08/20/16

Nina

Ich muss zusagen – ich vermisse Berlin. Ich habe zwar dort nicht geschafft, aber alles schien irgendwie noch möglich.

Tief rein, fühlt es sich, als ich einfach alles verpasst habe. Tief runter, fühle ich mich wie ein nichtgeborene Nina Hagen, die Nina, die nie nach Westen geschafft hätte. Es ist immer noch verkrampft und leise, wenn es laut, schrill und punk sein sollte.

Was habe ich nicht gemacht ? Alles ? Nichts ? Irgendwas ?

Wenn ich nicht mehr weiss, was ich will, dann bleibt Berlin den einzigen Ort, wo ich immer zuhause sein kann.

Ich will ein Mann, der Nina und Till versteht. Sonst würde alles sich einfach nicht lohnen.

Ceci n'a rien à voir avec la choucroute ou les Rouladen.

07/21/16

Le chemin

Je me demande souvent où j’ai perdu le fil. Est-ce que c’est quand je suis partie pour l’Allemagne ? Ou est-ce en rentrant ?

Ou bien suis-je seulement ce que je suis, complètement bizarre, et incapable d’avoir une vie normale, standard, bien faite, dans les clous.

Heureusement qu’il y a Cy., qui me permet de me sentir un peu moins seule. Deux filles qui avaient tout, qui ont suivi le chemin qu’on leur a indiqué, et qui ont loupé le coche.

Je suppose qu’au lycée elle était comme moi, un peu à part, avec une intelligence borderline qui ne rentrait pas dans les cases.

Mais l’école ce n’est pas la vie, ce n’est rien, même pas un apprentissage de la sociabilité, comme veulent nous l’imposer les grands pédagogues. Plutôt un système sans intérêt par lui-même, passé les connaissances acquises, bien sûr. On devrait passer moins de temps à l’école et plus de temps à apprendre.

Le formatage c’est la fin. Quand on veut en sortir, on loupe tout.

J’ai créé et fait des choses, c’est vrai. Mais en vrai, c’est comme si ce n’était rien, comme si ça ne valait rien. On peut tout avoir, et manquer de ce qui est important.

Je pense que les gens mariés et parents ne sont pas tous épanouis dans leur vie non plus. La différence, c’est qu’ils ne peuvent pas le dire.

En fait, partie ou revenue, cela ne change rien. Restée ici, je serai sans doute au même point, mais avec des bouts de moi en moins. Je ne dois pas regretter.

Mais parfois, je suis triste.

07/5/16

La peur, ou autre chose

Aujourd’hui j’ai peur. Un peu. Je ne sais pas ce qui va se passer. Comment vivre sans savoir ? Comment vivre sans argent ? Combien de temps n’aurai-je pas d’argent? Comment faire pour gagner de l’argent quand on travaille déjà à plein temps, pour pas d’argent ?

Je crois qu’il y a peu de mot en français qui ai autant de synonymes que celui là. Déjà, cela fait longtemps que l’argent n’est plus en argent. Et l’étalon était bien en or, pas en argent. Faut-il mieux avoir des diamants ?

L’argent c’est avoir le choix. Avoir le choix de ne rien en faire ou de le dépenser, de le donner ou de l’investir. C’est pour ça que j’aime l’industrie : cela me semble être le seul endroit où l’on puisse concrètement réaliser quelque chose en partant d’argent.

Car l’argent n’est qu’un concept. Si on me créditait demain par erreur de centaines de milliers d’euros, je n’aurais pourtant rien fait pour l’avoir. L’équilibre des monnaies n’aurais rien changé. On pourrait inventer de l’argent sans qu’il ait jamais existé.

Bref, j’ai appelé ce message La Peur, car il y a la peur de manquer, mais il ne s’agit finalement que d’une chose futile et indispensable, qu’un grain d’or sur un champ de possible…

 

07/4/16

L’étoile

Aujourd’hui c’est le jour du drapeau étoilé, on en voit partout, sur les gâteaux les chaussures dans les feux d’artifice.

