’idée saugrenue d’aller à la bibliothèque. Par exemple tu fais des études, on est en 2002, naïvement tu te dis, «tiens, pour mes recherches j’irais bien à la bibliothèque nationale avec le fond prussien où se trouve le manuscrit que je dois étudier». Tu t’engages dans un processus dont tu n’as pas saisi la profondeur désespérante, mais tu es jeune, tu es étudiante, tu as le temps.

Muni de ta plus belle carte d’étudiant, celle où tu as réussi à mettre une photo sans lunette et à cacher tes boutons, tu te présentes à l’accueil. Le cerbère s’amusera d’abord à te dépouiller de toute humanité: «Numéro d’étudiant – pièce d’identité – Anmeldungsbescheinigung», un souffle glacé te passe dans le dos alors que ton nom est remplacé par un matricule, tu en es presque à tendre le bras pour te faire tatouer. Puis il te demandera de te déshabiller, de te séparer de toutes tes possessions, d’arriver nu comme un nouveau-né avec seulement un sac en plastique transparent devant lui, tremblant et inquiet. C’est normalement à ce moment, alors que tes maigres biens sont sous-clé quatre étages en dessous qu’il te réclamera 25 euros pour l’inscription à l’année, payable seulement en liquide bien sûr, on ferme dans une heure, bon courage pour faire la queue à la garde-robe, trouver ton sac, ressortir dans le froid à la recherche d’une banque, revenir, payer, c’est trop tard, mais demain on ouvre à onze heures, sortez maintenant, plus vite, Raus!

Le lendemain, frais et dispos, muni enfin du précieux sésame que tu as payé avec ce qui équivaut à ton budget bouffe hebdomadaire, tu fais ton plus beau sourire au gardien qui te hurle : «Pas de stylo bille dans le département des manuscrits». Rebelote, tu repars dans l’autre sens, vers la garde-robe où tu vas faire la queue, etc, tu as saisi le concept lecteur.

Après trois heures de tentatives vaines et variées, enfin tu y es: devant toi des ordinateurs antiques te proposent de trouver le rayonnage inaccessible où se cachent les ouvrages dont tu as besoin. Première déconvenue: la moitié sont indiqués avec la mention de «Kriegsverlust moeglich» (possiblement perdus lors de la guerre). S’il-vous-plaît-attendez-trois-jours-qu’on-regarde-dans-quel carton-ils-pourraient-bien-être, oui-la-guerre-est-finie-depuis-cinquante-sept-ans-mais-le-système-ne-voit-pas-le-rapport.

Là non plus, il n’y a pas de rapport

Quand enfin un livre apparaît disponible, ivre de joie tu cliques pour le commander. C’est alors que la petite fenêtre s’ouvre: «Ce livre se trouve dans la bibliothèque de fonds prussien de la Potsdamer Platz, vous l’obtiendrez sous trois jours». Et là c’est déjà trop tard ; tu viens de découvrir que la bibliothèque est coupée en deux, et que si toi tu mets 15 minutes à faire Unter den Linden/Potsdamer Platz, personne n’a pensé à dire aux bibliothécaires que le mur est tombé et ton livre doit au moins passer par le Danemark avant d’arriver.

Lasse et désespérée, tu rentres chez toi parce que en plus il faut attendre une heure pour accéder aux deux ordinateurs connectés à internet, et tu commences à comprendre pourquoi en Allemagne il faut au moins sept ans pour faire sa maîtrise. (A suivre)

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C’est sympa Berlin après minuit le 1er janvier. Une fois les feux d’artifice disparus dans une myriade de lumières, il reste les bombes artisanales à admirer. Après avoir perdu quelques degrés d’ouïe et été plaqué contre une porte d’immeuble par la déflagration, on perçoit encore les sirènes des pompiers. Dans un coin, des plumes d’édredon s’envolent, des policiers se massent sur un trottoir pendant que des fêtards enbièrés attaquent les Robocop à coup de pétards.

Une fois dans l’immeuble, on peut admirer les petits ballons d’hélium qui flottent au-dessus des marches, ce serait presque joli s’ils n’étaient pas noirs

et lestés par…

… des seringues. (Qui veut une injection pour la nouvelle année?)

