Paris

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Petite visite à un salon de l’emploi franco-allemand. Les organisateurs étaient ravis, les candidats faisaient la queue pendant de longues minutes pour s’entretenir avec les recruteurs. Venue mollement voir les profils recherchés, je suis repartie avec de la matière pour un article: pourquoi les gens veulent-ils partir à ce point? Je trouvais l’affluence un peu flippante. Et à mon grand désespoir, il y a BEAUCOUP de gens qui parlent le français et l’allemand. A suivre.

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Un peu de lecture en ce moment. Pas forcément la plus réjouissante mais importante, à un moment où on a le temps, de se confronter à cette période. Avec cette question lancinante: saurais-je aujourd’hui faire la différence du bien et du mal au milieu des cache-misère de la novlangue? Les Scholl ont été tué, dit Arendt, pour avoir traité Hitler de « meurtrier de masse ». Présenté comme le « résolveur du problème juif », ils auraient été décorés. Qu’est-ce qu’être humain? Ces livres donnent des exemples à défaut de réponse.

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Mardi Hollande va voir Merkel. Je parie sur le baiser du scorpion: elle sortira une vacherie dès qu’il sera monté dans l’avion. Qui veut parier?

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Heureusement il y a des choses qui ne changent pas. Go Frühling!

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Gemischtes

La résignation de mes concitoyens ne cesse de m’étonner. Ils ont l’impression de vivre dans un pays en déliquescence où rien ne peut changer, où il ne peuvent rien améliorer, où ils se referment sur quelques certitudes tristes. Je ne comprends pas – et ça me fait bouillir.

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Cet état d’esprit est en plus incompréhensible. En France, il y a plus de jeunes qu’en Allemagne, la formation est encore pas trop mauvaise, gratuite et accessible. Cela devrait bouillonner d’idées, et on ne devrait regarder avec pitié les pauvres Allemands vieillissants. C’est pourtant l’inverse qui se produit, et je ne comprends toujours pas.

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Le printemps arrive. Il manque les bourgeons berlinois, le premier souffle d’air pur et frais, le soleil matinal. Mais j’ai la chance d’habiter désormais dans la seule rue plantée d’arbres, mes rosiers frémissent sous les premiers chants des moineaux préparant leur parade.

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Évidemment quand on profite de la première douceur pour mettre une jupe, il y a toujours un gros lourdaud pour te le faire remarquer. Paris…

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Au supermarché on trouve du caviar d’aubergines. La baguette est exquise. L’ail vient de Toulouse, l’agneau était du Lot. Oui, c’est cher, mais qu’est-ce que c’est bon.

J’ai tellement envie de retourner à Rome!

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A quoi sert un balcon en plein hiver? Et bien cela remplace avantageusement le frigoo qu’on n’a pas encore. On peut y stocker les biens de première nécessité: bière, champagne et cornichons. On peut y laisser le fauteuil trouvé dans la rue, vu le froid il se désinfecte. A travers la baie vitrée, on anticipe les soirées douces de l’été, au calme, abritées derrière les canisses que fréquentent les moineaux.

Puis on ouvre les cartons, et c’est Noël en février, la première chose vraiment réjouissante en sept mois.

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Je tenais par ailleurs à tous vous remercier pour vos commentaires et messages qui m’ont fait beaucoup de bien.

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Schokocreme

S’il y a bien une chose que j’ai apprise à Berlin, c’est qu’on fait tous des erreurs. Vivre dans une autre langue et dans un autre pays vous fait revoir votre égo à la baisse. Même quand on croit qu’on sait, on ne sait rien: regardez, je pensais pourtant que Wulff ne ferait pas de vieux os à Bellevue ; et bien le bougre y est encore.

Mais il y a des erreurs qui font plus de mal, c’est quand on se trompe sur soi-même. J’étais convaincue d’être la mieux placée pour un job auquel j’avais postulé, le refus ce soir est dur à encaisser. C’est sans doute pour le mieux, et je n’y peux rien, car j’ai été la plus honnête possible. Malgré tout je suis un peu sonnée.

