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C’est fini pour Christian Wulff. Enfin! Il a attendu que le parquet d’Hanovre demande la levée de son immunité pour, le dos au mur, accepter de démissionner.

Sa situation était intenable, d’après les observateurs politiques allemands, la chancelière lui a montré la porte. Mais c’est aussi un camouflet pour son choix: au lieu de prendre Joachim Gauck, un pasteur est-allemand reconnu pour sa probité, elle a choisit comme président un ancien jeune loup de la politique et puissant maître de la Basse-Saxe.

Bref, Wulff est parti, sans s’excuser, sans reconnaître avoir fait des erreurs inacceptables. « Ich habe Fehler gemacht », a-t-il dit ce matin, mais dans sa voix, cela sentait plutôt comme « des erreurs de communication ».

bye bye, monsieur le président.

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Il est grand et plutôt bel homme, Christian Wulff. Avec son sourire de carnassier et ses lunettes sérieuses, il représente à la perfection l’homme politique allemand. Il ne ressemble à rien ou à tout le monde, il pourrait être prof à la fac, banquier central ou exportateur de machine-outil. Surtout, il a Bettina, l’immense, jeune et blonde Bettina, ancienne journaliste paraît-il, qui a l’air tellement en bonne santé qu’à eux deux ils auraient pu servir de modèle de famille aryenne. En vrai ils font peut-être un peu peur, les Wulff, avec leurs sourires ultra-Bright et leur 1m90.

Elu au poste honorifique de président de la république fédérale allemande en 2010, Christian Wulff n’est pas né d’avant-hier. Il a auparavant dirigé la Basse-Saxe, un des états les plus grands d’Allemagne et qui a surtout la particularité d’abriter une pépite: c’est le siège de Volkswagen, dont la Basse-Saxe possède 20% des actions et un droit de blocage en cas de vente du capital. Le ministre-président du Land possède donc un pouvoir économique non négligeable et connaît tout le monde, et au-delà.

Cette proximité engendre beaucoup de tentation. Alors qu’il s’était fait surclassé lors d’un voyage privé en avion, le parlement de Basse-Saxe s’était ému, et avait demandé s’il y avait eu favoritisme. Non non non, avait rétorqué Wulff, qui s’était retrouvé sur le grill: au fait, d’où vient l’argent pour votre maison? Avez-vous bénéficié d’un prêt préférentiel de la part de l’industriel Egon Geerkens? Non non non, répondit encore une fois Wulff, c’est sa femme Edith qui m’a prêté 500.000 euros pour que j’achète ma maison. Et c’est à elle que je rembourse.

Wulff se fait élire président, emménage à Berlin devant le Tiergarten, et s’amuse à manger la soupe sur la tête des autres chefs d’Etat. Une année passe.

Les Wulff avec le prince héritier Naruhito du Japon

Le 12 décembre 2011, la Bild Zeitung publie alors un article sur le fait que Wulff aurait menti lors de l’interrogatoire de 2010. L’argent proviendrait bien de l’industriel Egon Geerkens, ce qui fait peser des soupçons de favoritisme sur le politicien.

Le Spiegel ne reste pas de marbre, et publie une interview d’Egon Geerkens, qui reconnaît avoir cherché un moyen de prêter les sous au grand homme. Une liste des vacances passées tout frais payés dans les maisons de riches industriels entre 2003 et 2010 apparaît alors. On est juste avant Noël et Wulff ne dit pas grand chose. On découvre aussi que d’autres amis industriels ont payé des petites choses, une campagne de pub pour un bouquin par exemple. Le 21 décembre, Wulff fait savoir qu’il a transformé le crédit privé et préférentiel de Edith Geerkens en crédit de courte durée à la BW, une filiale de la LandesBank Baden-Wurtemberg, pour un taux de 2,1%, puis en crédit sur 15 ans au taux de 3,62%.

Noël passe. Wulff part en vacances, visiblement il aime bien ça, les vacances. Lors de son message de la Nouvelle Année, il n’a rien dit du tout sur ce qui devient lentement mais sûrement la Causa Wulff.

Mais le 2 janvier, on apprend que Christian Wulff, parfois, est très bavard! Le 11 décembre, il a ainsi laissé un long message vocal sur le portable de Kai Dickmann, le rédacteur en chef de la Bild Zeitung. Il lui aurait promis un certain nombre de cadeaux de Noël si la Bild publiait l’article sur son crédit: entre autres choses, des poursuites judiciaires méchantes et plein de petites menaces diverses et variées.

Je me sens obligée de souligner l’énormité de la chose: le président de la République allemande a laissé un message vocal de menaces au rédac chef du plus grand tabloïd du pays. Un président. Un message. Des menaces. Un tabloïd.