Quelques heures plus tard on peut savourer le petit-déjeuner, la nuit tombe et il pleut.

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Guten Rutsch!

Glisser sans neige ce n’est pas facile, on pourrait même se dire que ce n’est pas conseillé. Mais cela fait partie de la tradition, à l’égal du bombardement de feux d’artifice qui donne à Berlin des aspects de ville en guerre. Les pétards ont été inventés en Chine et sont destinés à éloigner les mauvais démons ; on ne peut s’empêcher de se demander quels sont les ancêtres si terribles qu’il faille absolument des millions de coups de feu pour en éloigner les mânes.

Berlin se pare de lumière dans un bruit de détonation, il faut prévoir un casque et des lunettes de protection pour passer à la nouvelle année.

Cette année il manque le blanc joyeux de la neige, je ferai gaffe à mes pieds en traversant Boxi en sursautant toutes les 15 secondes!

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Frohe Weihnachten

und Frieden auf der Erde.

Pour clore ce cycle, voici quatre choses que j’aimerais pour l’an prochain:

1. Un travail épanouissant
2. Beaucoup d’amour
3. Un nid douillet
4. Publier mon livre

et en attendant, je vous souhaite à tous un très heureux Noël.

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L’année 2011 aura été celles des secousses, des chocs -et des déceptions. Entamée sur la joie de faire tomber un dictateur, elle s’achève sur l’arrivée des islamistes au pouvoir, les violences en Egypte, la répression syrienne. L’euro continue sa chute, l’économie mondiale part dans des gouffres, le monde tremble et rien ne change. Le Handelsblatt a couronné aujourd’hui Angela Merkel comme « Personnalité de l’année », « parce qu’elle a su rester ce qu’elle était ». Une ode à la permanence ou à l’immobilisme, au choix, mais qu’il semble nécessaire d’honorer dans un monde en chute libre.

Il faut croire que j’ai des capacités jungiennes de connection avec l’inconscient collectif, car mon année aura, toute proportion gardée, été semblable aux secousses du monde. Une révolte interne irrépressible, des changements majeurs, un retournement -et un échec patent à l’autre bout. Le remède fut pire que le mal. L’année 2010 s’est close un lendemain de Noël sur une engueulade sortie du passé, celle de 2011 est en passe de se terminer sur un constat de no-future. Jamais je n’aurais cru tombée si bas. Encore quelques marches, et le ciel se refermera sur moi.

Je ne peux pas trouver d’appartement, je ne peux pas continuer ainsi. Les faux-semblants et les mensonges me sont étrangers. On m’accuse de tricher ou de simuler, mais on oublie que je ne peux pas mentir. Je ne peux pas jouer. Je ne peux pas faire comme si. J’ai perdu cette capacité en cours de route, ou plutôt je ne l’ai jamais eu. Cela rend ma vie impossible dans le monde des trompe-l’œil parisien.

A bien des égards ma vie est pire que l’an dernier. Je n’arrive pas à mettre le doigt sur un quelconque élément d’amélioration. Les engueulades sont plus fréquentes, le temps libre a disparu. Je suis perpétuellement fatiguée, dans une situation toujours aussi instable, et je n’ai pas plus d’argent. Les perspectives de travail sont inexistantes, et on ne me croit plus jamais. C’est terrible, je pense pourtant être une personne intéressante, importante, avec des choses à dire et à apprendre ; mais c’est une vision de soi-même qui vous voue à la vindicte car dépasser du rang revient presque à ne pas s’incliner devant le mausolée de Kim Jong-il. Vouloir plus que ce qu’on vous donne est un péché mortel.

J’accumule tous les défauts de ce caractère entier et incoercible. Je ne sais pas mentir, pas plus que je ne peux courber la tête. Je suis l’objet idéal d’expérience d’un Kapo qui voudrait écrire Comment briser une conscience en dix leçons.