Le problème c’est que c’est la dernière d’une longue série d’erreurs et de mauvaises décisions. J’ai cru que j’apprécierai de vivre à Paris, et bien ce n’est pas le cas. J’ai cru que je me ferai à mon boulot et à ma vie d’enchaînée, mais en fait non. J’ai cru que je supporterai de vivre là où je suis, et que les conditions s’amélioreraient: je m’apprête à rentrer chez mes parents.

Pour la première fois de ma vie, j’ai envie d’abandonner. Je rêve de déposer mes affaires dans une maison de campagne et de me réveiller le matin avec le chant des oiseaux. Au bureau, j’ai des réflexions de discipline, car il faut faire des efforts que je n’ai plus la force de faire. Plus la force d’être seule. Plus envie d’essayer et de faire semblant. Je pérore comme un vieux disque, je me suis trompé sur mes capacités, mes amitiés, mon travail et mes envies. Je suis allée à l’encontre de moi et aujourd’hui, j’ai juste envie de dormir.

Et pour ceux qui s’intéresseraient au titre, c’est parce qu’on sait bien que seuls les imbéciles ne changent pas d’avis…

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Cet après-midi mon meilleur ami s’est marié, et j’étais son témoin. J’en étais déjà à ma quatrième coupe de champagne quand je suis allée voir son père. « Il faut faire un discours! », lui dis-je. « Mais je n’ai rien préparé! Et je ne peux pas le faire en anglais! ». « Ce n’est pas grave », lui dis-je, « je traduirai », alors que je courrai au bar obtenir un verre d’eau pour éponger toutes ces bulles.

Ce fut un moment émouvant et familial. Le papa français parla pour son fiston, la maman indienne pris la relève pour sa fille. Je traduisis les propos du prof de fac célèbre, et failli pleurer pour mon amie et son épouse. Deux continents que tout éloigne, mais l’amour rapproche les gens les plus improbables.

C’est pour cela que je suis rentrée en France. Je portais mes boucles d’oreilles indiennes, ma robe haute-couture parisienne, mon foulard et bracelet de Dubaï, mon collier andorran, mes émaux viennois, mes chaussures André et ma veste de l’époque où Marks&Spencer étaient encore en France. Surtout j’étais là pour mes amis, pour leurs familles, un tout petit pont bilingue pour rapprocher les gens. C’était spécialement bien.

Et pour l’instant, je n’ai pas envie que ça change.

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Frohe Weihnachten

und Frieden auf der Erde.

Pour clore ce cycle, voici quatre choses que j’aimerais pour l’an prochain:

1. Un travail épanouissant
2. Beaucoup d’amour
3. Un nid douillet
4. Publier mon livre

et en attendant, je vous souhaite à tous un très heureux Noël.

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L’année 2011 aura été celles des secousses, des chocs -et des déceptions. Entamée sur la joie de faire tomber un dictateur, elle s’achève sur l’arrivée des islamistes au pouvoir, les violences en Egypte, la répression syrienne. L’euro continue sa chute, l’économie mondiale part dans des gouffres, le monde tremble et rien ne change. Le Handelsblatt a couronné aujourd’hui Angela Merkel comme « Personnalité de l’année », « parce qu’elle a su rester ce qu’elle était ». Une ode à la permanence ou à l’immobilisme, au choix, mais qu’il semble nécessaire d’honorer dans un monde en chute libre.

Il faut croire que j’ai des capacités jungiennes de connection avec l’inconscient collectif, car mon année aura, toute proportion gardée, été semblable aux secousses du monde. Une révolte interne irrépressible, des changements majeurs, un retournement -et un échec patent à l’autre bout. Le remède fut pire que le mal. L’année 2010 s’est close un lendemain de Noël sur une engueulade sortie du passé, celle de 2011 est en passe de se terminer sur un constat de no-future. Jamais je n’aurais cru tombée si bas. Encore quelques marches, et le ciel se refermera sur moi.