C’est moi ou il est vraiment con, ce mec?

Il semble désormais impossible que Wulff reste président. Son poste est certes honorifique, mais cela suppose justement d’être digne de l’honneur qui lui est fait. En général, les présidents sont des hommes âgés à la carrière irréprochable et qui représentent la morale allemande. Les commentateurs s’accordent à dire que Wulff ne remplit visiblement pas les critères de probité indispensable pour le job. En plus, il est affreusement maladroit: au lieu de s’excuser, il a viré son fidèle porte-parole, comme si tout cela n’était qu’une histoire de com’ hasardeuse. Son premier crédit à 2% semble tellement avantageux que les autorités ont ouvert une enquête pour savoir comment il l’a obtenu.

C’est seulement ce soir à 20h15 que le président daignera s’exprimer dans une interview. D’après l’ARD, il n’a aucune envie de démissionner, ce qui en pratique va être quasiment impossible. Son prédécesseur Horst Köhler a quitté son poste pour beaucoup moins que ça, et Theo von Guttenberg a été poussé violemment hors du gouvernement uniquement pour une histoire de doctorat copié/collé. Certes, c’est pas bien, mais bon, par rapport à des soupçons de corruption, ça fait un peu cour d’école.

Celle qui décidera de toute façon sera la chancelière. Elle aussi se tait. Toute cette histoire est plus que néfaste pour elle : c’est elle qui avait porté Wulff à ce poste, elle qui avait soutenu Guttenberg. Il est sûr que ce sera aussi elle qui sifflera la fin de la partie.

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Merkel ne veut pas d’Eurobond, ces titres qui permettraient de mutualiser la dette des états de la zone euro. Evidemment c’est une perspective qui fait bobo au portefeuille, c’est un peu comme si dans une famille l’épargneux grand frère à lunettes se retrouvait à payer les intérêts du trou creusé par les chaussures de la petite soeur. Le but, il faut quand même le dire, c’est d’éviter qu’à la fin les huissiers saisissent la maison de toute la famille.
Donc ça fait mal, mais c’est un moindre mal, tout bien considéré.

Mais non, Merkel a préféré prendre le risque d’une vieille crise des familles. C’est un mauvais calcul, si l’on considère que la fin de l’euro à ce rythme se profile à l’horizon 2013. Il ne lui reste qu’à espérer des élections anticipées à l’automne prochain, mais on gagne rarement les élections qu’on anticipe. Merkel a beau être une superstar sur le perron de l’Elysée, c’est nettement moins vrai quand on se rapproche de la machine à laver.

La chancellerie, dite Waschmachine.

Bref, Paris n’est pas Berlin, la France n’est pas l’Allemagne, et suivre comme un mouton l’exemple politique de la chancelière est un choix hasardeux.

La France a un taux de natalité de 2 enfants par femme, l’Allemagne 1,3.
Plus de 25% des Allemands ont plus de 60 ans. En 2050 au plus tard, probablement plus tôt, la population des deux pays sera identiques. Les Allemands, qui sont un peu moins de 82 millions, perdent déjà des habitants chaque année. La France, 63 millions au compteur actuellement, gagne au contraire des petits: bientôt les deux pays auront 74 millions d’habitants, selon les projections.

La dette allemande, contrairement à ce qu’on pense, est aussi lourde que pour la France: 81% du PIB. La croissance allemande, qui est tombée hier, a déçu. L’Allemagne est un pays organisé, qui a diminué un certain nombre d’aides sociales. Cela reste un pays incroyablement social, malgré son système médical à deux vitesses. L’Allemagne doit s’organiser face au vieillissement de sa population, qui implique deux choses: conservatisme et pragmatisme face aux problèmes qui arrivent à grande vitesse. C’est un peu comme si l’Allemagne était un très gros camping-car très lourd et flambant neuf, conduit par un couple de vieux: s’ils prennent mal le virage, ils se renversent et ne pourront pas relever la machine.
La France voyage toujours en deuch, avec plein de mioches à l’arrière qui pousseront dans les côtes.

Les problèmes ne sont pas les mêmes, et les solutions n’ont plus. Les eurobonds sont inévitables: comme toutes les solutions évoquées au début de chaque soubresaut (fonds d’aide, fonds européen, gouvernement économique), elle finira par être adoptée, mais en retard, une fois que l’eau aura envahi la maison.

Quant à la fin de l’euro, elle semble se profiler à la même vitesse que l’Espagne et l’Italie coulent. Saviez-vous que la première union monétaire, l’Union latine, a duré 18 ans, et a péri par… l’Italie et la Grèce.

Errare humanum est, perserverare diabolicum.

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