Bien sûr j’exagère, le carcan n’est pas si lourd. Après tout, on peut quitter un milieu qui ne nous plaît pas, sauf si on a besoin de payer un loyer. Sauf si on a des frais. Sauf si on ne peut pas. On peut donc, sauf qu’on ne peut pas. La liberté est bien fragile…

Les journaux allemands ont été plein cette année de Bunr-out et autre Stresstest. La morale n’est pas à la joie, mais à la prévention de l’effondrement. Collectif ou individuel, il engendre un même effet: la disparition de la surface visible, remplacée par un gros trou à la place.

Pour ma part il va falloir que je trouve un moyen de pallier ou de régler mon inaptitude à coopérer avec le monde extérieur. Que je fasse taire la voix qui s’exprime, que j’apprenne à mentir, que j’empêche mon corps de réagir aux événements. Devenir rien, ni personne, me contenter toujours de ce que j’ai, de ne vouloir jamais changer. De brimer, d’étouffer, de tuer la voix différente que j’ai nourrie pensant tant d’années loin de cette ville que je déteste. Vaste programme.

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Je cherche un appartement. Je me perds dans les demandes irréelles des bailleurs, qui exigerons bientôt de nous un certificat médical et une preuve de virginité. Ou un test de math. Et un stage d’entraînement chez les pompiers. S’ils cherchent des moyens d’évacuer des candidats, j’ai des idées. (Par exemple faire monter les idiots au sixième étage à la corde. Ou leur demander de calculer eux-mêmes les m3 contenus dans l’appartement*)

Londres

Il y a quelque chose de totalement absurde dans cette course perpétuelle. ça me fait chier de dépenser une fortune dans un toit. On passe des journées le cul sur une chaise, on s’écroule épuisé sur un lit entouré de nos possessions inutiles, et tout le monde fait pareil.

Le paysage éternel de l’Aventin, Rome

Où sont les idées, les créations, les changements, les tentatives? On blinde nos vies de précautions qui ne protègent de rien, on brime les expériences, on redoute la transformation. L’Europe se rabougrit en peau de chagrin, sans voir que l’avenir du monde se joue bien loin d’elle. En Asie, là bas, les aéroports sont ripolinés, les gens construisent, les gens se plantent, les gens échouent, essayent, tombent, recommencent. Ils comptent sur leurs forces et leur intelligence. La Nouvelle-Zélande et l’Australie se fichent bien de la maison-mère désormais, elles lorgnent sur Hong-Kong pendant que Shanghaï s’élèvent. Je ne l’aurais pas cru si je ne l’avais pas vu de mes yeux. En arrivant à Heathrow au retour de mon périple, j’ai eu l’impression de retomber dans la maison de campagne décrépite, qui vit de nos souvenirs mais est rongée par les termites et s’écroulera un jour.

Nulle part ailleurs qu’à Paris n’est la décadence plus avancée, la fin de race s’étiole au milieu de ses trophées passées. On voit les beautés étincelantes qui languissent entre la Concorde et la Tour Eiffel, ce phare d’Alexandrie qui ne résistera pas au dernier tremblement de terre achevant une civilisation déchue.

Où sont les créateurs, les architectes, les fous, les visionnaires? On admire le dome de Florence en oubliant toutes les flèches de cathédrales écroulées, on se pâme devant la Joconde et la Pietà en négligeant les fresques maladroites de leurs maîtres. On regarde l’art moderne avec le dédain du connaisseur, mais ne faut-il pas beaucoup de tentatives avant de réaliser un chef-d’oeuvre? Ne faut-il pas user beaucoup d’ouvriers avant de reconnaître un génie?

Piazza Navona, façade de Borromini (je crois!)

Mais on nous harcèle pour rester de bons soldats fidèles. On panique devant un nouveau média, on craint celui qui vient d’ailleurs. Surtout, celui qui pense autrement ou qui ose avoir d’autres rêves sera passé à la fourche caudine de l’uniformité. Ce temps manque d’art, de tentatives, de folie et de créations. De temps pour penser, de force pour se battre, de conviction pour s’affronter. Je recopie des dépêches en éteignant mon cerveau, je passe ma vie à la gagner, je la perds en rentrant chez moi, je tousse, je cauchemarde, je m’étouffe dans l’air saturé de pensées toutes faites et d’idées préconçues. Les contraintes sont si fortes que tout changement, même minime, précipitera l’échaffaudage dans le précipice. Mais jamais, personne, n’a visité le précipice. Ceux qui y sont tombés n’en sont pas revenus, peut-être y a-t-il un monde plus libre en dessous du couvert du feuillage?