Je ne peux pas trouver d’appartement, je ne peux pas continuer ainsi. Les faux-semblants et les mensonges me sont étrangers. On m’accuse de tricher ou de simuler, mais on oublie que je ne peux pas mentir. Je ne peux pas jouer. Je ne peux pas faire comme si. J’ai perdu cette capacité en cours de route, ou plutôt je ne l’ai jamais eu. Cela rend ma vie impossible dans le monde des trompe-l’œil parisien.

A bien des égards ma vie est pire que l’an dernier. Je n’arrive pas à mettre le doigt sur un quelconque élément d’amélioration. Les engueulades sont plus fréquentes, le temps libre a disparu. Je suis perpétuellement fatiguée, dans une situation toujours aussi instable, et je n’ai pas plus d’argent. Les perspectives de travail sont inexistantes, et on ne me croit plus jamais. C’est terrible, je pense pourtant être une personne intéressante, importante, avec des choses à dire et à apprendre ; mais c’est une vision de soi-même qui vous voue à la vindicte car dépasser du rang revient presque à ne pas s’incliner devant le mausolée de Kim Jong-il. Vouloir plus que ce qu’on vous donne est un péché mortel.

J’accumule tous les défauts de ce caractère entier et incoercible. Je ne sais pas mentir, pas plus que je ne peux courber la tête. Je suis l’objet idéal d’expérience d’un Kapo qui voudrait écrire Comment briser une conscience en dix leçons.

Bien sûr j’exagère, le carcan n’est pas si lourd. Après tout, on peut quitter un milieu qui ne nous plaît pas, sauf si on a besoin de payer un loyer. Sauf si on a des frais. Sauf si on ne peut pas. On peut donc, sauf qu’on ne peut pas. La liberté est bien fragile…

Les journaux allemands ont été plein cette année de Bunr-out et autre Stresstest. La morale n’est pas à la joie, mais à la prévention de l’effondrement. Collectif ou individuel, il engendre un même effet: la disparition de la surface visible, remplacée par un gros trou à la place.

Pour ma part il va falloir que je trouve un moyen de pallier ou de régler mon inaptitude à coopérer avec le monde extérieur. Que je fasse taire la voix qui s’exprime, que j’apprenne à mentir, que j’empêche mon corps de réagir aux événements. Devenir rien, ni personne, me contenter toujours de ce que j’ai, de ne vouloir jamais changer. De brimer, d’étouffer, de tuer la voix différente que j’ai nourrie pensant tant d’années loin de cette ville que je déteste. Vaste programme.

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Je cherche un appartement. Je me perds dans les demandes irréelles des bailleurs, qui exigerons bientôt de nous un certificat médical et une preuve de virginité. Ou un test de math. Et un stage d’entraînement chez les pompiers. S’ils cherchent des moyens d’évacuer des candidats, j’ai des idées. (Par exemple faire monter les idiots au sixième étage à la corde. Ou leur demander de calculer eux-mêmes les m3 contenus dans l’appartement*)

Londres

Il y a quelque chose de totalement absurde dans cette course perpétuelle. ça me fait chier de dépenser une fortune dans un toit. On passe des journées le cul sur une chaise, on s’écroule épuisé sur un lit entouré de nos possessions inutiles, et tout le monde fait pareil.

Le paysage éternel de l’Aventin, Rome

Où sont les idées, les créations, les changements, les tentatives? On blinde nos vies de précautions qui ne protègent de rien, on brime les expériences, on redoute la transformation. L’Europe se rabougrit en peau de chagrin, sans voir que l’avenir du monde se joue bien loin d’elle. En Asie, là bas, les aéroports sont ripolinés, les gens construisent, les gens se plantent, les gens échouent, essayent, tombent, recommencent. Ils comptent sur leurs forces et leur intelligence. La Nouvelle-Zélande et l’Australie se fichent bien de la maison-mère désormais, elles lorgnent sur Hong-Kong pendant que Shanghaï s’élèvent. Je ne l’aurais pas cru si je ne l’avais pas vu de mes yeux. En arrivant à Heathrow au retour de mon périple, j’ai eu l’impression de retomber dans la maison de campagne décrépite, qui vit de nos souvenirs mais est rongée par les termites et s’écroulera un jour.