A croire que le jour de l’indépendance d’une nation, la première à avoir fait son Brexit (elle n’est pas de moi), doit être celle de tous ceux qui rêvent (pensent ? espèrent ?) se libérer de quelque chose.

Chacun a-t-il son ange gardien, sa chance, son espoir, sa bonne étoile ? On veut le croire. Nous, nous avons décidé d’avoir la nôtre, qu’elle nous guidera. On en peut pas la voir avec nos satellites, on ne sait dans quelle galaxie elle se trouve, mais on croit dur comme fer, solide comme composite, comme 3 couches de résines font un objet, qu’elle est là quelque part.

Aujourd’hui plus que jamais on a besoin de croire en elle, d’espérer qu’elle attend juste que le soleil se lève, perce les nuages, pour nous apparaître et nous guider.

Il FAUT que cela marche. Je VEUX que cela marche. Je veux qu’on réussisse, qu’on passe les obstacles, qu’on créé quelque chose de nouveau.

S’il te plaît, petite étoile, vient nous aider.

07/3/16

La pluie

Quand je ne vais pas bien il n’y a qu’écrire qui constitue un remède à mon vague-à-l’âme. On est en juillet, il fait froid, gris, sombre, et c’est ce que je ressens au fond de moi.

Je sais que mon rôle est important, primordial, que je dois donner l’exemple, tenir bon, tenir la barre, et pourtant je me sens inutile, stupide, idiote.

Même pas capable d’élever un chat. Et ça voudrait un jour faire un enfant?

Dans cette ville étriquée et petite et belle et sale, qui m’étouffe si souvent, et que je ne me lasse pas d’admirer, quand j’en ai le temps, quand assise dans le bus, mes yeux vagabondent sur la Seine grise, jusque sous la Tour Eiffel.

Pourquoi suis-je partie ? Pourquoi suis-je rentrée ? Je ne sais plus ce qui est bon ou pas. Juste que tous mes choix, et leur contraire, sont de erreurs. Comme si je ne pouvais que perdre ou avoir tort.

Et je sais aussi qu’en disant ça, j’ai tort. je regretterai de ne pas avoir connu ce que j’ai eu l’occasion de vivre, de ne pas savoir ce que j’ai appris, de ne toujours pas parler anglais…

Alors d’où vient ce sentiment si profond d’avoir jusqu’à présent tout rater ? Ou se situe la réussite ? Quelle est la jauge de l’échec ?

En ce moment beaucoup de gens critiquent les baby boomers, comme s’ils étaient d’égoïstes profiteurs qui ont tout eu. Mais il y a aussi ceux qui ont construit par eux-mêmes et qui nous permettent de grandir et de faire des choix différents.

Et puis il faut assumer ses choix.

C’est là où ça devient coton, plus dur, plus adulte. Mes choix actuels m’amènent à ne pas avoir d’argent, mais à avoir un chat. A ne pas avoir de famille, mais des responsabilités. J’ai l’impression d’avoir raté cela aussi.

Et si ça marche ? Ou plutôt, quand ça va marcher ? Dirai-je encore que je n’y suis pour rien ? Saboterai-je mon propre succès ? Comme la pièce, où je continue à dire que j’étais le mauvais choix de casting… Mais en fait, peut-être pas. Peut-être que j’ai bien joué, et qu’il faut que je l’admette.

Tout ça pour dire que si je regarde toujours ce que je ne fais pas, je ne vais pas m’en sortir. Capitalisons sur ce qui a été bien fait, plutôt. Pour une fois.

06/22/13

La Beauté

Parfois je suis prise d’un irrépressible amour pour Paris :

Un dimanche matin ensoleillé
(avec la circulation d’un film de Bébel, vous remarquez? Le rêve!)

Un dimanche soir sur une terrasse

En rentrant du pavillon Gabriel et du meilleur buffet de Paris
(il y avait des huîtres!!!! Un buffet d’huîtres raaahhhh)

Au musée Carnavalet pour le quatrième et dernier cocktail en cinq soirées…
(et il y avait des huîtres de nouveau)

J’aurais pu titrer: comment apprendre à survivre en mangeant du champagne et sans mourir étouffée par les petits fours (mais je veux bien encore des huîtres).