Vue des jardins de Balata, hauts de Fort-de-France, Martinique

*Pour ceux qui n’auraient pas la joie de se frotter à l’immobilier parisien, il sera réjouissant d’apprendre qu’à Paris, on loue désormais au m3. J’ai hâte de savoir grimper au plafond.

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4. Advent

Une semaine de l’avent pleine de gâteaux de Noël, de goûters en tout genre, avec quelques départ aussi.

Au programme des réjouissances, tout de même:

1. un déjeuner-débat avec des collègues
2. un super goûter avec des camarades de classe
3. une découverte d’une boutique et de tas de gens gentils
4. un départ à Berlin en préparation!!! yeeeeeeeaaaaaaaah

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Deuxième réflexe* à mon retour, faire la liste des endroits où on avait une chance de manger allemand. Bah oui, on fait ce qu’on peut, et la nostalgie du ventre est de loin la plus poignante -surtout quand on a faim. Ou quand on a soif!

Paris a plein de défauts insupportables, mais au moins une qualité indiscutable: on trouve de tout, vraiment de tout, dans la capitale. Certes, il est difficile de boire de la bonne Pils à Paris. La bière belge ayant effectué des dégâts sur mon estomac, je me retrouve contrainte de me rabattre sur la Hefe. Miracle parisien, on la trouve en pression au Café Titon et au Udo Bar. Le premier est un gentil café sympa dans un coin cool de la capitale. Le second a le plus beau poster de Paris, dans une ambiance punky normale qui me rappelle Berlin.

Pour un Frühstück chic, le cadre délicat et l’ambiance feutrée de Claus réconciliera votre grand-mère avec l’Allemagne. Les confitures, alsaciennes, sont juste les meilleures du monde, et on peut les acheter à l’épicerie qui occupe le rez-de-chaussée. Et si on a de la chance, on peut même parler allemand avec Claus, qui parle un français sans accent (le veinard!).

Mais le repaire des germanophages (oui oui, on peut manger les Germains), c’est le Stube: un vrai Imbiss, où tout est bon! Les gâteaux sont à tomber, les plats sont simples, très abordables et très bons (mention spéciale à la Gulash, sauce exquise). Avec la gentillesse et le sourire du chef en prime.

Si vous voulez me croiser, je suis là-bas!

Le Stube, 31 rue de Richelieu, dans le Ier
Claus, 14 rue Jean-Jacques Rousseau, dans le Ier
Café Titon, 34 rue Titon, dans le XIè
Udo Bar, 4 rue Neuve-Popincourt, XIè

Une épicerie à tester: Tante Emma Laden, marché de la porte Saint-Martin, 31-33 rue Saint-Martin, Xè
Pour acheter des bières (et même des cubis pression), Bières cultes, 40 rue Damrémont, XVIIIè.

* Mon premier réflexe a été de demander à Tchibo s’il livrait en France. La réponse négative a fendu mon petit coeur.

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Wirbel

On fait tous des erreurs, ce qui est dur c’est 1/de les voir 2/de ne pas les refaire. Je commence à comprendre pourquoi les expatriés sont une catégorie qui revient pour repartir. Il y a quelque chose qui se rapproche de la fuite en avant dans ce phénomène.

Moi par exemple, je suis en train de lister mes erreurs, et elles sont nombreuses. J’ai cru que le temps suffisait à effacer les problèmes. Erreur de pensée magique! Ce n’est pas parce qu’on quitte sa cuisine en bordel pendant trois jours qu’à votre retour elle sera rangée. Alors imaginez que vous avez oublié le bac à légumes pendant neuf ans, je ne vous raconte pas la vie moléculaire qui s’est développée en votre absence.