Nulle part ailleurs qu’à Paris n’est la décadence plus avancée, la fin de race s’étiole au milieu de ses trophées passées. On voit les beautés étincelantes qui languissent entre la Concorde et la Tour Eiffel, ce phare d’Alexandrie qui ne résistera pas au dernier tremblement de terre achevant une civilisation déchue.

Où sont les créateurs, les architectes, les fous, les visionnaires? On admire le dome de Florence en oubliant toutes les flèches de cathédrales écroulées, on se pâme devant la Joconde et la Pietà en négligeant les fresques maladroites de leurs maîtres. On regarde l’art moderne avec le dédain du connaisseur, mais ne faut-il pas beaucoup de tentatives avant de réaliser un chef-d’oeuvre? Ne faut-il pas user beaucoup d’ouvriers avant de reconnaître un génie?

Piazza Navona, façade de Borromini (je crois!)

Mais on nous harcèle pour rester de bons soldats fidèles. On panique devant un nouveau média, on craint celui qui vient d’ailleurs. Surtout, celui qui pense autrement ou qui ose avoir d’autres rêves sera passé à la fourche caudine de l’uniformité. Ce temps manque d’art, de tentatives, de folie et de créations. De temps pour penser, de force pour se battre, de conviction pour s’affronter. Je recopie des dépêches en éteignant mon cerveau, je passe ma vie à la gagner, je la perds en rentrant chez moi, je tousse, je cauchemarde, je m’étouffe dans l’air saturé de pensées toutes faites et d’idées préconçues. Les contraintes sont si fortes que tout changement, même minime, précipitera l’échaffaudage dans le précipice. Mais jamais, personne, n’a visité le précipice. Ceux qui y sont tombés n’en sont pas revenus, peut-être y a-t-il un monde plus libre en dessous du couvert du feuillage?

Vue des jardins de Balata, hauts de Fort-de-France, Martinique

*Pour ceux qui n’auraient pas la joie de se frotter à l’immobilier parisien, il sera réjouissant d’apprendre qu’à Paris, on loue désormais au m3. J’ai hâte de savoir grimper au plafond.

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Deuxième réflexe* à mon retour, faire la liste des endroits où on avait une chance de manger allemand. Bah oui, on fait ce qu’on peut, et la nostalgie du ventre est de loin la plus poignante -surtout quand on a faim. Ou quand on a soif!

Paris a plein de défauts insupportables, mais au moins une qualité indiscutable: on trouve de tout, vraiment de tout, dans la capitale. Certes, il est difficile de boire de la bonne Pils à Paris. La bière belge ayant effectué des dégâts sur mon estomac, je me retrouve contrainte de me rabattre sur la Hefe. Miracle parisien, on la trouve en pression au Café Titon et au Udo Bar. Le premier est un gentil café sympa dans un coin cool de la capitale. Le second a le plus beau poster de Paris, dans une ambiance punky normale qui me rappelle Berlin.

Pour un Frühstück chic, le cadre délicat et l’ambiance feutrée de Claus réconciliera votre grand-mère avec l’Allemagne. Les confitures, alsaciennes, sont juste les meilleures du monde, et on peut les acheter à l’épicerie qui occupe le rez-de-chaussée. Et si on a de la chance, on peut même parler allemand avec Claus, qui parle un français sans accent (le veinard!).

Mais le repaire des germanophages (oui oui, on peut manger les Germains), c’est le Stube: un vrai Imbiss, où tout est bon! Les gâteaux sont à tomber, les plats sont simples, très abordables et très bons (mention spéciale à la Gulash, sauce exquise). Avec la gentillesse et le sourire du chef en prime.

Si vous voulez me croiser, je suis là-bas!

Le Stube, 31 rue de Richelieu, dans le Ier
Claus, 14 rue Jean-Jacques Rousseau, dans le Ier
Café Titon, 34 rue Titon, dans le XIè
Udo Bar, 4 rue Neuve-Popincourt, XIè

Une épicerie à tester: Tante Emma Laden, marché de la porte Saint-Martin, 31-33 rue Saint-Martin, Xè
Pour acheter des bières (et même des cubis pression), Bières cultes, 40 rue Damrémont, XVIIIè.