J’envisage de demander des frais de représentations. Mes cheveux sont ternis par la laque, j’ai eu de plus en plus de mal les soirs passant à rentrer mon fessier dans des robes de cocktail et après avoir couru toute la journée sur le tarmac et sous la pluie, j’ai cru ficeler des saucissons en fermant mes chaussures à talons pour trébucher sur les pavés…

Mais loin l’idée de se plaindre. Dieu que Paris est belle, ses serveurs charmants, ses lieux de réception grandioses. Je ne comprends pas tout, mais après les événements si durs des dernières semaines, j’ai appris à savourer chaque seconde de sérénité et de beauté.

Les fraises et les fleurs poussent sur le balcon et en rentrant sous la voûte délicate des platanes le soir je profite du simple fait d’être là.

 

01/27/13

La Gratuité

*** En premier lieu bonne année à tous puisqu’il en est encore temps****

Cela fait longtemps que je n’ai pas écrit. Je ne savais plus trop comment. Il s’est passé quelques petites choses: j’ai commencé un nouveau travail, qui me permet de rester journaliste tout en changeant assez radicalement de vie. Je prends le métro deux fois par jour, en même temps que tout le monde. Je me surprends à dire « chouette, c’est vendredi » et j’ai même posé ma première RTT -je veux dire, pour faire des trucs chez moi, plutôt que de sauter aussitôt dans un train ou un avion. Je fais les courses dans mon quartier, je vais dîner avec ma voisine et j’ai appris à faire des trucs bizarres: utiliser la fausse monnaie qu’on me donne pour mon déjeuner, organiser une lever de fonds pour le départ d’une collègue et acheter les tickets de cinéma à prix réduits qu’on trouve dans l’endroit étrange qu’on appelle « CE ». J’ai même appris à réserver les places par internet. Encore un peu et je me ferai faire une paire de lunettes par an juste pour dépenser le fric de la mutuelle. Je serai une vraie Parisienne.

J’ai juste eu le temps de faire un tour au Maroc, à Toulouse, à Hanovre, à Londres, en Bretagne, dans les Vosges dans le mois passé. J’ai vu des amis de passage venu de tout l’hémisphère nord. J’espère repartir à Rome et aller beaucoup, beaucoup plus loin dans le sud. J’ai aussi visité un site d’adoption d’être humain et essayé de ne pas donner mon avis sur les débats en cours.

La France est triste et déprimée. Les gens font des enfants. Pour la première fois depuis des années, je ne suis invitée à aucun mariage en 2013. J’ai perdu des amies. J’ai pris de bonnes résolutions. J’ai eu un peu de mal à écrire, aussi.

J’ai remarqué que, pour moi en tout cas, les décisions viennent brutalement, mais au bout d’un très, très long processus de maturation. Il y a déjà une chose pour laquelle j’ai décidé de ne plus me prendre la tête, mais de laisser faire les choses. On va appliquer la même pensée aux autres aspects de ma vie. Cela ne sert à rien du tout d’échafauder des plans fumeux ou de croire manipuler le futur ou les gens. Cela semble être d’une banalité sans nom mais il m’a fallu huit mois pour en arriver là (et une RTT).

Venons en au titre. Il y a quelques semaines, pleurant de rage devant mon placard qui débordait, j’allais acheter des cubes en bois pour des étagères. J’en pris deux d’abord, puis y retournais pour en acheter trois autres. Mauvaise idée: je ne pouvais pas les porter. Alors que je galèrais avec des crampes dans le bras, une fille s’arrêta et m’en pris un pour monter les deux cent mètres jusqu’au carrefour. « On m’a aidée aussi quand j’ai trouvé un meuble dans la rue » qu’elle me dit avant de me laisser. Restait encore cent mètres. Un monsieur s’arrête, je décline son aide. Et je me bousille les doigts  sur les cinquante, quarante, trente mètres qu’il reste… Je le vois réapparaître: « Je ne pouvais pas vous laisser comme ça! » Il avait remonté la rue exprès pour m’aider.