Vatican, mars 2011

J’avais aussi complètement zappé le fait que les insatisfactions une fois tous les deux mois étaient bien plus dures à assumer quand elles se présentaient deux fois par semaine. J’ai bien compris que je gave tout le monde. Je n’ose pas appeler les gens, car j’ai peur de déranger. A Berlin, je connaissais le rythme de vie mou des gens, ici à Paris j’ai l’impression que tout le monde est perpétuellement occupé. La vie va vite et très lentement, il faut prendre rendez-vous trois semaines à l’avance pour aller dîner, ça me décourage quand j’ai juste une soirée de libre à occuper.

Bref, j’ai l’impression d’être une verrue disgracieuse. D’usurper ma place au bureau. De devoir repartir vite.

Mais le problème désormais c’est qu’il faut bien réparer le bordel que j’ai mis à découvert. Je pensais que le travail serait la partie la plus terrifiante à Paris. Bizarrement, c’est celle qui se passe le plus simplement. Peut-être parce que c’est l’unique domaine de ma vie dans lequel j’ai confiance en moi. Pour le reste, j’ai l’impression de tout brûler sur mon passage, d’être un monstre horrible et épouvantable, un repoussoir dégoûtant. J’ai vraiment du mal à trouver un rythme, une vie organisée, des repères dans cette ville qui, elle, est terrifiante. Ce serait bien que je règle cela, que je n’en parle pas, que je ne me plaigne plus jamais, jamais, jamais.

Je ne sais pas quelle est la posture à adopter. Je suis un peu perdue. Qu’on ne m’en veuille pas.

Ah ah ah il suffit que j’écrive ce message pour avoir trois choses prévues ce soir. Finalement c’est partout pareil.

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Donc les Pirates sont entrés au Parlement de Berlin avec presque 9% des voix. Catapultés devant les caméras, réclamant la transparence pour découvrir l’oeil vide et noir des appareils devant eux. Dans l’Allemagne entière, on leur promet 7%, pendant ce temps là les libéraux tombent dans les profondeurs des votes, disparaissent des régions et s’écharpent en public. Au Bundestag, leur groupe continuent à faire de la politique internationale.

Il y a quelque chose de bizarre à voir les peuples manifester leur colère dans les urnes. Dans ma circonscription, les pirates sont arrivés deuxième, et j’aurais voté pour eux si la lettre était arrivée jusqu’à moi. Pour moi, cela ressemble à un dernier sursaut de la jeunesse avant sa totale disparition dans la graues Deutschland, une dernière rébellion calme et théorique dans le bastion des adulescents. Peut-être que je me trompe.

Hanover

Au Bundestag, pas de surprise, pas de catastrophe, pas d’angoisse: la majorité de droite a voté l’élargissement d fonds d’aide européen. S’il n’y a même plus de drame parlementaire, où va-t-on?

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Einbürgerung

(Paris ce matin)

Il m’a fallu trois jours enchantés pour me remettre les idées en place. Les parcs étaient recouverts d’une herbe moelleuse et verte, et j’ai respiré à plein poumon. Décidément, l’herbe est plus verte à l’est. Les appartements étaient aussi immenses qu’auparavant, les amis étaient là, les bars n’avaient pas bougé. Le soleil berlinois brillaient au-dessus de nos têtes.

Et finalement, je n’ai plus regretté d’être rentrée. Une coupe de cheveux et deux discussions professionnelles plus tard, j’étais enfin en paix avec mes décisions. J’ai accepté d’être ce petit bout d’Allemagne ici, de rapporter avec moi ces années à l’est, de porter le flambeau du franco-allemand, vous savez, cette chose qui n’existe pas, sauf pour ceux qui l’ont inscrite très profondément en eux.

Un jour je repartirai, j’espère que Berlin m’accueillera de nouveau, pour y vivre un nouveau chapitre. Mais pour le moment, c’est un autre défi que je me suis fixé, celui d’apprivoiser un peu le monstre de pierres blanches et de fer forgé qui grouille sous mes fenêtres. Les derniers échafaudages ont été enlevés ce matin, pour la première fois je vois le ciel au-dessus de Paris. Je veux avoir le meilleur des deux, cela doit bien être possible.