* Mon premier réflexe a été de demander à Tchibo s’il livrait en France. La réponse négative a fendu mon petit coeur.

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No comment

Impossible de ne pas partager cette vision d’horreur européenne, offerte gracieusement par la Bild:

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Wirbel

On fait tous des erreurs, ce qui est dur c’est 1/de les voir 2/de ne pas les refaire. Je commence à comprendre pourquoi les expatriés sont une catégorie qui revient pour repartir. Il y a quelque chose qui se rapproche de la fuite en avant dans ce phénomène.

Moi par exemple, je suis en train de lister mes erreurs, et elles sont nombreuses. J’ai cru que le temps suffisait à effacer les problèmes. Erreur de pensée magique! Ce n’est pas parce qu’on quitte sa cuisine en bordel pendant trois jours qu’à votre retour elle sera rangée. Alors imaginez que vous avez oublié le bac à légumes pendant neuf ans, je ne vous raconte pas la vie moléculaire qui s’est développée en votre absence.

Vatican, mars 2011

J’avais aussi complètement zappé le fait que les insatisfactions une fois tous les deux mois étaient bien plus dures à assumer quand elles se présentaient deux fois par semaine. J’ai bien compris que je gave tout le monde. Je n’ose pas appeler les gens, car j’ai peur de déranger. A Berlin, je connaissais le rythme de vie mou des gens, ici à Paris j’ai l’impression que tout le monde est perpétuellement occupé. La vie va vite et très lentement, il faut prendre rendez-vous trois semaines à l’avance pour aller dîner, ça me décourage quand j’ai juste une soirée de libre à occuper.

Bref, j’ai l’impression d’être une verrue disgracieuse. D’usurper ma place au bureau. De devoir repartir vite.

Mais le problème désormais c’est qu’il faut bien réparer le bordel que j’ai mis à découvert. Je pensais que le travail serait la partie la plus terrifiante à Paris. Bizarrement, c’est celle qui se passe le plus simplement. Peut-être parce que c’est l’unique domaine de ma vie dans lequel j’ai confiance en moi. Pour le reste, j’ai l’impression de tout brûler sur mon passage, d’être un monstre horrible et épouvantable, un repoussoir dégoûtant. J’ai vraiment du mal à trouver un rythme, une vie organisée, des repères dans cette ville qui, elle, est terrifiante. Ce serait bien que je règle cela, que je n’en parle pas, que je ne me plaigne plus jamais, jamais, jamais.

Je ne sais pas quelle est la posture à adopter. Je suis un peu perdue. Qu’on ne m’en veuille pas.

Ah ah ah il suffit que j’écrive ce message pour avoir trois choses prévues ce soir. Finalement c’est partout pareil.

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Sincèrement, je crois que je ne vais pas y arriver. Je le dis sans amertume, sans regret. Cela fait 5 mois que je tente l’affaire, je regarde, je peux comparer avec les cartes en main. Et je peux dire: je n’ai même pas envie d’y arriver. Honnêtement, j’ai de bonnes raisons de prendre tout cela désormais par dessus la jambe, vu qu’ici rien n’est sérieux:

J’ai envie de rigoler. Pour dire la vérité, je me suis arrêtée par habitude devant la vitrine, ai vu l’affiche, suis repartie. 50m plus loin, j’ai réalisé l’énOrmité de la chose, et je me suis dit que cela vous ferai rire aussi. Au cas où quelqu’un aurait un doute, j’habite dans un quartier pauvre.

La vérité est que je ne supporte plus tout cela. Un fossé très large est creusé entre moi et ceux qui ne sont pas partis. Je suis un peu désolée mais n’ai pas le courage de m’en préoccuper vraiment. J’ai mis 10 jours à réaliser qu’une ancienne amie très chère ne m’a pas souhaité mon anniversaire. C’est la vie, et la preuve qui me manquait qu’il n’y a pas de retour en arrière.