C’est tout bête mais c’est tellement gentil. Et gratuit.

10/11/12

Pour de vrai

Il faut bien que je l’avoue: je n’arrive pas à écrire en ce moment. Ce n’est a pas que je manque d’idées, je dirais que pour ça je suis bien française. Mais il se trouve que j’ai un truc vraiment importante, de grande taille, conséquent à écrire, et que je n’arrive pas du tout à m’y mettre. C’est bête parce qu’écrire c’est ma vie et même c’est mon métier, et je sais combien de gens rêverait d’être payé à ça. Mais moi pas. En fait, je n’ai même jamais rêvé d’écrire.

Je vais être obligé de passer par le registre de l’anecdote

Le premier jour à l’école de journaliste un des professeurs nous a demandé, l’un après l’autre, d’expliquer pourquoi on avait choisi ce cursus. La seconde personne à répondre a dit qu’elle voulait être journaliste pour pouvoir écrire. J’avais envie de lui arracher la tête. Le pire, c’est encore ce qu’a répondu le prof: c’est très bien, c’est une très bonne raison. Je n’ai jamais compris. (Maintenant la jeune fille tient un populaire blog fashion, comme quoi écrire sert à tout, visiblement).

Fashion maison

Le journalisme, cf. ci-dessous, c’est l’information. Être journaliste, c’est être un médiateur entre une information et une assemblée à informer. Je ne vois toujours pas en quoi le fait de vouloir écrire vient s’immiscer là-dedans.

Toujours est-il que ces derniers temps c’est la page blanche qui me guette, d’autant plus que je tourne en rond dans mes quelques mètres carrés. Je ne veux pas sortir dans les tentations parisiennes, j’ai peur qu’on m’arrache mon appareil alors je n’ai pas pris une seule photo. Je manque d’air et je veux sortir de la torpeur. Et ce serait bien de pouvoir enfin écrire ce manuscrit.

10/11/12

Le journal (ou le temps passe?)

L’avenir de la presse est un sujet de débat brûlant, surtout à Paris. Dans la ville j’ai l’impression qu’une personne sur deux à à voir avec les médias, qu’il soit monteur, rédacteur en chef, producteur ou pigiste. Les journalistes n’aiment pas quitter la capitale. Présente à une rencontre franco-allemande, j’ai eu la surprise de me faire aborder par beaucoup des présents qui cherchaient un moyen de se faire une place sur le journal. La méconnaissance du fonctionnement de cette industrie, les critiques dont on m’abreuve m’étonnent toujours.

Surtout que la très grande majorité des gens n’achète plus un journal.*

Prise un jour de très très beau temps sur les bords du Wannsee, alors que les journalistes parisiens me demandaient pour quelles raisons saugrenues je voulais vraiment quitter Berlin, vraiment?

Avec mes amis on réfléchit très souvent de ce qui va se passer. France Télévisions qui tangue, c’est toute la ville qui prend l’eau et les répercussions touchent tout le monde. Ce qui me surprend le plus c’est le fossé que je vois entre moi et certains de mes collègues. Ils ont trois ans de moins que moi mais pensent que l’avenir sera sur internet. C’est là qu’ils veulent travailler et sur ce média qu’ils veulent être publiés. Je ne suis pas d’accord. Je ne pense pas que le média soit important. Je pense que l’information prime sur le support, et que le plus important, c’est de monétiser de la valeur-ajoutée. Les grands sites, les plus populaires, ceux qui vous vantent leur millions de pages vues par semaines, ne gagnent pas d’argent. Ils n’ont donc pas trouvé la solution, qui visiblement ne réside pas dans la gratuité pour tout.

