ich gegen die Deutschen

You are currently browsing articles tagged ich gegen die Deutschen.

De nouveau tu fais la queue à un autre guichet. Tu exposes ton problème «quelqu’un qui s’appelle comme moi est déjà inscrite». «Vous avez étudié à la Humboldt? Alors vous êtes déjà dans le système, il faut remplir la fiche verte d’abord».

Une fiche et une nouvelle queue plus tard (je t’ai déjà dit que le Berlinois n’était jamais pressé?), te voilà devant un monsieur. C’est l’étape décisive, tu le sens, tu sers convulsivement la pochette d’ordinateur qui joue très bien le rôle de doudou, tu respires un grand coup avant de parler. «Vous avez votre Anmeldungsbescheinigung?», te demande le monsieur avec un accent de l’est de la Mer Morte. Déjà tu te réjouies que ce soit un étranger, d’expérience tu as gagné cinq minutes de palabres. «Non, mais mon adresse est écrite sur mon passeport» (à ce moment là tu te remercies intérieurement d’avoir refait un passeport cinq ans auparavant à l’ambassade de France de la Pariser Platz). Le monsieur étranger il connaît la valeur du passeport, il la chérit, et il te dit «C’est ok, je ne savais pas que les adresses pouvaient être inscrites sur les pièces d’identité, c’est bien ça suffira». Deux petites gribouillis plus tard, gratuitement en plus, tu récupères une carte de bibliothèque.

Comment décrire, lecteur, la vague de joie qui alors envahit la narratrice. Ivre de bonheur, serrant le bout de plastique blanc dans sa main, tu entends des applaudissements dans ta tête. Tu as brisé les chaînes de l’enfermement, tu te sens invincible. Tu as vaincu le système. Tu as ta pochette d’ordinateur dans une main, ton sac transparent dans l’autre. Tu es fière, tu as vengé des générations d’étudiants Erasmus et de chercheurs étrangers, tu as enfin gagné contre les Allemands.

-FIN-

Tags: , , ,

Tes stylos tentent de se faire la malle, le guichet est à droite, tu vas réussir à passer les portes à fédaïne… «Non, vous, vous rentrez pas». Evidemment c’est bien à toi qu’on s’adresse. Cerbère a changé d’apparence en neuf ans, mais est toujours fidèle au poste. «Les pochettes d’ordinateur sont interdites.» Ah ok, mais si je puis me permettre cher Cerbère, pourquoi? «Parce que ce n’est pas autorisé». Certes, mais pour quelles raisons? «Parce que c’est interdit». On va pouvoir continuer longtemps comme cela, je le sens. «Il faut la remettre dans vos affaires au sous-sol». Non, désolée, je n’irai pas au sous-sol. «Alors vous passerez pas».

Là se passe un truc marrant, lecteur. Neuf ans ont passé, et ton narrateur, ou narratrice, là, elle parle allemand, elle a vieilli, pour la première fois elle n’a plus peur de Cerbère (merci JPII). «C’est une pochette crochetée par mes soins, je ne comprends pas pourquoi elle est interdite, je ne sais même pas si je vais pouvoir m’inscrire, je n’irai pas la déposer en bas.» Cerbère commence à grogner, c’est le problème des gros chiens. «Tenez, on va dire que c’est mon bonnet, c’est en laine ça ressemble à un bonnet, j’ai froid, je peux passer avec un bonnet», dit la narratrice soudain coiffée d’une pochette d’ordinateur en crochet blanc. Cerbère commence à montrer les dents.

L’objet du délit

J’attrape un sac en plastique avant que mes stylos s’écrabouillent, et je change de côté. Je passe à la sécurité, où je demande à la gardienne si elle peut me garder mon bout de laine pendant que j’essaye de m’inscrire. «Mais on va dire que c’est une écharpe, non?», me glisse la dame en habit bleu. Et là, lecteur, pleine de fierté comme si j’avais traversé le Rhin à la nage, sous les yeux de Cerbère soudain impuissant, je suis passée de l’autre côté. (A suivre)

Tags: , , , , ,

Le temps a passé et les études sont loin. Avec nostalgie tu vois s’élever le tout nouveau flambant neuf bâtiment de la bibliothèque de la Humboldt au fil de tes trajets en S-Bahn. Les photos de ses salles de travail te font de l’oeil dans les journaux, et tu sautes sur l’occasion de studieuses vacances berlinoises pour tenter ta chance. Instruit de tes expériences passées, tu as les poches pleines de liquide, un passeport valide, une carte de presse, et surtout aucun espoir sur le fait que tu pourras entrer dans le bâtiment.

Tu arrives à l’accueil où la dame te tends une feuille de renseignement. «Il faut d’abord que vous enfermiez vos affaires avec la mensakarte qui se trouve dans le lotto et à la machine et après vous allez aux ordinateurs et ensuite à gauche et vous remplissez les fiches et les formulaires…». C’est un coup de chance qu’en neuf ans ton allemand se soit amélioré, malgré tout tu as lâché l’affaire à «Mensa-», c’est normal il est midi et tu commences à avoir la dalle*.

Villa Medicis, Rome

Pas de machine à l’horizon, tu vas au tabac-Lotto en face. Le type ne vend pas de carte de Mensa mais il a des cadenas. Et oui, bien sûr, pour mettre tes affaires sous clé dans une bibilothèque universitaire rien ne vaut un cadenas. Tu retraverses la place, tu descends les escaliers, tu vas enfermer tes affaires sous clé, tu remontes et va, plein d’espoir, te planter derrière un ordi pour la première étape de l’inscription.

Et là, on te dit «qu’un utilisateur avec le même nom et la même date de naissance est déjà enregistré». Tu t’apprêtes à crier au vol d’identité, mais pour cela il faudrait déjà pouvoir rentrer.

*La Mensa est l’équivalent du resto U

Tags: , , ,

Tu es devenu fort habile à ce petit manège. Par coeur tu as appris le Hausordnung, le Leseordung, le Arbeitsornung, le Ordnungsordnung, tu veilles sur ton sac transparent comme sur un Vuitton et la machine à microfilm n’a plus de secret. Malgré tout le temps file, et recopier un manuscrit à la main c’est un peu long, donc avant ton retour dans ton pays tu décides de photocopier ce dont tu as besoin. 40 euros plus tard, ruiné (t’es toujours étudiant, hein) mais heureux, tu repars avec ta liasse de polycopiés que tu t’empresses de photocopier. Ton mémoire est encore au stade de la documentation, mais la moquette grisâtre de la bibliothèque et ses escaliers à la Escher sont définitivement derrière toi. Tu feras la suite de tes recherches à l’Institut historique allemand du Marais, qui en plus de t’offrir une vue sur un jardin sublime en plein coeur de Paris, est vide et propose les livres en libre accès.

Trouvé sur la notice de Wikipedia

Et pendant des années, tu ne mettras plus les pieds et les crayons dans une bibliothèque.

Tags: , , ,