Peut-être bien que je me suis trompée, que j’ai cru que je pouvais me fondre dans la masse en faisant abstraction des années passées ailleurs. En fait, non. On ne peut pas jeter aux orties les années qui nous ont construites. C’est plutôt très très rassurant. Je suis une expatriée, et cela n’est pas près de changer. J’ai l’impression d’être ici en transit. Je suis contente d’être passée par là, je me sens moins bête -et plus sûre de mes choix.

ça aussi c’est une vision rassurante, non?

Il est difficile de dire ce qu’il va se passer désormais, dans les quelques semaines qui arrivent. Il me semble que, sauf événements improbables comme une augmentation de 30% de mon salaire, une arrivée de prince charmant sur un métro volant et la découverte de l’appart parfait, je ne suis pas prête à me sacrifier pour rester ici. Bien entendu, on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise.

Saviez-vous que, depuis que je suis à Paris, j’ai tout le temps faim? La taille moyenne de confection des femmes de l’entreprise étant le 34, je me sens en faute quand je prends une soupe PLUS un sandwich. Les pubs nous enjoignent « à  surtout ne pas céder », c’est vrai quoi, vivre à Paris et profiter d’une pâtisserie, c’est péché. N’ayant plus le temps de cuisiner, je mange des choses au vol, je n’ai pas le temps de marcher en ville, si je ne fais pas attention, vissée sur ma chaise, je risque l’obésité en ne rentrant plus dans mes pantalons en 36.

Evidemment ce genre de révélation n’a rien à voir avec l’installation de la télé allemande dans mon grenier. Vendredi soir, j’ai regardé le télé-crochet Comedy Central et j’ai applaudi quand Markus Krebs* a gagné. Le bouquet gratuit prend fin au 1er janvier, il faudra qu’une décision soit prise d’ici là. C’est dire si je suis en plein processus de réadaptation.

*Ce Ruhrois (?) est très drôle et réalise le tour de force de raconter des blagues en riant, et sans être vulgaire.

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Einbürgerung

(Paris ce matin)

Il m’a fallu trois jours enchantés pour me remettre les idées en place. Les parcs étaient recouverts d’une herbe moelleuse et verte, et j’ai respiré à plein poumon. Décidément, l’herbe est plus verte à l’est. Les appartements étaient aussi immenses qu’auparavant, les amis étaient là, les bars n’avaient pas bougé. Le soleil berlinois brillaient au-dessus de nos têtes.

Et finalement, je n’ai plus regretté d’être rentrée. Une coupe de cheveux et deux discussions professionnelles plus tard, j’étais enfin en paix avec mes décisions. J’ai accepté d’être ce petit bout d’Allemagne ici, de rapporter avec moi ces années à l’est, de porter le flambeau du franco-allemand, vous savez, cette chose qui n’existe pas, sauf pour ceux qui l’ont inscrite très profondément en eux.

Un jour je repartirai, j’espère que Berlin m’accueillera de nouveau, pour y vivre un nouveau chapitre. Mais pour le moment, c’est un autre défi que je me suis fixé, celui d’apprivoiser un peu le monstre de pierres blanches et de fer forgé qui grouille sous mes fenêtres. Les derniers échafaudages ont été enlevés ce matin, pour la première fois je vois le ciel au-dessus de Paris. Je veux avoir le meilleur des deux, cela doit bien être possible.

Presque trois mois séparent les deux photos, à Berlin et Paris. Vivement le prochain voyage!

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Suis tombée par hasard sur un hors-série d’une magazine prétendant nous donner des plans de coolitude parisienne (je m’étouffe de rire et je reviens).
Et là, quelle surprise lecteur, je n’en croyais pas mes mirettes d’expatriée sur le retour, à peu près toutes les cinq pages le magazine sus-cité emploie le mot « berlinois ». Aurais-je loupé le déménagement du siècle à l’insu de mon plein gré? Y-a-il eu un transfert de technologie et de plages au bord de vrais lacs qui m’aurais échappé?

Faisons de plus près l’exégèse de l’adjectif ci-joint nommé.

