La Gratuité
*** En premier lieu bonne année à tous puisqu’il en est encore temps****
Cela fait longtemps que je n’ai pas écrit. Je ne savais plus trop comment. Il s’est passé quelques petites choses: j’ai commencé un nouveau travail, qui me permet de rester journaliste tout en changeant assez radicalement de vie. Je prends le métro deux fois par jour, en même temps que tout le monde. Je me surprends à dire « chouette, c’est vendredi » et j’ai même posé ma première RTT -je veux dire, pour faire des trucs chez moi, plutôt que de sauter aussitôt dans un train ou un avion. Je fais les courses dans mon quartier, je vais dîner avec ma voisine et j’ai appris à faire des trucs bizarres: utiliser la fausse monnaie qu’on me donne pour mon déjeuner, organiser une lever de fonds pour le départ d’une collègue et acheter les tickets de cinéma à prix réduits qu’on trouve dans l’endroit étrange qu’on appelle « CE ». J’ai même appris à réserver les places par internet. Encore un peu et je me ferai faire une paire de lunettes par an juste pour dépenser le fric de la mutuelle. Je serai une vraie Parisienne.
J’ai juste eu le temps de faire un tour au Maroc, à Toulouse, à Hanovre, à Londres, en Bretagne, dans les Vosges dans le mois passé. J’ai vu des amis de passage venu de tout l’hémisphère nord. J’espère repartir à Rome et aller beaucoup, beaucoup plus loin dans le sud. J’ai aussi visité un site d’adoption d’être humain et essayé de ne pas donner mon avis sur les débats en cours.
La France est triste et déprimée. Les gens font des enfants. Pour la première fois depuis des années, je ne suis invitée à aucun mariage en 2013. J’ai perdu des amies. J’ai pris de bonnes résolutions. J’ai eu un peu de mal à écrire, aussi.
J’ai remarqué que, pour moi en tout cas, les décisions viennent brutalement, mais au bout d’un très, très long processus de maturation. Il y a déjà une chose pour laquelle j’ai décidé de ne plus me prendre la tête, mais de laisser faire les choses. On va appliquer la même pensée aux autres aspects de ma vie. Cela ne sert à rien du tout d’échafauder des plans fumeux ou de croire manipuler le futur ou les gens. Cela semble être d’une banalité sans nom mais il m’a fallu huit mois pour en arriver là (et une RTT).
Venons en au titre. Il y a quelques semaines, pleurant de rage devant mon placard qui débordait, j’allais acheter des cubes en bois pour des étagères. J’en pris deux d’abord, puis y retournais pour en acheter trois autres. Mauvaise idée: je ne pouvais pas les porter. Alors que je galèrais avec des crampes dans le bras, une fille s’arrêta et m’en pris un pour monter les deux cent mètres jusqu’au carrefour. « On m’a aidée aussi quand j’ai trouvé un meuble dans la rue » qu’elle me dit avant de me laisser. Restait encore cent mètres. Un monsieur s’arrête, je décline son aide. Et je me bousille les doigts sur les cinquante, quarante, trente mètres qu’il reste… Je le vois réapparaître: « Je ne pouvais pas vous laisser comme ça! » Il avait remonté la rue exprès pour m’aider.
C’est tout bête mais c’est tellement gentil. Et gratuit.


