On pourrait parler longtemps du futur des médias mais ce n’est pas mon sujet. C’est plutôt la différence vraiment importante qui me sépare de journalistes qui ne sont qu’un peu plus jeunes que moi. La plupart d’entre eux n’a jamais envisagé de travailler pour un média imprimé, parce qu’elle avait déjà tous les neurones plongés dans le net lors de leurs études. Moi je continue de lire le Spiegel (presque) toutes les semaines parce que ce n’est pas la même chose que l’écran. On peut lire des articles plus longs, l’hebdomadaire laisse le temps au journaliste de faire ses recherches, on n’a pas encore trouvé la tablette qu’on peut rouler dans son sac. Bien sûr cela marcherait aussi sur le net. C’est cela que je veux dire: le support est secondaire. Internet offre beaucoup de possibilités d’enrichissement, mais ce qui compte le plus, c’est la qualité du traitement, la richesse de l’information, la spécialité du journaliste et donc l’acuité de son regard. Au lieu d’aller faire des journalistes de plus en plus jeunes, généralistes et sans perspectives de progrès, on devrait donner une place à des spécialistes, des investigateurs, des gens qui apportent un contenu que le lecteur aura envie d’acheter.

*Quand avez-vous pour la dernière fois acheté un journal? ^^ Il faut bien qu’on me paye pourtant.

09/26/12

Paris littéraire

Deux jeunes filles sur le pont de Caulaincourt. Jeunes, jolies, bien mises, l’une d’elle se penche une seconde, et crache comme un chiqueur sur le trottoir. Puis reprend sa conversation comme de rien n’était.

Elle aurait pu au moins cracher au-delà de la barrière sur la rue, se dit-on. Ou de l’autre côté – peut-être pas finalement, car en contrebas, c’est le cimetière.

Ou comment cracher sur les tombes sans le vouloir.

Paris, la littérature a chaque coin de rue, je vous dis.

09/26/12

Ce n’est pas tous les jours dimanche

Le dimanche, on mange un rôti. Le samedi midi, c’est des abats, avec une prédilection pour le rognon de veau. Mais le dimanche, c’est plus souvent un rôti, ou un poisson au court-bouillon. Bientôt, ce sera la meilleure saison de l’année, celles de coquilles Saint-Jacques. Mais autrement, le rôti fait toujours l’affaire pour un dimanche midi.

Quand on ne travaille pas pendant la semaine, on attend avec encore plus d’impatience le week-end. Pour ne rien faire, comme tous les autres, et non pas être le seul à ne rien faire. Un camarade de chômage et déjà la vie est moins lourde. Una activité de prévue, et on se sent presque utile. Pourtant au milieu des 3 millions d’autres chômeurs, on fait parti d’une minorité visible.

Il est de sujets dont on n’a pas le droit de parler, des choses qu’on n’a pas le droit de penser. Les gens s’engueulent à la télé, les publicités passent en boucle, les journaux sont subventionnés. Il pleut. Je ne sors plus de chez moi.

Etretat

On parle du monde qui s’écroule et qui va bientôt disparaître. Le nihilisme jusqu’aux confins de l’univers. Enfin, de notre univers. La semaine prochaine des habitants du monde naissant doivent faire une visite ici. Je me demande comment ils reviendront.

J’ai mis le pied dans une porte en train de se refermer. Une fois de plus, on m’a pris pour une enfant débile. Une fois de plus, j’ai réalisé que j’avais laissé passer le train. Que l’orgueil est de mauvais conseil. Qu’il faut peut-être suivre suivre la petite voie, se faire le plus petit possible et accepter ses défauts avec humilité. Ne rien attendre de trop grand, reconnaître que de bonnes choses se sont passées, mais qu’elles sont passées. Une retraite de l’expérience. Le train ne passe pas deux fois.

09/16/12

Les Tropiques

Du rougail ou un cari?
Bonbons-piment et bouchons?
Punch maison, rougail mangue et achar?

Petite merveille du hasard pour clore la semaine des malentendus. Le restaurant où l’on s’était donné rendez-vous a fermé définitivement fin juillet. L’autre, du même genre et dans le même coin, était clos exceptionnellement ce week-end.

Que faire de trois jeunes filles -enfin deux, plus une plus vieille- en détresse, surtout quand les deux sus-nommées sont habillées très court, en talons hauts et Américaines?

La plus vieille arrête un taxi.