-Premier extrait, p.021 (oui oui 021, parce que 0 avant les chiffres ça fait cOOl). L’ouverture du lieu machin « est l’événement de l’année. Avec une semaine d’inauguration, des concerts, des expos, des artistes berlinois, un concept-store spécial geek » ce machin fait l’événément (il manque un verbe dans la phrase originale).
Alors si je comprend bien, quand tu veux organiser les 6 ans de ta fille, tu invites un clown (la pauvre), si tu veux faire semblant d’être branchouille, tu invites des « artistes berlinois », qui sont un cran plus haut que le geek à lunettes dans la liste. Je serai un artiste berlinois anti-capitaliste et pro Liebigstr14, j’aurais comme un doute. Et je serai propriétaire de galerie parisienne à la moquette neuve, je ne tenterai pas. Le sol des bunker est moins sensible sur les bords de la Spree. Je dis ça, je dis rien.

-Deuxième, p.038, ça commence mal: « La saucisse allemande serait-elle tendance? » (c’est moi où il y a une pointe moutardée d’ironie sur ma Bratwurst?) « Certes, elle rappelle Berlin et les week end créatifs, mais de là à les importer dans un bar, il fallait oser ».
Alors déjà visiblement rapprocher Berlin de week end chez Nature et découverte, je m’offusque. Oui, parfois à Berlin on peut se lancer dans de petits travaux de rénovation, mais en général cela ne va pas sans une bière et une saucisse, justement. Quelle ignorance.

-Troisième, p.091 , ces soirée « réunissent 2.000 à 3.000 personnes, dont beaucoup d’habitués, dans une ambiance alternative digne de Berlin, Londres, Budapest, avec électro minimale pointue ».
J’ai trouvé électro et pointue, minimale je suis moins sûre:

Bon, il y a d’autres occurences (là j’ai la flemme de chercher, j’ai une ratatouille à préparer) mais je crois que l’idée est claire: le cliché berlinois est arrivé. C’est berlinois donc c’est alternatif (???), ce mot stupide repris à l’envi par tout scribouilleux qui a bu trois bières aux coins de la Warschauerstr. Les Easyjetsetter aux petites ailes pensent avoir vu des artistes au milieu de trois tags de la mal nommée East Side Gallery et on croit avoir une ambiance berlinoise (entre couches et culottes? à cause du nombres de poussettes? parce qu’on recycle les bouteilles de bières?) dès qu’un néon blafard éclaire un canapé en sky dans une arrière cour minuscule et crasseuse de Paris.

Paris n’a rien de parisien à offrir? N’y a-t-il pas une spécificité, une ambiance particulière à la capitale-centre-du-monde qui mériterait d’être valorisé plutôt que de singer Berlin qui aura toujours l’avantage de la qualité des Pils?

Cette photo a plus d’un an. Je veux UNE BIERE.

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Demütigung

Contrairement à ce que j’ai cru longtemps, Demütigung signifie « humiliation ». Pourtant le radical est Mut, « courage », alors je pensais qu’il s’agissait juste de découragement.

Mais non. Et les humiliations sont comme ce mot, elles se cachent derrière des choses qui n’ont l’air de rien.

Par exemple hier soir, j’ai été victime de racisme.
Hier j’ai voulu aller dans un club parisien, avec des amis noirs. Oui oui, des gens noirs, des Français qui sont noirs. Genre des Français de France, mais ils auraient aussi pu être Français d’ailleurs, ou pas Français du tout, d’ailleurs. Même que parmi eux, un était blanc. Car on peut être noir et blanc, si la génétique s’y mêle. Il y a même des blancs tellement basanés qu’on les prend pour autre chose, comme mes cousins, ou, tiens, mes aïeux. A la loterie, j’ai tiré le blanchâtre aux yeux clairs, mais j’aurais pu avoir les cheveux noirs de jais de mes ancêtres lorrains ou les traits asiatiques des Bretons de chez moi. On ne peut rien lire sur la gueule des gens.

Mais hier, on s’est fait jeter, en groupe, et plusieurs fois, de trois clubs successifs. Au troisième, j’étais prête à défoncer la gueule du physionomiste. Là encore, la génétique a joué en faveur, j’aurais le physique d’un Klitschko je serai déjà en prison pour coup et blessures.