Presque trois mois séparent les deux photos, à Berlin et Paris. Vivement le prochain voyage!

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Berlinois, il reste des places, ruez vous (il reste des places un peu loin à 19 euros). Ce soir la Philharmonie donne le concert de l’année, celui de fin de saison, dans l’enceinte en plein air de la Waldbühne. Le principe est toujours le même, un chef invité choisit une œuvre un peu décalée pour utiliser le talent du meilleur orchestre du monde dans un registre différent. Ce soir il y aura la Strada et Chostakovitch dirigé par Riccardo Chailly. Prévu le 2 juillet et toujours archi-booké en avance, le concert a été reporté à ce soir à cause de la pluie de juillet et il reste des tickets.

Sinon, c’est sur RBB ce soir à partir de 20h15.
Et moi, je cherche des places pour l’an prochain!

Je me souviens d’avoir vu à la télé Seiji Ozawa dirigeant la Philharmonie sur du Gerschwin… et avoir eu envie d’être à Berlin.

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Suis tombée par hasard sur un hors-série d’une magazine prétendant nous donner des plans de coolitude parisienne (je m’étouffe de rire et je reviens).
Et là, quelle surprise lecteur, je n’en croyais pas mes mirettes d’expatriée sur le retour, à peu près toutes les cinq pages le magazine sus-cité emploie le mot « berlinois ». Aurais-je loupé le déménagement du siècle à l’insu de mon plein gré? Y-a-il eu un transfert de technologie et de plages au bord de vrais lacs qui m’aurais échappé?

Faisons de plus près l’exégèse de l’adjectif ci-joint nommé.

-Premier extrait, p.021 (oui oui 021, parce que 0 avant les chiffres ça fait cOOl). L’ouverture du lieu machin « est l’événement de l’année. Avec une semaine d’inauguration, des concerts, des expos, des artistes berlinois, un concept-store spécial geek » ce machin fait l’événément (il manque un verbe dans la phrase originale).
Alors si je comprend bien, quand tu veux organiser les 6 ans de ta fille, tu invites un clown (la pauvre), si tu veux faire semblant d’être branchouille, tu invites des « artistes berlinois », qui sont un cran plus haut que le geek à lunettes dans la liste. Je serai un artiste berlinois anti-capitaliste et pro Liebigstr14, j’aurais comme un doute. Et je serai propriétaire de galerie parisienne à la moquette neuve, je ne tenterai pas. Le sol des bunker est moins sensible sur les bords de la Spree. Je dis ça, je dis rien.

-Deuxième, p.038, ça commence mal: « La saucisse allemande serait-elle tendance? » (c’est moi où il y a une pointe moutardée d’ironie sur ma Bratwurst?) « Certes, elle rappelle Berlin et les week end créatifs, mais de là à les importer dans un bar, il fallait oser ».
Alors déjà visiblement rapprocher Berlin de week end chez Nature et découverte, je m’offusque. Oui, parfois à Berlin on peut se lancer dans de petits travaux de rénovation, mais en général cela ne va pas sans une bière et une saucisse, justement. Quelle ignorance.

-Troisième, p.091 , ces soirée « réunissent 2.000 à 3.000 personnes, dont beaucoup d’habitués, dans une ambiance alternative digne de Berlin, Londres, Budapest, avec électro minimale pointue ».
J’ai trouvé électro et pointue, minimale je suis moins sûre:

Bon, il y a d’autres occurences (là j’ai la flemme de chercher, j’ai une ratatouille à préparer) mais je crois que l’idée est claire: le cliché berlinois est arrivé. C’est berlinois donc c’est alternatif (???), ce mot stupide repris à l’envi par tout scribouilleux qui a bu trois bières aux coins de la Warschauerstr. Les Easyjetsetter aux petites ailes pensent avoir vu des artistes au milieu de trois tags de la mal nommée East Side Gallery et on croit avoir une ambiance berlinoise (entre couches et culottes? à cause du nombres de poussettes? parce qu’on recycle les bouteilles de bières?) dès qu’un néon blafard éclaire un canapé en sky dans une arrière cour minuscule et crasseuse de Paris.