-On va rue Daguerre
-Au 62 en fait
-Vous allez au restaurant réunionnais?
Et le gentil chauffeur de nous donner la recette des achars, du rougail et nous dire où trouver des bonbons-piments. Arrivés boulevard Blanqui, le hasard nous donne un coup de pouce avec la voiture devant nous qui portait le numéro 974 et affichait fièrement ses attaches régionales.

Bref, le meilleur dîner depuis longtemps. Pour sa cuisine des tropiques, tous ces déracinés croisés par hasard dans cette métropole étrange, j’avoue, j’adore Paris.

C’est la Martinique et pas la Réunion mais on va faire comme si.

Aux Petits Chandeliers, authentique bardeau et rhum maison à tomber.

Et pour rester dans l’ambiance, c’est par là.

09/15/12

Premières

Vu, premier défilé de mode. Effrayée par la maigreur des mannequins, qui ressemblent réellement à des porte-manteaux articulés. Pas compris, l’intérêt pour ce genre d’activité, sans compter l’horreur des torses épilés des mannequins hommes. C’était vraiment laid.

Vendus, des vêtements à plus de 200 euros. Toujours ébahie par les gens qu’on peut croiser sur un salon. Surtout quand ça se veut « Fashion ».

Passé du temps à ne pas comprendre le sabir de Graz. Perso, moi, je parle allemand.

Vu dans le métro, un très vieux punk en crête multicolore avec un beau bouquet de fleurs. Et aussi trois actrices de théâtre connues cherchant un taxi place Clichy.

Loupée la séance de cinéma DEUX fois de suite. En soi, c’est une première, de louper un truc deux fois, non?

Evité in-extremis, un vol de portable par un bande d’enfants roumains. Ils arrivent quand vous êtes attablés avec une feuille plastifiée qu’il vous mettent sous le nez et volent ce qu’il y a en dessous. Au McDo, ils piquent les hamburgers. Devant le Franprix, les gens se battent pour faire les poubelles. Toujours atterrée par la pauvreté qui suinte de cette ville hors-de-prix.

Subit, un malentendu qui m’a empêché de partir à Berlin. Malentendu qui m’a permis d’avoir un entretien… la vie est toujours drôle.

Lorgné du coin de l’oeil, un bout de canapé chez Habitat. En pleine transformation vers la boboïsation. Ressenti fortement, le besoin d’une soirée bière-saucisse à Berlin.

Devinette facile: où se trouve ce bâtiment? Un cadeau à gagner.

09/15/12

2,56m2

Hier j’ai regardé des photos des mon appartement de Berlin. Très mauvaises idées. Déjà que je suis en pleine nostalgie germaniques (« ah l’automne, les feuilles mortes du Tiergarten, les premières gelées, les retards du S-Bahn et les décorations de Noël dans les rayons en septembre… »), les photos extrêmement belles de mon magnifique et disparu deux-pièces m’ont fait un coup au coeur.

Aujourd’hui une visite impromptue me permet de découvrir un autre aspect de la vie parisienne. Un studio, c’est bien. Surtout le mien, choisit avec soin, avec un contrat de location de 150 mots par m2. Afin de laisser dormir le visiteur dans l’autre partie du studio, je me suis enfermée dans ma cuisine. Et là, surprise! Y tiennent une chaise et une table. Certes on ne peut plus ouvrir la poubelle, mais j’ai pu me faire du café. J’ai même calculer la taille de la pièce: 2,56m2. Pour être vraiment parisien, je vous fait le volume:6,14m3. Plus de 6m3! C’est carrément du luxe, et nettement plus grand que je l’aurais cru. Même des meubles berlinois sont rentrés, c’est dire.

La porte est bien fermée, dans son alcôve Junger B. pionce du sommeil du juste. Je ne peux pas me lever, mais par la fenêtre je vois la Défense.

Il est petit petit mon studio, mais je l’aaaaaaime. Ce serait bien de décrocher le job qui me permettra de payer le loyer.

09/3/12

Le Patrimoine

Conserver les vieux immeubles, bouger en silence dans un musée fragile dont on célèbre la beauté irremplaçable…

Pester contre les prix de l’immobilier, craindre de perdre son foyer, regretter l’absence de parcs et de verdure.