Ce qui m’a le plus déprimée, mais je ne les comprends que trop bien, c’est l’attitude de mes amis. Rodés à ces humiliations habituelles, ils se sont pliés au désiderata ridicules, absurdes et contradictoires du connard qui tenait la porte de sa boîte minable.

Cette ville rend les gens fous. Parfois j’ai l’impression que les immeubles vont s’effondrer sur nous, que les contraintes permanentes que les gens acceptent vont les lobotomiser, que je me réveillerai un matin et ils seront tous transformé en mannequins raides aux yeux vides. Je suis partie depuis trop longtemps: je sais qu’un autre monde existe, je refuse, de toutes mes forces, de prendre ces scandales comme des aléas inévitables. On a tous le droit de choisir comment vivre, seulement beaucoup l’ont oublié.

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Il n’y a qu’une poubelle dans la cour de mon immeuble. Une seule, verte, qui avale tout. Après des années de complainte sur ma cuisine transformée en annexe de la décharge, on pourrait croire que j’ai sauté de joie sur la simplification de ma vie quotidienne.

Tu parles, Charles.
Je me surprend à laisser les bouteilles et les emballages à part. Je n’arrive pas à mettre le papier avec le reste. Je cherche convulsivement le container adapté.

Pire: je vais toujours faire les courses avec un cabas. Je refuse obstinément les sachets en plastique, et la pharmacienne me prend pour une originale. J’ai des sueurs froides en voyant les parfaits et neufs sachets papier dans lesquels tout le bureau ramène son déjeuner… du sous-sol. C’est à dire que le sachet fait -1/+2 en ascenseur, avant de finir dans la poubelle. J’en ai un que je réutilise, et déjà je me sens coupable d’utiliser des couverts en plastique.

Je vous ai déjà dit que j’attendais au feu rouge? Pour quoi faire me direz vous, quand les scooter passent à contrer-sens sur les trottoirs…

Dès que je n’ai plus de photos de Berlin à poster, j’y repars!

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Amnesia

C’est bien simple: depuis que je suis rentrée, les conversations tournent uniquement autour de… Berlin.

« -Oh mais c’est vraiment la ville idéale pour moi. Je pourrais dire que je suis communiste, alors qu’ici c’est une insulte! »
-Heureusement que c’est une insulte. Quand tu as vécu sur les restes d’un pays communiste, le communisme c’est ce qui a détruit les vies des parents de mes amis ou les as fait balancer en prison… »

Berlin 1-Paris 0.

Expérience de clubbing gratuite à l’occasion de la Fête Nat. Là, rien à dire, les Français étant frileux, ils ne manifestent qu’aux beaux jours, ce qui permet d’éviter la neige pour le bal des pompiers. Malgré tout, pendant que je matais les beaux gars de la fanfare, je me rendais compte qu’à Londres on écoute souvent la musique de l’année, à Berlin la techno de demain, et à Paris les chansons de l’avant-veille. Faire chanter les trentenaires sur New-York New-York, j’ai comme un doute.

Et puis les autres, là, qui ne connaissent même pas les paroles de Song 2 -sacrilège!- autrement qu’à travers la pub télé. Forcément, ils étaient au primaire lors de la sortie de l’album et doivent penser que Damon Albarn a une tête de singe.

Et puis ces reprises d’un truc inconnu?? Le tube de 2010. Ahhhhh. Je regarde ma voisine, non, ce n’est jamais arrivé à l’est. Je veux du Peter Fox.

Mais où j’étais les 10 dernières années? « Oh je trouve ça tellement courageux d’être partie ». Ma poule, si tu savais, le vrai courage, c’était de rentrer. Partir, c’était juste de l’inconscience.

Je crois que pour les prochaines fois je répondrais: Je sors de dix ans de prison. Oui c’était long. Non, je ne suis qu’en conditionnelle, je dois être rentrée avant la nuit. Ou bien je préfère l’hôpital psychiatrique? Il faut trouver une raison à cette longue amnésie.

PS: je ne changerai pas le nom du blog, puisqu’il ne s’agit toujours encore que de Berlin…

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