Paris n’a rien de parisien à offrir? N’y a-t-il pas une spécificité, une ambiance particulière à la capitale-centre-du-monde qui mériterait d’être valorisé plutôt que de singer Berlin qui aura toujours l’avantage de la qualité des Pils?

Cette photo a plus d’un an. Je veux UNE BIERE.

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Faulheit

Une qualité bien française que la paresse, art familier que je maîtrise à la perfection. Six années de glande, et me voilà balancée dans un monde cruel, bavard, entre le « on n’est pas au café du commerce » et le « vous êtes de province? » du goguenard garçon de café. Du commerce.

J’en étais au bord des larmes, regrettant ma chère patrie* molle et putriscente, mais calme et utérine, coincée entre la Havel et la Spree. J’entendis alors cette parole familiale « Faudrait savoir si le studio, on l’achète à Paris ou à Berlin? »

A mon coeur n’en jetez plus, je me sens prise entre les tenailles du choix (et de la gueule de bois). Je me rends compte aussi que quatre semaines à Paris et voilà, je suis incapable d’enchaîner deux bières sans être hilare, j’ai toujours dit que cette boisson ambrée n’était buvable que lorsqu’elle respectait la Reinheitsgebot. Encore une histoire de pureté originelle, tiens. Bon, je vais me coucher, je me réveillerai peut-être à l’heure de Berlin…

Qui va deviner où la photo a été prise?

*Pour en arriver à parler de Berlin comme de ma patrie, c’est vraiment qu’il se passe des choses pas conformes à la Grundgesetz dans ma tête.

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Il n’y a qu’une poubelle dans la cour de mon immeuble. Une seule, verte, qui avale tout. Après des années de complainte sur ma cuisine transformée en annexe de la décharge, on pourrait croire que j’ai sauté de joie sur la simplification de ma vie quotidienne.

Tu parles, Charles.
Je me surprend à laisser les bouteilles et les emballages à part. Je n’arrive pas à mettre le papier avec le reste. Je cherche convulsivement le container adapté.

Pire: je vais toujours faire les courses avec un cabas. Je refuse obstinément les sachets en plastique, et la pharmacienne me prend pour une originale. J’ai des sueurs froides en voyant les parfaits et neufs sachets papier dans lesquels tout le bureau ramène son déjeuner… du sous-sol. C’est à dire que le sachet fait -1/+2 en ascenseur, avant de finir dans la poubelle. J’en ai un que je réutilise, et déjà je me sens coupable d’utiliser des couverts en plastique.

Je vous ai déjà dit que j’attendais au feu rouge? Pour quoi faire me direz vous, quand les scooter passent à contrer-sens sur les trottoirs…

Dès que je n’ai plus de photos de Berlin à poster, j’y repars!

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C’est une affection psychosomatique répertoriée. Les symptômes sont les suivants: envie d’aller boire une bière après le boulot, recherche effrénée d’un döner après la bière, complainte sur l’espace vital disponible*, désorientation inhérente à l’absence de Fernsehturm comme point de repère à la sortie du métro.

Un autre effet étrange est l’apparition soudaine d’images et d’odeur devant les yeux du patient atteint: il voit des pelouses à la place du bitume, de la neige sur les toits, des trams sous les roues des autobus.

Il n’y a pas de traitement connu pour ce type d’affection, qui peut prendre la forme de Londonalgie, de Barcelonite ou même de Parilgie -plus rare, celle-ci touche en général les jeunes filles romantiques.

Allez, vous pouvez jouer à deviner ce que représente les photos, et même d’où elles ont été prises!

*il s’agit évidemment de taille d’appartement, pas d’un quelconque Lebensraum de mauvais aloi…

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Sailyne* a eu la bonne idée de m’envoyer cet article qui m’a fait tomber de ma chaise. Enfin, je ne suis plus seule à dire que Berlin s’endort, repousse le changement et l’argent. Bon, je pense qu’après 20 ans il était temps que l’auteur du texte s’en rende compte, mais fondamentalement je suis d’accord avec lui.