Ce sont les deux facettes de la même médaille. Paris crève de sa beauté, de son patrimoine, de son conservatisme. Figée il y a un siècle, la ville se drape dans se vieilles robes sans réaliser qu’elles sont mitées. Heureusement que les hommes préhistoriques n’ont pas conservé leurs premières maisons, que le feu a détruit Londres et Hambourg! On ne construit rien sans abattre le passé. Plus on veut conserver, plus on rétrécit le champ d’action des jeunes, plus on brime la nouveauté, plus on nous empêche de respirer. La peur du futur nous paralyse, on préfère caresser nos collections nostalgiques. Imaginez que Paris aient gardé les huttes des Gaulois, toutes les villas romaines, les mansardes moyenâgeuses. Qu’on aient voulu garder le vieux Louvre crènelé, qu’on ait jamais construit les Invalides pour conserver les champs…

Les Chinois disent que le passé est devant nous, et que l’on marche à reculons. C’est exactement ce que font les Parisiens, angoissés et terrifiés.

Peut-être moins beau mais plus neuf.

09/2/12

La mer

La réalité est relative. Le plus étrange est d’avoir perdu l’horizon. Coincée entre deux mondes possibles et ne rien voir d’aucun. La solitude doit pouvoir tuer, elle rend fou et et on a l’envie de perdre pied, un peu plus loin, dans l’océan.

Pendant un moment on flotte entre deux eaux. On ne sait plus rien. On n’est personne, encore, on nait une nouvelle fois. Une autre vie aurait été possible, une différence minime, pour que les choses aient tourné autrement.

DIx ans pour comprendre, le comprendre, savoir enfin, saisir ses mots ; il avait raison: on ne respire bien qu’au bord de la mer. Elle apaise, elle noie les chagrins. On avance encore un peu, on passe la bouée, on touche la coque des bateau. Plus rien n’existe.

On revient doucement, le soleil dans les yeux. Pendant quelques secondes on croit qu’il sera là, que tout a suivi son cours, que des enfants courent sur la plage. On espère que la mer a lavé les erreurs et qu’on a eu droit finalement à une deuxième chance.

Mais la seconde est passée. Il n’y a personne sur la plage, juste un sac bleu. Il y a des enfants qui font des pâtés de sable, mais ce ne sont pas les mêmes. Il y a d’autres gens qui bronzent, mais il n’est pas là.

Un instant le temps s’est arrêté. Comme une fenêtre ouverte sur ce qui aurait pu être. Ce qui aurait du être. Sur le cour normal des choses.

Mais il y a dix ans le train est sorti des rails. Depuis, perdue, j’erre.

 

07/6/12

-

C’est la page blanche. Cela arrive parfois: des questions, pas de réponses, pas d’inquiétude d’ailleurs. Et des idées, même des commandes ; mais le clavier est un étranger. L’écran aveugle. Derrière lui, le panorama invite à la contemplation, le Tour de France absorbe, le rien appelle le moins.

Ecrire simplement ces quelques lignes demande un effort étonnant. Le web est si plein de choses merveilleuses, de biographies d’acteurs inconnus en blog de mathématiques délicieux, de pipoles fascinants qui conduisent vers les histoires de sectes et de extra-terrestres… c’est dur de se concentrer.

Plus loin on se demande simplement si on a encore envie d’écrire. Ne vaudrait-il pas mieux vivre sa vie plutôt que de l’imaginer sur une page d’ordinateur? Peut-être qu’un jour on n’a plus rien à dire.

On attend de voir la lumière

06/29/12

En blanc

Elle s’avance et elle est belle, bien sûr. Elle est un peu nerveuse, tous les regards se tournent vers elle pendant que, lentement, elle remonte l’allée. Il y a des fleurs pour l’entourer, tous ceux qui l’aiment et qui essayent, d’un sourire ou d’un regard, de la soutenir pendant ces quelques mètres.