Ce qui est drôle c’est que le même jour cela faisait écho à la Bild qui, après que Sarrazin se soit fait jeter d’un resto turc (normal), pointait la xénophobie berlinoise. En gros, les Berlinois seraient en train de virer racistes, contre les riches, contre les Souabes, contre les Sarrazin.

Tout est évidemment à prendre avec des pince-nez, malgré tout j’y vois une tendance de renfermement sur soi-même qui nous atteint dès qu’on reste un peu trop longtemps. J’ai eu un pincement d’angoisse quand on a garé la grosse Mercedes brillante en dessous de chez moi à Friedrichshain, à portée de cocktail molotov des alter-je-sais-pas-quoi du coin de la rue ; et j’étais la première à dire: « Vous n’aimez pas Berlin? Tant mieux, laissez-la nous!! »

C’est là que j’ai décidé de partir. Les arbres, l’espace, les Frühstück, cela me semblait trop peu pour construire ma vie de célibataire active. J’y mets un bémol: tout est différent, je le vois autour de moi, avec un enfant. Mais on fait ses choix avec ce qu’on a.

Je ne sais pas si Berlin se développera. Je n’y crois pas vraiment. J’ai grandi dans une ville touristique, allez, on va le dire: la ville la plus touristique du monde si on prend le ratio touriste/habitant (à peu près 70 pour 1). Et bien il n’y a pas de développement grâce aux touristes. Versailles étant une adorable ville résidentielle de la couronne parisienne, elle n’a pas de problème pour occuper ses habitants. Le cas est différent pour Berlin, qui manque foncièrement de tissu industriel. Et puis, ce serait une horrible concession capitalistique. Après tout, les touristes viennent y chercher les friches et les repas pas cher, ce qui est incompatible avec une ville active qui se développe.

Allez je sens que je m’énerve. Profitons plutôt du paysage.

Juste en face de la chancellerie, le long de la Bundespresseamt

*Sailyne, si tu redis que l’Alsace c’est un peu l’Allemagne je vais être obligée de te faire boire de la Kronenbourg en te gavant te tarte flambée froide!!!

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Amnesia

C’est bien simple: depuis que je suis rentrée, les conversations tournent uniquement autour de… Berlin.

« -Oh mais c’est vraiment la ville idéale pour moi. Je pourrais dire que je suis communiste, alors qu’ici c’est une insulte! »
-Heureusement que c’est une insulte. Quand tu as vécu sur les restes d’un pays communiste, le communisme c’est ce qui a détruit les vies des parents de mes amis ou les as fait balancer en prison… »

Berlin 1-Paris 0.

Expérience de clubbing gratuite à l’occasion de la Fête Nat. Là, rien à dire, les Français étant frileux, ils ne manifestent qu’aux beaux jours, ce qui permet d’éviter la neige pour le bal des pompiers. Malgré tout, pendant que je matais les beaux gars de la fanfare, je me rendais compte qu’à Londres on écoute souvent la musique de l’année, à Berlin la techno de demain, et à Paris les chansons de l’avant-veille. Faire chanter les trentenaires sur New-York New-York, j’ai comme un doute.

Et puis les autres, là, qui ne connaissent même pas les paroles de Song 2 -sacrilège!- autrement qu’à travers la pub télé. Forcément, ils étaient au primaire lors de la sortie de l’album et doivent penser que Damon Albarn a une tête de singe.

Et puis ces reprises d’un truc inconnu?? Le tube de 2010. Ahhhhh. Je regarde ma voisine, non, ce n’est jamais arrivé à l’est. Je veux du Peter Fox.

Mais où j’étais les 10 dernières années? « Oh je trouve ça tellement courageux d’être partie ». Ma poule, si tu savais, le vrai courage, c’était de rentrer. Partir, c’était juste de l’inconscience.

Je crois que pour les prochaines fois je répondrais: Je sors de dix ans de prison. Oui c’était long. Non, je ne suis qu’en conditionnelle, je dois être rentrée avant la nuit. Ou bien je préfère l’hôpital psychiatrique? Il faut trouver une raison à cette longue amnésie.

PS: je ne changerai pas le nom du blog, puisqu’il ne s’agit toujours encore que de Berlin…

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