Avec un soulagement, elle quitte le bras de son père pour rejoindre celui qui, devant la loi et devant Dieu, sera désormais à ses côtés jusque la mort les sépare.

Certaines sur les bancs en bois regardent leur alliance et repensent au jour, quelques mois ou quelques années avant, où elles ont elles aussi remonté une allée sous les yeux des familles et des amis réunis. D’autres attendent leur tour, dans quelques semaines ou quelques mois, calculant les mètres de tulles et le coût des fleurs.

Les dernières essayent de ne penser à rien. Leurs yeux fixent le carnet de chant et les chaussures en dessous, assurant le chapeau qui se fait la malle. Elles ont des mouchoirs dans leur sac et cacheront leur désarroi sous un sourire trop large.

Chaque samedi, une amie se marie.

06/27/12

Le supermarché

Enfin j’avais trouvé un vrai supermarché. C’est à Paris une rare denrée: de vrais rayons garnis de beaucoup de choix et des prix qui n’excèdent pas le plafond imposé par le RSA.

Abimée dans la contemplation des pâtes – qui aurait cru qu’il pouvait y avoir autant de pâtes différentes aussi loin d’Italie- je ne faisais pas attention à l’homme en noir qui gesticulait à mes côtés.

« Mademoiselle, mademoiselle -j’avais déjà réussi à choisir du beurre parmi les dizaines de sortes- il faut aller payer »
« Mais… »
« Le supermarché ferme entre midi et deux. »

Bien sûr, Paris est une capitale et chaque quartier un village de province. Comment l’oublier.
C’est le seul endroit que je connais où les cavistes ferment jusqu’à 16h et où les supermarchés closent leurs portes à l’heure du déjeuner.

06/15/12

En bus

On avait juste passé l’avenue Montaigne et le rond-point des Champs Elysées. Il était huit heures de soir. Les trottoirs étaient pleins de gens élégants. Des chapeaux, des vieilles dames concernées, chics et embagousées. Les hommes avaient des pochettes.

Ils étaient trop nombreux, à entrer et sortir des galeries. A jeter un oeil aux devantures chargées d’art de rues et de sculptures trop lourdes pour des planchers modernes. Cela me rappelait l’hippopotame-bar à apéro que j’avais vu chez les grand-parents d’une amie dans ma jeunesse. Les ambassadeurs ont du goût.

Nous, les pauvres, coincés dans le bus, dominions cette foule de gens bien sapés qui faisaient mine d’ignorer les cous tendus un mètre au-dessus de leurs têtes. Des couples trop dépareillés, des vieux beaux et des jamais belles arpentaient les trottoirs privatisés et allaient, de galerie en galerie, s’extasier et décrier les étrangetés à vendre.

C’est alors qu’ils apparurent: elle, en robe jusqu’au pied qui représentait une Marylin de tissu, le chef couvert d’un chapeau de hobbit, perchée sur des semelles japonaises. A ses côtés, gambadant comme un lutin du 8ème arrondissement, un enfant en kilt et baskets, trop maigre et trop joyeux parmi ces gens sérieux.

Le bus s’éloigna les laissant entre eux pendant que se refermait soudain cette vision étrange d’un monde qui n’était pas le nôtre.

Ceci n’est pas de l’art. Mais des nénuphars.

 

06/15/12

Le temps

Il fait un temps de chien.
Il pleut, il pleut, il pleut.
Il y a eu tromperie sur la destination : ce n’est pas censé être le pays des vacances, des week-end à rallonge et des RTT?
On a le temps qu’on veut mais pas le temps qu’il faut.
Quelle bêtise.

Loin de la métropole, les arbres poussent les racines en liberté.

06/14/12

Le pain

La visite à la boulangerie est un rituel quotidien. Dans la société sécularisée parisienne, on a gardé de la messe journalière le fait de rompre le pain.

Mais pas n’importe quel pain, non, la baguette, croustillante et à la mie légère. On essaye de ne pas la manger toute entière avant d’être rentrée chez soi. Un bout pour le matin avec le café noir, cela vaut tous les retours au bercail.

Tellement de souvenirs qu’on en mangerait.